03.08.2015, 08:58

Formation et recherche enfin réunies

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Par BERNE, SERGE GUMY

Le Parlement le réclamait depuis des années. Le Conseil fédéral lui a enfin obéi. Hier, il a décidé de regrouper la formation et la recherche sous le même toit. Le 1er janvier 2013, le Secrétariat d'Etat à l'éducation et à la recherche, qui s'occupe des études gymnasiales et des universités, quittera le Département de l'intérieur de Didier Burkhalter pour rejoindre l'Economie de Johann Schneider-Ammann, où est logé l'Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie, en charge des hautes écoles spécialisées (HES).

Un succès d'équipe

«Je n'attendais plus une telle décision cette année, je suis donc positivement surprise», se réjouit la conseilère d'Etat fribourgeoise Isabelle Chassot, présidente de la Conférence des directeurs cantonaux de l'instruction publique (CDIP). Sous la Coupole fédérale, le serpent de mer du département de la formation et de la recherche se mordait en effet la queue depuis cinq ans. Les luttes de pouvoir et d'egos entre ministres (Deiss-Couchepin, Couchepin-Leuthard, Leuthard-Burkhalter) avaient jusqu'ici empêché une réforme pourtant très largement soutenue par les hautes écoles et les partis politiques.

Par quel miracle la situation s'est-elle soudain débloquée? Devant la presse, hier, la présidente de la Confédération, Micheline Calmy-Rey, a expliqué que le collège avait réfléchi en termes de priorités stratégiques pour la Confédération, «ce qui l'a un peu éloigné des bagarres de territoire. Et cette avancée est sans doute due aux personnalités des ministres», a ajouté la socialiste, visiblement aussi contente d'elle-même...

«La tyrannie des chiffres»

A l'entendre, la réunion à l'Economie de la formation et de la recherche traduit l'importance de ces secteurs pour la compétitivité de la Suisse et sa croissance économique. Professeur de biologie à l'Université de Genève et à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), Denis Duboule y voit plutôt un danger. «Il ne faut pas que la stratégie de la recherche soit basée sur la perspective d'applications futures dans le secteur privé.» «La liberté académique n'est pas du tout touchée», assure Micheline Calmy-Rey. Rectrice de l'Université de Neuchâtel, Martine Rahier promet malgré tout de rester vigilante. «Je peux m'imaginer que certains chercheurs, en particulier en sciences sociales et humaines, pourraient avoir quelques craintes d'être soumis à la tyrannie des chiffres.»

«Une occasion gâchée»

Cette prudence mise à part, Martine Rahier estime que la réforme va «augmenter le poids de la formation et de la recherche, vis-à-vis de l'étranger et des autres domaines de l'Etat». De son côté, Isabelle Chassot se réjouit du fait que les cantons n'auront plus à l'avenir qu'un seul interlocuteur à Berne, ce qui facilitera la mise en place de l'espace suisse de la formation.

A titre personnel, la ministre fribourgeoise aurait néanmoins souhaité une refonte plus large des départements. Denis Duboule regrette que le Conseil fédéral «ait gâché une occasion unique» de doter la formation et la recherche d'un ministère à part entière «qui aurait traduit dans les faits ce que les politiques clament dans leurs discours, savoir que l'intelligence est la seule matière première de la Suisse». «J'ai effectivement proposé une variante plus ambitieuse», se justifie Micheline Calmy-Rey. «Le Conseil fédéral y a très clairement renoncé, estimant qu'elle provoquerait un trop grand bouleversement pour l'administration, dont il estimait par ailleurs la plus-value pas à la hauteur des changements impliqués.»

Il n'y aura pas de département de la sécurité

Selon Micheline Calmy-Rey, la réunion de la formation et de la recherche à l'Economie «met un point final à cette longue discussion» sur la réforme des départements. Le Conseil fédéral renonce donc à créer un grand département de la sécurité, qui aurait réuni l'armée, la protection civile, l'Office fédéral de la police, les services de renseignement et les gardes-frontière.

«Nous n'avons pas pu trouver suffisamment d'avantages à la mise sous toit de tous ses services dans un seul département», explique la présidente de la Confédération, qui rappelle que la réunion de l'Armée et de la police «provoque des résistances chez certains». En particulier au sein de la gauche dont elle est issue, rétive à l'idée de voir des soldats assumer des tâches de police.

Quant aux gardes-frontière, ils assument certes des missions de sécurité, mais veillent aussi au contrôle des marchandises. Les séparer de l'Administration fédérale des douanes, hébergée elle-même au Département fédéral des finances, ne faisait dès lors pas sens, argumente Micheline Calmy-Rey, tout en promettant à l'avenir une «coopération renforcée» entre les divers services de sécurité. / sgu


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