03.08.2015, 09:18

La ville brille, la campagne se replie

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Par JEAN-LUC WENGER

Sur le pont de la Chapelle, on vous tend l'appareil photo dans toutes les langues, ou plut?t dans un anglais basique teint? de diff?rents accents. Construit en 1395, le pont embl?matique de Lucerne avait br?l? en ao?t 1993 et avait ?t? reconstruit tr?s rapidement. M?me si le bois vieillit lentement, il attire ses cinq millions de visiteurs chaque ann?e.

La ville et le canton de Lucerne misent donc toujours sur le tourisme. L'?conomie s'y porte bien et peut compter sur quelques grandes entreprises: des ascenseurs Schindler aux produits laitiers d'Emmi en passant par l'armement (Ruag). L'agriculture occupe une place importante dans ce canton de 377 610 habitants. ?Nous avons vot? une nouvelle loi qui favorise la fiscalit? des entreprises et des priv?s. Dans le m?me temps, le gouvernement cantonal entame une cure d'amaigrissement?, indique J?r?me Martinu, responsable du cahier ?Zentralschweiz? de la ?Neue Luzerner Zeitung?.

La ville de Lucerne, elle, enregistre 77 500 habitants mais avec l'agglom?ration, on arrive ? 150 000. Toutes les communes de la ceinture sont appel?es ? se prononcer sur un projet d'agglom?ration. Premi?re surprise, Littau a accept?. En revanche, Horw a refus?. Kriens, Emmen et Emmenbr?cke, notamment, d?cideront d'ici ? une ann?e. Seule l'UDC s'oppose ? ce grand projet et, plus g?n?ralement, ? toutes les fusions.

Traditions vivaces

En ville de Lucerne, le gros chantier ? venir est la r?novation de la gare principale qui sera en partie enterr?e. Sa r?alisation est pr?vue au mieux en 2030. Autre priorit?, r?sorber le trafic sur l'autoroute A2, en achevant le contournement de la ville en direction de Sursee.

Les traditions restent bien vivantes dans le canton de Lucerne. Dans certains villages, il existe encore deux soci?t?s de gymnastique distinctes: les noirs (ici, les radicaux) et les rouges (les conservateurs). A Grosswangen, village de 2600 habitants, coexistent deux chorales et deux guggenmusiks par exemple. ?La vie en soci?t? est l'une des caract?ristiques du canton. Vous devez faire partie d'une association si vous voulez ?tre ?lu?, confirme Lukas Nussbaumer, responsable des pages cantonales de la ?Neue Luzerner Zeitung?. Durant le carnaval, en f?vrier, du jeudi Gras au mercredi des Cendres, ?c'est l'?tat d'urgence. Nous publions dix pages sp?ciales quotidiennes. Toute la ville est dans la rue durant les six jours de f?te. L'?conomie ne tourne plus, tout s'arr?te?, rel?ve le journaliste.

Dans l'?dition de ce mercredi 21 septembre, on lit les r?sultats d'une ?tude comparative entre diff?rentes villes suisses et europ?ennes. Si Lucerne arrive en t?te pour les nuit?es touristiques par habitant, la surface habitable est plus grande qu'ailleurs et l'?ge moyen aussi. Au d?triment des familles. Alors la question se pose, Lucerne serait-elle une ville pour les personnes ?g?es et ais?es?

Au pied du Napf

Devant les maisons de Willisau, des panneaux en bois annoncent les naissances. Thomas Kummer a ?t? frapp?, en arrivant ? Willisau en 1996, par la taille des familles. ?Les gens de ma g?n?ration (45 ans) ont sept ou huit fr?res et s?urs et eux-m?mes ont facilement cinq enfants.? Bilingue, n? ? Neuch?tel, Thomas Kummer a suivi les cours de l'EPFZ en g?nie rural. Au d?but des ann?es 1990, il travaille comme ing?nieur dans un bureau d'Aarau. Par un ami, il s'inscrit dans une guggenmusik. ?Je suis nul en Musique, je me contentais des boules de samba.? Il passe ensuite aux cloches, ? la trompette, au saxophone...

Jusqu'en 2005, le chef-lieu du district se divisait en deux communes: Willisau-Stadt (radicale et prosp?re) et Willisau-Land (PDC). Au pied des douces collines du Napf, toutes en rondeur, le village m?di?val laisse hors les murs l'industrie lourde.

Lass? par son travail de bureau, Thomas Kummer accomplit des stages comme aide-infirmier dans un foyer pour handicap?s et travaille sept ans sans v?ritable formation. Il suit ensuite les cours de l'Universit? de Fribourg en p?dagogie curative. Dipl?me en poche, il travaille dans un centre qui accueille des schizophr?nes ? Sursee. Une institution qui fonctionne comme centre de jour ?galement.

Th?oriquement, le lieu devrait servir de tremplin ? la r?insertion et le patient rester deux ans au maximum. Thomas Kummer constate une ?volution inqui?tante. ?Quand jai commenc?, le patient le plus jeune avait 40 ans. Aujourd'hui, nous accueillons beaucoup de gens de 20 ans.? Connaissant bien ce milieu, il constate qu'un parti essaie toujours de couper dans le social: l'UDC. Le Romand s'inqui?te aussi de la pr?sence des Schweizer Demokraten, des n?onazis qui se retrouvent r?guli?rement ? Langenthal, dans la Haute-Argovie bernoise, ? quelques kilom?tres de Willisau.

Alors que les vitrines clinquantes de Lucerne aimanteront toujours les touristes asiatiques, les devantures de Willisau paraissent vieillottes. Pour le gros bourg, le d?fi sera de r?ussir un changement de g?n?ration chez les commer?ants et de maintenir une vie dans le village.

«Notre rôle est de parler de politique»

La «Neue Luzerner Zeitung» (NLZ) appartient au groupe Neue Zürcher Zeitung (NZZ). A Lucerne, on distingue cinq autres quotidiens: «Neue Urner Zeitung», «Neue Schwyzer Zeitung», «Neue Obwalder Zeitung», «Neue Nidwalder Zeitung» et «Neue Zuger Zeitung». Le tirage se monte à 124 242 exemplaires, le lectorat à 276 000. L'édition dominicale, la «Zentralschweiz am Sonntag», affiche un lectorat de 184 000.

Pour la NLZ, sept personnes traitent des affaires cantonales, de la politique avant tout. En tout, 125 journalistes travaillent pour les différents titres, indique Jérôme Martinu, responsable du cahier Zentralschweiz. Seuls «20 Minuten» et le «Blick am Abend» ont des bureaux à Lucerne. Jérôme Martinu est persuadé que le rôle d'un journal régional est de parler de politique. «La NZZ n'intervient absolument pas dans le contenu rédactionnel. Elle nous demande juste d'être forts dans notre région. Alors nous prenons le lecteur très au sérieux.» La NLZ a renoncé à publier des informations «people». «Mais l'été dernier nous avons lancé un appel pour préparer une série sur les «héros inconnus» de la région.» Et la rédaction a reçu plus de 120 propositions... / jlw

PDC et PLR partent sans alliance

Pour le Conseil des Etats, Konrad Graber (PDC) se représente et devrait passer au premier tour. La radicale Helen Leumann jette l'éponge après quatre législatures. Pour la remplacer, le PLR lance Georges Theiler, conseiller national. Au deuxième tour, tout se jouera entre l'UDC Fredy Zwimpfer et Georges Theiler. Les Verts et la gauche choisiront plutôt ce dernier. «Ce serait historique que le PLR ne soit plus au Conseil des Etats», note Lukas Nussbaumer, responsable des pages cantonales de la «Neue Luzerner Zeitung». Un socialiste et une verte sont également dans la course, mais sans aucune chance.

Au Conseil national, 129 candidats visent l'un des dix sièges lucernois que se partagent actuellement trois UDC, trois PDC, deux PLR, un PS et un vert. On enregistre deux départs: Joseph Kunz (UDC, depuis 1995 au National) et Georges Theiler. A priori, la répartition des sièges ne changera pas. Les petits partis (Verts-libéraux, PDB et PEV) sont alliés et pourraient gagner un siège. Les deux partis principaux dans le canton de Lucerne (PDC et PLR) n'ont pas réussi à conclure une alliance et risquent de perdre des plumes.

Le PDC ambitionne un siège supplémentaire et a lancé une liste de «paysans actifs». Avec environ 25% des voix, l'UDC, elle, ne peut prétendre à un siège supplémentaire. Le PLR (21%) ne peut pas perdre un siège. On ne devrait donc pas assister à de grands changements.

Aux élections cantonales d'avril, les Verts'libéraux, pour leur première participation, raflaient six des 120 sièges. L'UDC en remportait quatre supplémentaires. Les deux grands perdants étaient le PDC (-7) et le PLR (-6). Si le PDC reste le parti le plus fort, les radicaux ont été devancés pour la première fois par l'UDC. Une tendance qui ne se vérifiera pas forcément le 23 octobre. / jlw

«Gemischtes»

CENTRALe
En 1848, trois cités se disputaient le rôle de capitale: Berne, Zurich et Lucerne. Mais la guerre du Sonderbund, où Lucerne s'est trouvée dans le mauvais camp, a scellé le sort de la ville, malgré sa situation géographique centrale.

uNi
Fondée en l'an 2000, l'Université de Lucerne accueille 2400 étudiants en droit, sciences culturelles et sociales, et théologie. Le bâtiment flambant neuf, juste à côté de la gare, a coûté 155 millions.

phare
On le voit de partout à Lucerne, le kitsch château Gütsch. Comme une meringue qui s'accrocherait à la colline, l'hôtel a appartenu à l'UBS avant d'être racheté par un oligarque russe.

Religion
Selon les dernières statistiques, 71% des Lucernois sont catholiques et 12% protestants. Les processions y sont très importantes. Le commandant des gardes suisses au Vatican a presque toujours été Lucernois, mais c'est un Saint-Gallois actuellement.

Asile
Comme ailleurs, le débat sur l'asile se focalise sur les centres d'hébergements. Le canton a l'obligation d'accueillir des Réfugiés, mais aucune commune n'en veut. Et quand une Municipalité accepte, elle doit faire face aux pétitions des citoyens.

culture
Le centre culturel de Lucerne (KKL) accueille des concerts de musique classique prestigieux mais aussi du blues ou de la variété. A Willisau, depuis 1975, la salle des fêtes résonne chaque année, le dernier week-end d'août, de jazz contemporain. Un mélange entre musiciens new yorkais et fête de village qui vaut le détour.


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