03.08.2015, 09:22

La confrontation domine le dialogue

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Par berne, christiane imsand

L'heure est à l'émotion aujourd'hui sous la Coupole fédérale. Les quelque cinquante conseillers nationaux et conseillers aux Etats qui ne se représentent pas cet automne font leurs adieux définitifs au Parlement. On voit les uns prendre des photos souvenir, les autres serrer des mains, mais s'ils évoquent le passé avec une certaine nostalgie, c'est surtout pour déplorer une dégradation des mœurs politiques. «Les débats avaient autrefois un meilleur niveau», affirme le libéral radical tessinois Dick Marty qui tire sa révérence après quatre législatures au Conseil des Etats. «On se profile désormais à coup de phrases assassines au lieu de mener un véritable débat. La Chambre des cantons a perdu son caractère de chambre de réflexion.»

Même le Conseil fédéral a perdu sa sérénité. «Depuis 2003, il est devenu dépendant des élections», note la Genevoise Martine Brunschwig-Graf. «Cela crée une incertitude dans son fonctionnement, alors que les institutions avaient justement pour but de le délivrer de cette pression.» Conseillère nationale pendant huit ans, la libérale radicale genevoise estime comme Dick Marty que l'apparition de la presse dominicale a joué un rôle important dans l'évolution du climat. «Je quitte la vie politique avant d'en être lassée, mais je constate qu'elle se fait toujours plus dans les médias. Cela ne contribue pas à la qualité du débat. Il devient difficile de distinguer entre les décisions effectives et le bruit provoqué par des personnes qui pensent tout haut. Cela peut contribuer à faire trébucher certains dossiers. On l'a vu par exemple avec la polémique sur la mission Atalante contre les pirates en Somalie.»

Le socialiste jurassien Jean-Claude Rennwald qui a siégé 16 ans dans la Chambre du peuple reconnaît l'influence de la pression médiatique, mais il estime que l'évolution du climat politique est surtout liée à la montée de l'UDC. «Au cours des deux premières législatures que j'ai passées à Berne, il y avait une capacité plus forte de compromis entre la gauche et le centre droit. Aujourd'hui, l'UDC nous confronte à la difficulté de répondre de façon simple à des arguments simplistes.»

Le choc du langage

Le popiste vaudois Josef Zisyadis, conseiller national de 1991 à 1996 et de 1999 à 2011, a aussi été marqué par le virage à droite du Parlement. Il est choqué par la transformation du langage parlementaire. «On entend à la tribune des interventions qui témoignent d'un incroyable mépris à l'égard des pauvres, des handicapés et des étrangers. Cette fascisation du langage n'a rien d'anodin. Elle témoigne d'un manque de respect pour la vie humaine.»

La polarisation imprègne aussi les rapports entre parlementaires. «Une certaine forme de convivialité a disparu», déplore Dick Marty. «Par le passé, nous allions tous manger ensemble après les séances de commission. Cela permettait de lisser les dissensions et de créer des rapports interpersonnels plus solides. Aujourd'hui, c'est chacun pour soi ou par petits groupes car il faut placer le maximum de rendez-vous pendant la pause de midi.» Autre temps, autres mœurs…


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