02.08.2015, 19:43

Médecines complémentaires en rémission pour cinq ans

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Par BERNE / CHRISTIANE IMSAND

Didier Burkhalter réintègre provisoirement les cinq méthodes exclues de l'assurance de base par Pascal Couchepin. Une nouvelle évaluation déterminera leur statut définitif.

Les partisans des médecines complémentaires ont retrouvé le sourire. Didier Burkhalter a décidé de ne pas suivre les recommandations de la commission fédérale des prestations qui s'est prononcée en décembre dernier contre la réintroduction dans l'assurance de base des cinq méthodes exclues par Pascal Couchepin. Elles figureront à nouveau dans le catalogue dès le 1er janvier 2012, mais seulement pour une période allant jusqu'à fin 2017.

D'ici là, les sociétés représentant les cinq disciplines concernées devront démontrer «l'efficacité, l'adéquation et l'économicité» de leurs méthodes, conformément aux critères inscrits dans la loi sur l'assurance maladie.

Comme par le passé, les traitements en question ne seront remboursés que s'ils sont ordonnés par un médecin reconnu. Une ordonnance apportera des précisions d'ici l'été. Les coûts pour l'assurance de base sont estimés à 50 millions de francs par an. «Nous ne sommes pas en mesure de déterminer si cette offre thérapeutique entraînera une diminution des dépenses dans d'autres secteurs», note le conseiller fédéral.

C'est le retour à la case départ. En 1999, Ruth Dreifuss avait déjà admis provisoirement l'homéopathie, la phytothérapie, la médecine traditionnelle chinoise, la thérapie neurale et la médecine anthroposophique, sous réserve du résultat d'un programme d'évaluation. Rebelote en 2011. Il faut dire que, dans l'intervalle, le peuple a approuvé à une majorité de 67% des suffrages un nouveau texte constitutionnel qui exige la prise en compte des médecines complémentaires. La Constitution ne mentionne pas les disciplines concernées mais toute la campagne de votation a porté sur la réadmission des cinq méthodes récusées par l'ancien conseiller fédéral valaisan. Celui-ci avait estimé en 2005 que leur efficacité n'avait pas pu être démontrée avec les méthodes scientifiques exigées par la loi.

Didier Burkhalter se trouve aujourd'hui en position de devoir respecter le mandat populaire sans modifier la loi. Il résout ce dilemme d'une part en envoyant la balle dans le camp des disciplines concernées, d'autre part en annonçant une modification de la composition de la commission des prestations.

«Notre «oui, mais» est une grande chance pour les médecines complémentaires», affirme-t-il. Contrairement à la procédure suivie lors de la première évaluation, Il appartiendra aux représentants des méthodes concernées d'élaborer un concept et de démontrer l'efficacité, l'adéquation et l'économicité de leurs disciplines.

C'est le premier critère qui pose le plus de difficultés car les médecines douces se prêtent mal aux méthodes traditionnelles en double aveugle. Elles ont d'ailleurs toujours revendiqué une autre approche méthodologique. L'évaluation qu'elles sont appelées à livrer en 2015 sera complétée par une expertise indépendante confiée à un institut reconnu.

Sur la base de ces deux analyses, la commission fédérale des prestations émettra en 2016 une nouvelle recommandation au Département fédéral de l'intérieur. Didier Burkhalter renforce les chances d'un préavis positif en modifiant sa composition. Il est notamment prévu de ne plus confier la présidence à un collaborateur de l'Office fédéral de la Santé publique. Parallèlement, le conseiller fédéral annonce une amélioration de la formation dans le domaine des médecines douces.

L'Association faîtière des médecines complémentaires salue ces différentes mesures. Elle regrette simplement que Didier Burkhalter ait jugé bon de passer par une période transitoire avant de reconnaître définitivement les méthodes concernées. /CIM

Un choix final de nature politique

ÉDITORIAL  - PAR FRANÇOIS NUSSBAUM

Didier Burkhalter a été critiqué pour ses décisions sur le remboursement des lunettes et la taxe hôtelière des hôpitaux. Ce ne sera pas le cas à propos des cinq médecines complémentaires réintégrées, provisoirement, dans l'assurance de base. Les assureurs vont certes perdre des contrats privés, mais l'enjeu financier n'est pas énorme. Sur le plan légal, il fallait tenir compte du vote populaire pour ces médecines, alors que la loi les relègue au rang de «traitements à l'efficacité non démontrée scientifiquement». Le ministre charge donc de cette démonstration les spécialistes concernés, eux qui ont toujours jugé les critères scientifiques fixés inapplicables à leurs médecines. Ils vont devoir rendre leur copie à la Commission fédérale des prestations, celle qui avait rendu un avis négatif en décembre. Mais, dans l'intervalle, sa composition et le mandat auront été modifiés - dans un sens plus favorable à ces médecines. Auparavant, la copie sera soumise à des experts internationaux.

Ces précautions prises, Didier Burkhalter pourra décider en 2018 du sort, définitif cette fois, de ces traitements. Mais aura-t-on alors les preuves scientifiques qui manquent aujourd'hui? Et quelles preuves puisqu'il faudra concilier les critères (a priori différents) de la loi, des médecines complémentaires et des experts internationaux? Le choix final risque donc d'être politique. Mais, quand des patients guérissent en sachant qu'on leur donne un placébo, simplement parce qu'on s'occupe d'eux, on mesure toute notre ignorance des liens entre le corps et l'esprit. Et la difficulté d'un choix rationnel.


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