03.08.2015, 08:55

Initiative en faveur de la transparence

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Par berne, serge gumy

«De nombreux politiciens ne représentent plus les intérêts du pays et des gens, mais ceux de leurs bailleurs de fonds.» Pour le jeune conseiller national Lukas Reimann (UDC /SG), la confiance des citoyens est entamée. Pour la rétablir, les revenus de la classe politique doivent être rendus publics, au nom de la transparence. C'est dans ce but qu'il a officiellement lancé hier la récolte de signatures pour une initiative populaire, à la tête d'un comité de jeunes politiciens de l'UDC, du Parti libéral-radical, du Parti démocrate-chrétien, du Parti pirate et des Verts.

Le texte présenté hier à la presse demande que les élus fédéraux déclarent chaque année aux Services du parlement, en plus de leur activité professionnelle, «le montant et l'origine de leurs revenus accessoires et des cadeaux reçus dans la mesure où ils ont un lien avec leur mandat». Ces intérêts doivent être systématiquement déclarés lors des débats en plénum et en commission. S'il manque à cette obligation, un élu sera exclu de toutes les commissions où il siège pour le reste de son mandat. L'initiative réclame enfin la transparence des votes aux Chambres.

Jusqu'ici, le Parlement a toujours refusé de faire la lumière sur les revenus accessoires de ses membres. «Il est maintenant évident qu'il refuse d'être plus transparent. Seule une initiative populaire permet d'y remédier», avance Pascal Gloor, vice-président du Parti pirate suisse. Qui estime que sur la transparence, «il n'existe pas de conflit gauche-droite, mais un confit de générations. Les jeunes citoyens ne veulent plus de ces arrangements» entre élus et groupes de pression.

Sous la pression de Christoph Blocher, et pour pouvoir rallier une majorité, Lukas Reimann a renoncé à exiger la déclaration de l'entier des revenus, par respect de la sphère privée. Mais pourquoi ne pas réclamer carrément la transparence du financement des partis ou des campagnes de votation? En bon UDC, Lukas Reimann s'y dit opposé, de peur que les privés ne versent plus un sou et que les formations politiques ne doivent être dès lors financées par l'Etat. Assise à côté de lui, la Verte Aline Trede estime au contraire que la question du financement des partis se posera dans un deuxième temps, «mais peut-être dans une autre constellation politique» que pour cette initiative sur la transparence.

Les partis sous pression

Avec leur action coup-de-poing, les jeunes politiciens mettent la pression sur leurs aînés. Tous n'apprécient pas. «Au lieu de s'intéresser à la paille dans l'œil de son voisin, Lukas Reimann ferait bien de commencer par enlever la poutre dans l'œil de l'UDC», balance Christophe Darbellay, président du PDC suisse. Le Valaisan, qui dit gagner «un peu plus de 200 000 francs», ne voit pas la nécessité de ventiler ses revenus en fonction de ses divers mandats.

Vice-président de l'UDC suisse, Yvan Perrin trouve que le registre des liens d'intérêts, accessible sur www.parlament.ch, suffit à savoir «qui roule pour qui». Le Neuchâtelois ajoute que les avocats, par exemple, auront beau jeu de se réfugier derrière leur secret professionnel pour éviter de déclarer des mandats pourtant en lien direct avec leur activité politique. «Le secret professionnel ne saurait être invoqué en l'espèce», réplique le jeune PDC et étudiant en droit Emmanuel Kilchenmann (FR).

Aux yeux du président du Parti socialiste suisse, Christian Levrat, cela reste un point faible de cette initiative. «Elle est mal fichue, mais constitue un premier pas vers la transparence. Nous la soutiendrons au Parlement, mais ne récolterons pas de signatures.» Pour le PS, c'est au financement des partis et des campagnes que la transparence devra s'appliquer en priorité.


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