02.08.2015, 19:49

«Les appels à la raison ne sont pas suffisants»

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Par CHRISTIANE IMSAND

Au grand dam des milieux économiques, le Conseil des Etats a décidé mardi de compléter la taxe actuelle sur les combustibles par une taxe d'incitation sur les carburants destinée à réduire de 20% les émissions de CO2 d'ici à 2020. Elle pourrait conduire à une hausse de 28 centimes du prix du litre d'essence. Les jeux ne sont pas encore faits car le Conseil national pourrait bien faire barrage à ce projet. Le cas échéant il devra cependant indiquer comment atteindre l'objectif sans cet instrument. Il se prononcera lors d'une session ultérieure. Pour Philippe Thalmann, professeur d'économie de l'Environnement à l'EPFL et membre de l'Organe consultatif pour les changements climatiques, il n'y a pas d'alternative. Interview.

Pourquoi soutenez-vous l'introduction d'une taxe sur les carburants?

Les appels à la raison ne suffisent pas à modifier les comportements. La taxe sur les carburants est une mesure indispensable pour atteindre en 2020 l'objectif d'une réduction de 20% des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990. Les chiffres sont têtus: Les émissions de CO2 issues des combustibles ont déjà baissé de 12% alors que celles issues des carburants continuent à progresser. Je précise qu'il ne s'agit pas d'augmenter du jour au lendemain le prix de l'essence de 28 centimes. C'est une mesure qui doit être introduite graduellement et avec des mesures d'accompagnement. Par exemple des subventions aux transports publics.

Les automobilistes n'ont pas modifié sensiblement leur consommation lors de la dernière crise pétrolière qui a fait bondir le prix de l'essence. Pourquoi le feraient-ils avec une taxe sur les carburants?

La situation est très différente si le prix de l'essence augmente de façon durable. Cela conduit les usagers à envisager des mesures à long terme, comme l'achat d'une voiture moins gourmande en essence ou un changement de domicile.

Les entreprises de transport ne vont-elles pas boire la tasse?

Il est vrai que la branche va souffrir et que nous allons payer un peu plus cher les produits importés, mais c'est la règle du jeu. Ne pas appliquer le principe du pollueur payeur revient à octroyer une subvention cachée.

Et les régions périphériques?

C'est pareil. Il n'y a pas de raison de subventionner des personnes qui habitent à la campagne tout en bénéficiant des mêmes services que les citadins. Quant aux régions alpines, il faut qu'elles développent une vision à long terme: elles seront particulièrement touchées par les changements climatiques. La lutte contre les gaz à effet de serre contribuera au maintien de leur attrait touristique.

Ne pourrait-t-on pas réduire le montant de la taxe sur les carburants en prévoyant des mesures de compensation à l'étranger?

En théorie, réduire les émissions de CO2 en Suisse ou à l'étranger revient au même, mais nous ne vivons pas dans un monde idéal. Les compensations à l'étranger entraînent des abus. Des usines polluantes sont ouvertes juste pour permettre aux industriels concernés de revendre des crédits carbone. Ce procédé a cours en Chine. Il s'agit de détruire le sous-produit d'un gaz, le HFC-23, utilisé dans la fabrication de certains systèmes de réfrigération. On n'aura pas ce type de problème avec des compensations en Suisse.

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