Deux pelés, un tondu

Est-ce dû à la grève à la Boillat? La population de Reconvilier a boudé la séance d'information au sujet du centre d'accueil pour réfugiés L'asile demeure un sujet sensible. Un domaine que beaucoup de gens commentent, souvent avec force et conviction. Les dérapages verbaux sont aussi fréquents. A Reconvilier, le centre d'accueil pour réfugiés de l'ancienne Colline a défrayé la chronique l'année passée et encore tout récemment. Une affaire de viol, deux descentes de police avec trois interpellations à la clé, trafic de drogue présumé

30 janv. 2006, 12:00

Face à cette réalité du terrain et sentant que la population commençait gentiment à bouillir, les autorités de Reconvilier avaient convié leurs concitoyens samedi matin à une séance d'information. Même l'apéritif offert n'a pas fait office de carotte.

Hormis les personnes directement concernées (politiques, encadrement, police) - soit une quinzaine -, environ cinq citoyens ont effectué le déplacement à la salle communale. La grève chez Swissmetal explique-t-elle à elle seule que la discussion ait intéressé uniquement deux pelés et un tondu? «Sûrement que ce qui se passe à la Boillat a quelque peu plombé la réunion, confessait le maire, Flavio Torti. Mais quand on sait qu'une assemblée communale attire à peine 20 personnes, aujourd'hui, nous étions dans la moyenne.»

Les vieux clichés...

Lorsque l'affaire du viol avait éclaté, quelques jours avant la Foire de Chaindon 2005, le maire justement et ses conseillers avaient tenu des propos très durs sur le centre d'accueil. «Nous étions en effet allés fort dans le lard, reprenait Flavio Torti. Mais nous ne voulions pas cacher la réalité. Nous avions exigé la fermeture du centre, tout en sachant qu'on n'allait pas l'obtenir. Nous craignions également des débordements, tant la tension était perceptible. Et nous savons tous que lorsqu'on évoque l'asile, nombreux sont ceux qui signent des amalgames douteux.»

Didier Juillerat, directeur d'Asile Bienne et région, a tenu à démolir les vieux clichés. Non, les réfugiés ne possèdent pas tous des vestes en cuir. Non, ils n'occupent pas tous de chouettes appartements. Non, ils ne roulent pas tous en voiture haut standing. Et pourquoi ils ne font rien? Il faut tout d'abord qu'ils demandent une autorisation de travailler. Ils touchent entre 8fr.50 et 13fr.50 par jour comme assistance de base. Pour une famille composée de trois personnes, le loyer maximum admis s'élève à 850 francs. Pour se vêtir, un réfugié touche entre 250 francs et 300 francs par année.

Journée portes ouvertes

Le centre d'accueil de l'ancienne Colline est opérationnel depuis 1999. «L'emplacement est idéal, a expliqué Maurice Zivelonghi, son directeur. Nous disposons de 24 chambres. Nous pouvons accueillir 50 personnes au maximum, mais pas des familles avec des enfants en âge de scolarité. La provenance des réfugiés? Principalement d'Afrique, d'Asie et des Balkans. Ils reçoivent des habits de seconde main et touchent 2fr.40 de l'heure lorsqu'ils sont occupés à des travaux d'entretien de l'immeuble.»

Autorités locales et encadrement ont été unanimes: leur collaboration se déroule dans d'excellentes conditions. Une dame a évoqué le trafic de drogue. «On sait qu'il existe, et si on en parle, c'est volontaire, a narré Maurice Zivelonghi. Nous collaborons étroitement avec la police.» Le responsable des «stups» pour le Jura bernois a brandi les chiffres 2003 au niveau Suisse: sur 100 dealers arrêtés, 73% étaient des étrangers. Mais pas forcément des réfugiés

Nullement découragées, les autorités de Reconvilier entendent mettre sur pied, ce printemps, une deuxième opération portes ouvertes du centre d'accueil, comme cela avait été le cas au moment de son ouverture. La population choisira-t-elle d'aller à la pêche ce jour-là? / GST