Des vaccins qui font défaut

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SANTÉ La Suisse a beau être le pays de la pharma, elle manque périodiquement de certains médicaments. La centralisation de la production est en cause. Même Novartis s’est désengagé du marché des vaccins.

 18.07.2018, 00:01
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Il n’est pas rare que certains vaccins soient en rupture de stock en Suisse.

La petite Olivia, 8 ans, se souviendra longtemps de ses vacances à la montagne. En voulant cueillir une baie, elle a glissé sur un talus et s’est méchamment entaillé le bras avec un morceau de verre qui traînait par là. Pas de quoi paniquer pour autant. Une piqûre contre le tétanos et quelques points de suture plus tard, l’affaire était réglée. Banal? Pas tout à fait, car il y a actuellement en Suisse une pénurie de vaccins contre le tétanos. Selon le dernier bulletin de l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE), la rupture de stock devrait durer jusqu’à la fin du mois de septembre.

Le phénomène n’est pas nouveau. Depuis une demi-douzaine d’années, il y a régulièrement des pénuries qui touchent différents types de vaccins. «En juillet 2016, on ne trouvait plus de vaccin contre la coqueluche; en été 2017, on n’en trouvait plus contre les hépatites A et B et contre le tétanos», rappelle la conseillère nationale Bea Heim (PS/SO) qui s’est penchée sur cette question. Et comme de nombreux pays sont touchés par ces problèmes, ils se concurrencent les uns les autres pour tenter de résoudre leurs difficultés d’approvisionnement. En 2015, indique l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), 77% des pays européens ont manqué d’au moins trois vaccins.

L’Amérique du Nord est aussi touchée. Elle souffre actuellement d’une pénurie de vaccins contre la fièvre jaune. Cette situation est due à la flambée de ce mal qui sévit dans les régions tropicales d’Afrique et d’Amérique du Sud.

Des vaccins combinés

Les patients ne sont, cependant, pas laissés en rade. «On se débrouille en se refilant des stocks ou en passant des commandes à l’étranger», explique le docteur François Héritier, vice-président de l’association des médecins de famille. «S’il le faut, on peut recourir à des vaccins combinés. Le vaccin standard contre le tétanos est déjà combiné avec celui contre la diphtérie, mais on peut proposer une combinaison qui comprend aussi une protection contre la coqueluche ou d’autres maladies. Cela peut être utile pour les enfants. Et même s’il n’est pas indispensable, il vaut mieux un vaccin de trop qu’un vaccin de pas assez. Ce serait un scandale de mourir du tétanos de nos jours.»

Les médecins font de leur mieux, mais ils ne peuvent pas grand-chose contre des difficultés d’approvisionnement qui ont une dimension internationale et qui affectent un marché libre. Le Conseil fédéral l’explique dans un rapport publié en 2016. La mondialisation du marché des produits thérapeutiques a conduit à une concentration de la production sur quelques sites, principalement en Inde et en Chine. Il suffit qu’une entreprise rencontre une subite hausse de la demande, un problème de qualité ou une autre difficulté de production pour qu’une pénurie mondiale puisse surgir.

Système d’alerte

En outre, les exigences propres de la Suisse comme la notice trilingue ne facilitent pas les choses. «Certains vaccins ne sont pas enregistrés, en Suisse, car le marché n’est pas suffisamment intéressant et la procédure coûteuse», note Mark Witschi, chef de la section recommandations de vaccinations et mesures de lutte à l’OFSP.

Les professionnels de la santé sont tenus en alerte. Depuis mars 2016, toute pénurie de vaccins qui risque de durer plus de deux semaines est publiée sur une liste de l’OFAE. Par ailleurs, le Conseil fédéral réfléchit à la possibilité d’achats centralisés avec des contrats de livraison sur plusieurs années et avec des quantités garanties, comme le font l’Autriche et les Pays-Bas.

Il l’a écrit, en mai, dans sa réponse à une motion de Bea Heim. En attendant, la solution retenue consiste à imposer aux importateurs la création de stocks de vaccins permettant d’assurer l’approvisionnement pendant quatre mois. Cela concerne aussi les analgésiques et les antibiotiques. Cette obligation figure dans l’ordonnance sur le stockage obligatoire de médicaments entrée en vigueur le 1er juin 2017.

Des stocks insuffisants

C’est, cependant, plus facile à dire qu’à faire. «En ce qui concerne les vaccins, nous sommes encore loin du compte», soupire Ueli Haudenschild, chef du secrétariat des produits thérapeutiques à l’OFAE. «Pour faire des stocks, il faut que le marché fonctionne. Or ce n’est pas encore le cas car les problèmes d’approvisionnement sont mondiaux. Nous espérons une amélioration de la situation dès la fin de l’année prochaine grâce à de nouvelles capacités de production. Selon les producteurs, les problèmes actuels sont dus à une forte augmentation de la demande en Chine et en Inde qui ont développé des programmes de vaccination obligatoire.»

Pour le docteur Héritier, il est problématique que le marché soit contrôlé par quelques grandes entreprises. «Une production sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé pourrait constituer une solution. Cela se justifierait pour le marché des vaccins qui est particulièrement régulé.»

Pour l’instant ce n’est qu’une vue de l’esprit car il est difficile d’imposer quoi que ce soit aux entreprises pharmaceutiques. Dans sa réponse à la motion Heim, le Conseil fédéral rappelle «qu’il a demandé plusieurs fois aux entreprises pharmaceutiques actives en Suisse de produire des vaccins, notamment pour l’approvisionnement en vaccins pandémiques. Toutes les grandes entreprises ont refusé de développer des sites de production».

Franchise en jeu

Le plan de vaccination émis par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) recommande des vaccins de base pour les enfants et les adultes contre onze maladies (coqueluche, diphtérie, tétanos, hépatite B, papillomavirus humain, polio, varicelle, rougeole, oreillons, rubéole et la grippe). Les coûts sont pris en charge par l’assurance de base, sous réserve du paiement de la franchise. Du moins pour les adultes puisqu’il n’y a pas de franchise obligatoire jusqu’à 18 ans. Actuellement, seule la vaccination contre les papillomavirus est libre de franchise, à condition d’être effectuée dans le cadre de programmes cantonaux. Cela pourrait changer.

Cibler les jeunes adultes

Dans le cadre de la stratégie nationale de vaccination adoptée par le Conseil fédéral en janvier 2017, il est envisagé que toutes les vaccinations prises en charge par l’assurance de base soient libérées de la franchise. Cette mesure doit permettre d’inciter les jeunes adultes à mettre à jour leurs vaccinations. Son coût doit encore être évalué. La décision incombera au Département fédéral de l’intérieur. «Cette question sera soumise à la Commission fédérale des prestations dans les prochains mois», indique Mark Witschi. «La décision sur une éventuelle modification de l’ordonnance sur les prestations ne sera pas prise avant 2019, voire 2020.»

Selon lui, les coûts de cette mesure ne doivent pas être surestimés. «Il faut les mettre en rapport avec les économies que cela permettrait en matière de soins. Il est important d’un point de vue global que l’ensemble de la population soit vaccinée.»

Pas de production en Suisse

A l’exception de produits de niche dans le domaine de la médecine du voyage, la Suisse ne fabrique plus de vaccins. Novartis s’est entièrement dégagé de ce secteur à la suite d’un recentrage de ses activités sur les divisions les plus rentables. «Nous avons commencé à passer en revue nos différentes unités commerciales à la mi-2013», explique le porte-parole du groupe pharmaceutique bâlois Satoshi Sugimoto. «Cela nous a conduits à nous défaire de nos plus petites unités qui n’ont pas la masse critique nécessaire pour avoir une envergure mondiale. Car il est important pour nous que chacune de nos activités soit leader dans sa catégorie. Ce désengagement concerne non seulement les vaccins, mais aussi les médicaments en vente libre et la santé animale.»

Aujourd’hui, en matière de vaccins, il n’y a plus que deux grandes entreprises qui livrent le marché occidental. Ce sont la multinationale britannique GSK (GlaxoSmithKline) et la multinationale française Sanofi.

Bien que cette concentration soit jugée problématique, le débat public se focalise surtout sur l’efficacité et la sécurité de certains vaccins.


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