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Intérêt sud-africain pour la Question jurassienne

26 mai 2010, 09:10

Qui a dit que la Question jurassienne n'intéressait plus personne? Preuve supplémentaire que nul n'est prophète en son pays, deux chercheurs sud-africains maîtrisent mieux que les 90% de la population concernée ce dossier complexe.

Oui, le thème est alléchant. Dans les faits, il consiste en un projet mixte mis sur pied par les universités de Bâle et Johannesburg. Son nom? «Sauvegarde de la démocratie, question de mémoire et d'histoire». Vaste sujet, c'est le moins qu'on puisse dire. En ce qui concerne la Suisse, c'est notamment sur la Question jurassienne que les Sud-Africains ont décidé de plancher. L'épopée n'en est qu'à ses premiers balbutiements. Mais, hasard du calendrier, les deux chercheurs sud-africains, Sheila Meintjes et Eddy Mazembo, ont débarqué dans notre pays à l'heure où les fameuses séances interactives de l'Assemblée interjurassienne (AIJ) battaient leur plein. Ils les ont d'ailleurs suivies les six!

Sheila Meintjes, qui enseigne aussi à l'Université de Bâle, nous explique que ce projet mixte s'appuie sur cinq doctorants et six professeurs en provenance des deux nations. «Avec mon collègue, je planche plus spécifiquement sur la Question jurassienne», révèle-t-elle. Mais pourquoi cet intérêt de prime abord plutôt curieux?

«Eh bien, la Question jurassienne est riche en conflits, en moments violents et passionnels, tout comme elle se situe dans une région plutôt défavorisée.» Manière d'ajouter que l'Afrique du Sud a connu, elle aussi, sa guerre de libération. «Dans ce contexte, cette lutte pour l'évolution de la Suisse ne pouvait que nous fasciner, avec ses partisans et ses opposants. Nous y avons perçu un débat démocratique, certes émotionnel et source de divisions.»

En riant franchement, les deux chercheurs notent que cette question a engendré des confrontations pas très démocratiques et «pas très suisses» dans ce pays éminemment démocratique. Révolutionnaire? Le mot ne leur a pas fait peur.

Originaire du Congo, Eddy Mazembo dit avoir vécu les mêmes problèmes en Afrique du Sud. A la différence notoire que la démocratie suisse est séculaire, alors que cette dimension n'en est qu'à ses premiers balbutiements dans ce pays.

«Si la Suisse est la plus vieille démocratie d'Europe, l'Afrique du Sud est la plus jeune du monde, s'enorgueillit pour sa part Sheila Meintjes. Vous admettrez dès lors que ce regard croisé à littéralement quelque chose de fascinant.»

Les deux chercheurs n'en font d'ailleurs pas mystère. Ils débarquent chez nous avec leurs regards africains, leurs concepts éminemment différents.

«Mais nous avons beaucoup de choses en commun», s'enthousiasment-ils. N'ont-ils pas été fascinés par nos bourgeoisies, qu'ils comparent à leurs chefs tribaux: «Dans un cas comme dans l'autre, on assiste à une influence réelle, qui s'exprime un peu en dehors du système démocratique.»

Comme esquissé plus haut, les deux partenaires n'en sont qu'au début d'une étude qui devrait durer plusieurs années. /pab

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