03.08.2015, 08:57

Les cantons exigent des actes

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Par berne, christiane imsand

Les demandes d'asile sont en hausse, notamment en raison des événements d'Afrique du Nord, et les cantons se sentent lâchés par la Confédération. Une délégation de la Conférence des directeurs cantonaux de justice et police (CCDJP) s'est rendue hier à Berne pour mettre la pression sur la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga.

Soupçonnée d'arrière-pensées électoralistes en raison de sa prochaine confrontation avec le président de l'UDC Toni Brunner pour le Conseil des Etats, la présidente de la CCDJP Karin Keller-Sutter (PLR - SG) nie en bloc. «Simonetta Sommaruga a fait des promesses. C'est notre rôle de veiller à ce que la Confédération tienne ses engagements.» Le conseiller d'Etat vaudois Philippe Leuba renchérit: «Je constate que la durée de prise en charge des demandeurs d'asile par la Confédération a diminué entre 2008 et 2011.»

L'Italie concernée

Les cantons veulent que la Confédération traite de manière accélérée les cas manifestement infondés, en particulier ceux qui relèvent de l'accord de Dublin. En vertu de cet accord, l'Etat où a été déposée la première demande d'asile est responsable de la procédure. Le requérant qui tente sa chance ailleurs peut donc être renvoyé dans ce pays. Cela concerne principalement l'Italie. L'Office fédéral des migrations (ODM) a suspendu les renvois en Grèce à la suite d'un jugement de la Cour européenne des droits de l'homme.

«Actuellement, près de 55% des demandeurs d'asile relèvent de l'accord de Dublin», affirme le conseiller d'Etat bernois Hans-Jürg Käser. «Nous voulons que les procédures qui les concernent soient conduites par les centres d'enregistrement de la Confédération. Ils ne doivent plus être envoyés aux cantons, mais renvoyés directement dans le pays de premier asile. Or, la réalité est bien différente. Les demandeurs d'asile sont envoyés aux cantons en moyenne 18 jours après leur arrivée et l'ODM attend plus de deux mois pour adresser une demande de renvoi aux Etats concernés.»

Cantonnements militaires?

Pour la CCDJP, il importe d'accroître la capacité des centres d'enregistrement, quitte à recourir aux cantonnements militaires, comme l'a proposé Simonetta Sommaruga. La conférence réclame aussi l'établissement de priorités. «Il faut d'abord traiter les demandes dont le rejet peut être exécuté», affirme le Zougois Beat Villiger.

Philippe Leuba note que les renvois se heurtent à des difficultés considérables. «A la fin du mois de mai, 5747 personnes étaient en instance d'expulsion, mais 68% d'entre elles proviennent de pays avec lesquels la Suisse n'a pas signé d'accord de réadmission ou dont l'accord n'est pas appliqué. C'est un problème qui ne concerne pas seulement le département de Simonetta Sommaruga. Le Conseil fédéral n'a pas développé de stratégie globale, alors que les départements de l'économie et des affaires étrangères devraient aussi être impliqués. Il y va de la crédibilité de la politique d'asile de la Suisse.»

Interrogée hier soir par la radio romande, Simonetta Sommaruga abonde dans ce sens. «La politique migratoire doit devenir une stratégie de la Confédération», affirme-t-elle. Quant au traitement des cas Dublin, elle souligne que «le but ne pourra être atteint que si la Confédération dispose de places supplémentaires dans les centres d'enregistrement».

Jusqu'à 230 requérants dans des endroits retirés

La Confédération pourra placer jusqu'à 230 requérants d'asile ces prochains mois dans des endroits retirés du canton de Berne. Des logements pour militaires sur le col du Jaun et dans la région du col du Brünig seront mis à disposition pour faire face à la pression migratoire en Afrique du Nord.

Le canton de Berne a accepté ces ouvertures à la condition qu'elles se limitent à un maximum de six mois, a déclaré le directeur de la police Hans-Jürg Käser (PLR) dans une interview hier à la «Berner Zeitung». Il exige également que d'autres cantons mettent des logements à disposition.

La Confédération n'a reçu jusque-là que peu de promesses à ce niveau. D'autres centres devraient bientôt ouvrir dans les cantons d'Uri et des Grisons, a indiqué le porte-parole de l'Office fédéral des migrations, Joachim Gross. Les lieux exacts ne sont pas encore connus.

Au total, 450 personnes devraient trouver une place dans ces quatre centres. Un nombre insuffisant, selon Joachim Gross, qui précise que d'autres places sont cherchées. De 1000 à 2000 places sont disponibles dans les logements de l'Armée. La Confédération n'ouvre toutefois de nouveaux centres que lorsque les cantons ont donné leur approbation.

La Conférence des directeurs et directrices des départements cantonaux de justice et police s'est concentrée sur le thème de l'asile depuis le début de la semaine. Certains participants ont fortement critiqué la conseillère fédérale en charge du dossier, Simonetta Sommaruga. / ats

De légères tensions dans certains cantons

«Un nombre croissant de demandeurs d'asile se distinguent par leur comportement inadapté, voire criminel», a déclaré Karin Keller-Suter hier devant la presse. Quels faits justifient ces accusations? A Saint-Gall, cinq requérants nord-africains ont été arrêtés, et deux sont encore recherchés par la police pour des vols et autres cambriolages. «Nous ne disons pas qu'ils ont commis ces actes, mais nous avons de forts soupçons», nuance Hanspeter Krüsi, porte-parole de la police cantonale. Dans les structures d'accueil, occupées au maximum, «l'atmosphère est électrique». Quelques cas d'agressions de peu de gravité y ont été recensés. «A chaque fois, le problème a pu être résolu à l'interne, sans faire appel à la police», précise Hanspeter Krüsi. Le canton de Saint-Gall compte 80 requérants d'Afrique du Nord, mais «seule une petite partie d'entre eux pose problème».

Les autorités zurichoises déplorent quelques cas de petite délinquance, tels que des vols à l'étalage et des comportements agressifs. Le chef de l'Office des migrations, Urs Betschart, souligne «l'insatisfaction» qui règne parmi les 400 requérants d'Afrique du Nord présents dans le canton. Il s'agit souvent de jeunes hommes seuls qui «aimeraient travailler et gagner de l'argent». Les autorités supposent que beaucoup de Tunisiens auraient quitté leur pays avant le soulèvement et gagné la Suisse après un séjour en Italie. A Bâle, la situation est jugée normale. «Il n'y a pas de problème nouveau lié à l'arrivée de gens du Maghreb», affirme Klaus Mannhart, porte-parole du Département de justice et police. Le centre d'enregistrement est plein à «plus de 100%», et deux abris de protection civile ont été ouverts. Le canton n'a pas eu vent d'agressions dans les centres, mais «l'ambiance est un peu tendue», décrit Klaus Mannhart.

En Suisse romande, l'arrivée de requérants nord-africains n'a pas suscité de polémique à ce jour. Dans le canton de Vaud, qui compte un centre d'enregistrement, «il n'y a pas eu de problèmes significatifs», indique le ministre de l'Intérieur, Philippe Leuba. «Nous avons déployé des moyens sécuritaires particulièrement importants.»

Michaël Rodriguez - Le Courrier


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