31.07.2009, 04:15

Etre Suisse à Berlin ou Lima

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Par MAGALIE GOUMAZ

UBS, Kadhafi, secret bancaire: quatre Suisses de l'étranger nous racontent comment ils portent la croix…

Près de 700 000 Suisses vivent à l'étranger, soit 10% de la population. Ils forment ce qu'on appelle la «Cinquième suisse» ou le «27e canton». Mais sont-ils toujours fiers de leur pays à l'heure où l'UBS s'écroule, où le secret bancaire s'effrite et où le nouveau roi de l'Afrique veut nous éradiquer? Témoignages.

«Loin des centres urbains et de ses richesses, les Brésiliens que je côtoie ne se font aucun souci pour la Suisse qu'ils estiment être suffisamment riche pour affronter toutes les crises. Pour ma part, j'aimerais que les remous actuels permettent d'imposer plus de morale et d'éthique à l'économie. Je redoute le futur accord de libre-échange de l'OMC. Le Brésil est un exportateur agricole important. Normal, les travailleurs sont si mal payés! Je ne comprends pas pourquoi un pays comme la Suisse ne s'en inquiète pas et ne dise pas: d'accord pour réduire les barrières douanières à condition que les salaires de tous les travailleurs augmentent afin de garantir une vie décente pour tous. Tout le monde y gagnerait. La Suisse pourrait conserver une agriculture viable. Je ne comprends pas sa politique actuelle. On voit que les gens qui la font n'ont pas vécu la guerre et ne pensent pas à long terme».

Gilbert-Michel Rolle

«Le pire, pour un Suisse à New York, ce n'est pas le procès de l'UBS. Il y a quelques années, l'affiche de l'UDC montrant un mouton noir chassé du territoire et publié en Une du «New York Times» nous a fait bien plus de tort. Aujourd'hui, l'Amérique a un président noir et ça me fait d'autant plus mal d'y repenser. La Suisse a besoin des autres. Il est temps qu'elle s'en rende compte et comprenne qu'une affaire de politique intérieure peut avoir d'énormes répercussions. Comment voulez-vous que des pays nous soutiennent après un truc pareil? Ce qui me ramène à l'affaire Kadhafi: pour quelles raisons les dirigeants africains voleraient-ils à notre secours?»

« Le 1er août, les organisateurs de la fête suisse à New York m'ont demandé de chanter l'hymne national. Les festivités ont lieu au bord de l'Hudson, au soleil couchant. A ce moment, je ne penserai sans doute pas à la fierté d'être suisse car pour moi, il n'y a pas de raison d'être fier d'un pays ou d'un autre. Je tiens à mes racines et ce sentiment dépasse l'appartenance à une nation. Je penserai à nos somptueux paysages que des promoteurs s'évertuent d'ailleurs à détruire chaque année un peu plus, et à ma famille qui dormira à ce moment-là…»

Dominique de Rivaz

«La Suisse à Berlin? Pour moi, c'est surtout notre drapeau rouge et blanc qui flotte entre le Reichstag et le Bundeskanzleramt, au beau milieu des bâtiments ultramodernes du gouvernement allemand. On le voit dès qu'on descend du train, à la gare centrale. Chaque 1er Août, il y a la foule autour de l'ambassade et de son drapeau pour profiter du feu d'artifice helvétique. Lors de la reconstruction de la ville et du transfert de la capitale, le gouvernement a prié la Suisse de déplacer son ambassade. Refusé. Le drapeau suisse occupe donc la position la plus centrale de Berlin. Pour moi, c'est le comble de l'arrogance de la part d'un pays qui ne veut pas entrer dans l'Union Européenne. Il devrait aussi faire acte de modestie depuis les remous autour de l'UBS et du secret bancaire. D'ailleurs, à propos d'UBS, j'estime qu'une banque qui n'offre pas plus d'un quart de pour cent d'intérêt au quidam peut bien s'écrouler. Je suggère à ses petits épargnants de guigner du côté de la Postbank allemande, par exemple, bien plus intéressante avec ses 3-4%... Sinon, les fâcheries helvétiques actuelles me laissent indifférente. J'ai juste le grand espoir que la crise actuelle mène nos sociétés à plus de transparence».

«La démocratie, le sérieux, la propreté, la nature, l'or: ce sont les mots que les Péruviens utilisent lorsqu'ils parlent de la Suisse. Pour eux, nous sommes un pays exemplaire et on me demande régulièrement comment faire pour inscrire les enfants à l'école suisse ou adhérer au Club suisse. Nous avons une bien meilleure réputation que les Américains ou les Espagnols, par exemple. Il y a quelques années, l'affaire Montesinos (réd: des fonds détournés et déposés dans les coffres helvétiques) avait provoqué des remous entre les deux pays. Par contre, nos soucis bancaires actuels passent complètement inaperçus. Nous en parlons seulement entre compatriotes. Ça m'intéresse car je sais qu'une grave affaire impliquant la Suisse peut avoir des répercussions sur le Swisshôtel. Ce nom a de nombreux avantages, on vient beaucoup pour retrouver la qualité et la sécurité qui font la réputation du pays, mais du coup, nos destins sont liés». /MGO


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