19.02.2019, 07:31

Elevage: des milliers de vaches et de brebis en gestation finissent à l’abattoir

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Des dizaines de milliers de brebis en gestation seraient abattues en Suisse.

Maltraitance animale Des milliers de vaches et de brebis encore en gestation finissent à l'abattoir et leur bébé éliminé par la même occasion. La Suisse n'interdit pas cette pratique, mais incite la filière à s'autoréguler pour diminuer le nombre de cas.

Des vaches ou brebis enceintes amenées à l’abattoir, voilà une réalité méconnue et loin d’être exceptionnelle. Les bouchers découvrent régulièrement, non sans colère et désespoir, des bébés parfois encore vivants, dans la carcasse de la bête qu’ils viennent d’abattre.

Selon un rapport non publié de Proviande, l’interprofession suisse de la filière viande, et couvrant la période de mars 2017 à février 2018, on a compté un animal gestant pour 2300 femelles abattues. Par ailleurs, une récente étude fédérale révélait que 15 000 vaches enceintes étaient envoyées à l’abattoir. Un agriculteur sur quatre était au courant de la grossesse de ses bêtes, alors même que certaines d’entre elles étaient dans leur dernier mois de gestation.

Sous pression, la filière industrielle de la viande d’élevage a décidé de réagir. Elle assure avoir sensibilisé les propriétaires d’animaux et mis en place un système de contrôle. En outre, le secteur rappelle que les bêtes en gestation ne doivent être abattues «que dans des situations exceptionnelles et des cas d’urgence», tels que maladies incurables ou à la suite d’un accident.

Agneaux à la poubelle

Malgré les efforts considérables déployés par l’industrie de la viande, l’abattage de vaches en gestation n’est pas rare. «La négligence en est souvent la cause», explique le directeur de Proviande, Heinrich Bucher à la SonntagsZeitung qui a mené l’enquête. Si interdire d’abattre des animaux gestants comme en Allemagne n’est pas nécessaire, selon lui, il faut envisager des sanctions à l’encontre des agriculteurs qui envoient trop systématiquement des femelles enceintes à l’abattoir.

La négligence en est souvent la cause.
Heinrich Bucher, directeur de Proviande

 

La situation des brebis n’est guère meilleure. Des contrôles ont mis en évidence que de nombreux agneaux finissaient à la poubelle avant leur premier souffle. En Allemagne, une étude de l’Université des sciences appliquées de Hambourg a révélé que 16% des brebis abattues étaient en période de gestation. Un taux probablement similaire en Suisse, à en croire l’équipe de recherche allemande. Des dizaines de milliers d’agneaux pas encore nés seraient ainsi éliminés chez nous.

Pas d’interdiction

«Nous ne tolérons pas l’abattage durant la période de gestation», déclare le porte-parole de la Fédération suisse d’élevage ovin, Christian Aeschlimann. L’association demande aux autorités vétérinaires d’enregistrer les incidents et informer les éleveurs qui auraient commis des erreurs, «afin qu’ils puissent reconsidérer la gestion de leur troupeau».

Nous ne tolérons pas l’abattage durant la période de gestation.
Christian Aeschlimann, porte-parole de la Fédération suisse d’élevage ovin


Cependant, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) n’est aucunement contraint d’agir en ce sens. Il faut dire que l’abattage d’animaux gestants n’est pas interdit en Suisse, ainsi que le précise la SonntagsZeitung. «C’est à la branche d’améliorer la situation. Tout comme elle l’a fait avec les vaches», conclut Kaspar Jörger, responsable du département du bien-être des animaux à l’OSAV.


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