La carotte ou le bâton à l'égard de l'Iran?

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Les Etats-Unis poussent Berne à durcir le ton face aux mollahs. Dilemme entre diplomatie et intérêts économiques.

Par BERNE / SERGE GUMY
  30.12.2010, 11:45

La Suisse doit-elle suivre les Etats-Unis et l'Union européenne? Doit-elle, comme eux, durcir ses sanctions contre l'Iran pour le punir de poursuivre son programme nucléaire civil, au mépris des injonctions de la communauté internationale qui le soupçonne de vouloir en fait se doter de l'arme atomique? Ces questions préoccupent le Conseil fédéral. La preuve, elles ont fait débat lors de sa dernière séance de l'année 2010, mercredi passé, comme le confirme son porte-parole André Simonazzi. Une discussion «amenée par les départements responsables», à savoir les Affaires étrangères de Micheline Calmy-Rey et l'Economie de Johann Schneider-Ammann.

Ce dernier aurait par ailleurs rencontré, juste avant la séance du Conseil fédéral, l'ambassadeur des Etats-Unis en Suisse, Donald S. Beyer. Mais ni le Département fédéral de l'économie (DFE), ni André Simonazzi ne confirment l'information du quotidien alémanique «Blick». Quant à l'ambassadeur des Etats-Unis en Suisse, il se borne à expliquer dans une prise de position écrite envoyée à «La Liberté» qu'il a «demandé à différents leaders suisses d'examiner les sanctions les plus strictes possibles contre l'Iran.»

Car la patience des Etats-Unis vis-à-vis du régime des mollahs a atteint ses limites, rappelle Donald S. Beyer: «Nous avons fait valoir de façon réitérée au gouvernement suisse que les incitations positives visant à persuader l'Iran à adhérer fidèlement au traité de non-prolifération nucléaire n'ont toujours pas produit d'effet.» «Maintenant, il faut le bâton en plus de la carotte», expliquait-il en termes moins diplomatiques hier dans la «Basler Zeitung».

C'est pourquoi le Trésor américain (le Ministère des finances) a décidé en juillet de geler les avoirs que les personnes morales ou les entreprises iraniennes figurant sur sa liste noire possèdent aux Etats-Unis. Il est également interdit aux ressortissants américains de commercer avec ces individus ou sociétés. Enfin, la nouvelle loi permet à Washington de prendre des sanctions contre les entreprises étrangères qui continueraient de faire des affaires avec les dignitaires du régime iranien et les entreprises en leur possession.

La menace a de quoi inquiéter le Conseil fédéral. Ces dix dernières années, en effet, la Suisse s'est affirmée comme une plaque tournante du négoce du pétrole. Selon le magazine économique «Bilan», un tiers des volumes mondiaux de pétrole se négocient désormais à Genève. Des géants américains du secteur ont pour leur part élu domicile à Zoug, dont Transocean, spécialiste des forages en mer rendu tristement célèbre cette année par la marée noire au large de la Floride.

Toutes ces multinationales génèrent des milliards de francs de chiffre d'affaires et emploient plusieurs milliers de personnes en Suisse. Sans parler des recettes fiscales pour les collectivités publiques. D'un point de vue économique, le Conseil fédéral a donc tout intérêt à éviter que les négociants en pétrole «suisses» ne soient pris en grippe par Washington.

Ces considérations pourraient pourtant entrer en conflit avec des impératifs politiques. La Suisse sert en effet d'hôtesse aux pourparlers sur le nucléaire iranien entre Téhéran et les Six (Etats-Unis, Russie, Chine, Grande-Bretagne, France et Allemagne).

Mais surtout, depuis 1979 et l'occupation de l'ambassade américaine à Téhéran, la Suisse représente les intérêts des Etats-Unis en Iran. «La Suisse est effectivement dans une situation difficile», reconnaît Donald S. Beyer. «Comme intermédiaire neutre, elle rend de précieux services aux Etats-Unis sur la question iranienne. Il n'en est que plus important que la Suisse soutienne ces sanctions. Elle enverrait ainsi un signal clair à l'Iran.»

Une manière élégante pour Washington de mettre la pression sur le Conseil fédéral? «Pures spéculations», tranche son porte-parole André Simonazzi. Pour l'instant, le Conseil fédéral s'en tient aux sanctions décrétées contre l'Iran par les Nations unies: interdiction du commerce des armes et de tout matériel pouvant servir au programme nucléaire iranien, interdiction d'entrée en Suisse pour 36 ressortissants iraniens. Les avoirs de 40 entreprises ou organisation iraniennes ont en outre été bloqués. Le débat au sein du gouvernement est cependant loin d'être terminé. /SGU

Micheline Calmy-Rey défend sa ligne de conduite

La Suisse est-elle trop molle face aux mollahs? Dans une interview parue hier dans le «Tages Anzeiger» et le «Bund», la ministre des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey a défendu sa politique vis-à-vis de l'Iran qui, «comme nouvelle puissance régionale, joue un rôle central» dans les grandes crises du moment: conflit israélo-palestinien, Irak, Afghanistan.

La conseillère fédérale socialiste rejette les reproches d'activisme formulés par l'ancien ambassadeur des Etats-Unis en Suisse dans des dépêches publiées par WiKiLeaks. Sur le nucléaire iranien, «nous nous sommes toujours engagés pour une solution diplomatique. Nous avons toujours informé les acteurs de façon transparente». Et Micheline Calmy-Rey d'ajouter: «Avec des sanctions uniquement, nous n'arriverons jamais au but, c'est aujourd'hui largement reconnu.» Réponse indirecte aux croissantes pressions américaines?

La présidente de la Confédération élue pour 2011 ne le cache pas: en gardant le contact avec les Iraniens, la Suisse défend ses intérêts économiques, en particulier son approvisionnement énergétique. Mais elle se préoccupe aussi des droits de l'homme. Reste qu'à Berne, des doutes s'élèvent quant à l'efficacité du dialogue noué sur le sujet en 2003 avec l'Iran. Une expertise indépendante est en cours pour en analyser les résultats concrets; elle devrait être remise en début d'année prochaine aux commissions parlementaires compétentes.

Sans préjuger de ses conclusions, Micheline Calmy-Rey demeure convaincue que, «en dépit de toutes les difficultés, il est important, justement dans l'intérêt des personnes concernées (réd: par la répression), de discuter des droits de l'homme. Il se peut que la forme de ce dialogue soit trop rigide, bien trop structurée et trop ambitieuse. Mais à quoi cela aiderait-il de ne plus du tout évoquer les droits de l'homme? Dans des cas précis, nous avons des résultats à produire.» /sgu


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