C'est l'impasse totale

La Boillat est officiellement et temporairement fermée. Les dirigeants exigent la reprise du travail avant toute négociation. Le groupe cherche des alternatives pour ses clients Depuis hier à 11h, l'usine de Reconvilier est officiellement fermée pour une durée temporaire. Une mesure de rétorsion prise à l'encontre des grévistes. La direction a également pris des dispositions (en engageant des vigiles), afin de sécuriser l'accès au site.

28 janv. 2006, 12:00

Président du conseil d'administration, Friedrich Sauerländer a eu des mots très durs hier: «Ce qui se passe à Reconvilier est intolérable! C'est une violation crasse de la paix du travail établie dans la CCT. Ceux qui pensent pouvoir nous faire plier se trompent!» Il a rappelé, lors de la conférence qui s'est tenue hier à Zurich, que la Boillat fait partie du groupe Swissmetal et que si cette usine fabrique des produits de pointe, «elle n'est pas viable en dehors du groupe.»

Quatre centres de compétence

Président de la direction générale, Martin Hellweg a répondu à ceux qui le comparent à un vautour de la finance, il a rétorqué: «Avec la direction de Swissmetal, nous avons mis au point une stratégie d'entreprise qui va développer ses effets en 2007-2008. Ceux qui veulent me voir partir devront encore patienter.» Il a brièvement rappelé les grands axes de sa stratégie. Elle repose sur la création de quatre centres de compétences: une fonderie centralisée, capable de fonctionner 24 heures sur 24, une nouvelle presse à extrusion, un centre de fabrication de profilés et de tubes, tous les trois à Dornach, et un centre de fabrication de fils et de barres à Reconvilier.

Il a martelé que la Boillat n'est pas viable seule, «car l'indépendance rêvée par certains est un mythe». Comparant l'attitude des grévistes à une forme de terrorisme, il les a avertis qu'ils avaient tout à perdre dans cette épreuve de force.

C'est la faute aux autres...

Friedrich Sauerländer s'en est pris à tous ceux qui tentent de s'opposer à la stratégie du groupe, mettant dans le même panier les politiciens, les organisations économiques régionales, le syndicat Unia et les médias.

Martin Hellweg a également balayé les reproches d'Unia pour qui Swissmetal aurait violé la CCT avec l'annonce de ces 27 licenciements. La réduction progressive du personnel a très clairement été annoncée en novembre dernier, a-t-il asséné.

Quant au non-respect du protocole d'accord que lui reprochent les grévistes, le CEO s'est efforcé de prouver que tel n'était pas le cas. Il a même tenté de démontrer que si non-respect il y a, il est à mettre sur le compte des travailleurs qui, au lieu de soutenir la stratégie du groupe comme ils s'y étaient engagés dans le protocole, se sont mis en grève.

Pour sortir de la crise, Friedrich Sauerländer a martelé que cela passait par la fin de la grève. Tout en soulignant l'attachement du conseil d'administration à la pérennité des deux sites, il a brandi une menace: «Si les grévistes nous y obligent, nous pourrions envisager d'autres stratégies». /POU-Journal du Jura

«C'est une guerre d'usure»

Fabienne Blanc-Kühn, responsable du secteur industrie du syndicat Unia, en réponse à la conférence de presse d'hier à Zurich, affirme qu'il s'agit «d'une guerre d'usure».

La fermeture officielle de l'usine, depuis hier à 11h (et jusqu'à ce qu'une majorité des employés reprennent le travail), fait penser à ce que l'on appelle un «lock-out», expliquait Fabienne Blanc-Kühn. Si tel est le cas, nous constatons que le conseil d'administration prend à son compte l'arrêt de l'usine et ses conséquences, a-t-elle expliqué aux employés. «Depuis 11h ce matin, ce sont eux qui vous empêchent de travailler!», a-t-elle lancé.

Solidarité des cadres saluée

D'autre part, la décision des cadres de ne pas donner suite à une convocation à Dornach ne saurait être assimilée à une faute grave justifiant un licenciement. C'est l'avis de droit demandé à un avocat par le comité stratégique. Syndicalistes et ouvriers en ont profité pour saluer ce geste de solidarité des cadres.

Et lorsque Mario Grünenwald, président de la commission d'entreprise, a posé la traditionnelle question: «Etes-vous d'accord de poursuivre la grève?» La réponse a été donnée comme par un seul homme. Malgré la lassitude, le pessimisme perceptible et les larmes furtivement essuyées, c'est: «Oui, la grève continue!» /BDR