Ce descendant argentin

Pierre Houriet redécouvre son passé grâce à la curiosité d'un descendant d'une colonie suisse à Baradero, en Argentine. Une famille imérienne s'y était installée en 1866 La légende raconte que des membres de la famille Houriet, de Saint-Imier, étaient partis pour «les Amériques». Mais Pierre Houriet ne savait pas que ses aïeux avaient rejoint une colonie agricole fondée par des Fribourgeois en Argentine. En 1866, Joseph Auguste Houriet s'établit à Baradero, dix ans après l'arrivée des premiers concitoyens.

08 févr. 2006, 12:00

Toute l'intrigue est partie d'une missive signée d'Ana Elisa Claude, née à Baradero en 1919. Elle est la fille de Rosa Houriet, née à Saint-Imier en 1889. En substance, le courrier visait à vérifier la filiation avec la famille Houriet, qui appartient à la bourgeoisie de la cité erguélienne. Une démarche conjointement menée par son fils Carlo Alberto Bossi.

Informé des recherches effectuées outre-Atlantique, Pierre Houriet se découvre un nouveau hobby. Il passe presque l'intégralité de son temps libre à «redécouvrir les origines et l'histoire» de sa famille.

La «photo mystère»

Il entre rapidement en contact avec celui qu'il nomme désormais son «cousin». Ce dernier lui fait parvenir par courriel, à fin février 2005, une photographie datant de la fin du XIXe siècle. Carlo Alberto Bossi veut savoir si l'image a été prise à Renan ou à Saint-Imier.

Pierre Houriet reconnaît sans difficultés un quartier imérien. Et pour cause: il aperçoit la maison dans laquelle il a grandi. Une demeure familiale où réside d'ailleurs encore aujourd'hui l'un de ses cousins. Celui-ci est du premier degré, contrairement au «cousin argentin», dont les origines communes remontent à 1650 environ.

Cette «photo mystère» nourrit sa curiosité et confirme qu'il est sur la bonne piste. Ce n'est qu'en automne dernier qu'il obtient la preuve officielle du lien familial. Comment? Par le biais d'un autre cousin éloigné établi... au Canada. Ce dernier lui fournit l'arbre généalogique des Houriet. Parallèlement, dans ses recherches, Pierre Houriet retrouve les traces de l'acquisition par Joseph Auguste Houriet de terres cultivables en Argentine.

Raclette et edelweiss

Une relation affective se noue entre Pierre Houriet et le descendant argentin de sa famille. Ils entretiennent une correspondance quasi quotidienne.

Ils échangent aussi des présents, parfois destinés aux trois enfants de Pierre Houriet, dont un puzzle en bois, découpant les provinces politiques de l'Argentine.

Les deux hommes se servent de traducteurs électroniques pour se comprendre. «Mais Carlo prend des cours de français en ce moment. Je pense qu'il aimerait avoir la double nationalité», avance l'Imérien de 52 ans. Son cousin, âgé de quatre ans de moins, s'intéresse aux us et coutumes helvétiques et régionales. Il se demande notamment si les edelweiss fleurissent sur la chaîne du Jura. «Il m'a aussi demandé comment faire la fondue, la raclette ou la choucroute», prolonge, amusé, Pierre Houriet.

Ces mets ont été proposés le week-end dernier à Baradero. La localité de 30.000 habitants célébrait le 150e anniversaire de la fondation de la colonie agricole. Quarante mille Suisses, essentiellement des Fribourgeois, ont émigré en Argentine entre 1852 et 1939. Malgré l'envie, Pierre Houriet ne s'y est pas rendu, mais il a parrainé la manifestation en offrant un arbre à 150 francs. Il envisage par contre de s'y rendre pour ses dix ans de mariage. / MAG