06.01.2018, 00:01

Cassis attendu au tournant

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Socialistes comme démocrates-chrétiens – ayant chacun de leur côté réuni les médias lors d’un apéro  des Rois, ici le PDC – demandent au Tessinois de livrer davantage de ses réflexions.

 06.01.2018, 00:01 Cassis attendu au tournant

SUISSE-UE Le PS et le PDC demandent au ministre PLR de sortir de son mutisme et de revoir ses priorités en politique européenne.

Après la flambée d’avant-Noël entre Berne et l’Union européenne (UE), le nouveau ministre des Affaires étrangères Ignazio Cassis ne sort pas de l’œil du cyclone. Ses embryons de décision sur la question européenne se heurtent à l’interne à des alliés potentiels, le PS et le PDC. Les deux partis ont affiché, ou réitéré, hier leur scepticisme, voire leur patent...

Après la flambée d’avant-Noël entre Berne et l’Union européenne (UE), le nouveau ministre des Affaires étrangères Ignazio Cassis ne sort pas de l’œil du cyclone. Ses embryons de décision sur la question européenne se heurtent à l’interne à des alliés potentiels, le PS et le PDC. Les deux partis ont affiché, ou réitéré, hier leur scepticisme, voire leur patent désaccord, avec le conseiller fédéral PLR. Sur deux points: son choix de garder le silence pendant ses cent premiers jours, et ses réflexions sur la création d’un Secrétariat d’Etat aux questions européennes.

Socialistes comme démocrates-chrétiens – ayant chacun de leur côté réuni les médias lors d’un apéro des Rois – demandent au Tessinois, en fonction depuis le 1er novembre, d’en livrer davantage. Un plan concret. Du contenu. Et vite.

Un silence trop long

«Ignazio Cassis doit s’exprimer sans tarder. On ne peut pas décréter de la sorte une période de mutisme de cent jours», décoche Christian Levrat, président du PS et conseiller aux Etats fribourgeois. «Bruxelles a démontré qu’elle n’allait pas attendre cent jours», rajoute le Tessinois Filippo Lombardi, chef du groupe parlementaire PDC et conseiller aux Etats.

La preuve: l’Union a vidé quelques cartouches en fin d’année passée, par son refus de reconnaître l’équivalence de la Bourse suisse pour plus d’un an. Une salve qui a profondément irrité le Conseil fédéral. Celui-ci a, à son tour, remis en question le versement de l’aide de 1,3 milliard de francs destinée aux pays les moins favorisés de l’Union.

Dans ce contexte, PDC et PS appellent à consolider les bilatérales avec l’UE, en les développant. Une voie qui passe par un accord-cadre institutionnel, ardemment souhaité par le grand voisin.

L’entreprise n’a rien d’une sinécure: ce traité global, devant encadrer les 120 accords entre Berne et Bruxelles, est descendu en flèche par l’UDC. Le parti souverainiste le qualifie de «colonial», car donnant du pouvoir aux «juges étrangers» de la Cour de justice de l’Union dans le règlement des désaccords juridiques.

Ce vent contraire ne dissuade pas démocrates-chrétiens et socialistes. «La collaboration avec l’UE devra à l’avenir s’institutionnaliser d’une manière ou d’une autre», lance Elisabeth Schneider-Schneiter, conseillère nationale (PDC/BL). Et, à cette fin, la création d’un Secrétariat d’Etat aux questions européennes récolte bien peu d’enthousiasme.

Cette nouvelle structure, évoquée informellement par Ignazio Cassis au sein du Conseil fédéral (dixit l’ex-présidente de la Confédération, Doris Leuthard), «n’est pas judicieuse et ne résout aucun problème», assène la députée Schneider-Schneiter.

Un avis partagé par le président socialiste Christian Levrat… et presque par le vice-président du PLR (!), Andrea Caroni. Le sénateur appenzellois n’est en effet pas loin de penser la même chose: «Cet élément n’amènerait pas vraiment de substance supplémentaire. Il existe déjà une Direction des affaires européennes. La question porte, en fait, surtout sur le maintien de Pascale Baeriswyl comme coordinatrice en chef du dossier européen.»

En effet, la secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères se trouve dans le viseur de l’UDC et d’une partie du PLR, qui goûtent peu son appartenance socialiste. Créer un nouveau secrétariat d’Etat, réservé aux seules questions européennes, permettrait de lui retirer le dossier sans la renvoyer séance tenante. Pour certains, Ignazio Cassis pourrait même «vendre» cette réorganisation comme le fameux «reset» («remise à zéro») qu’il a promis avant son élection au Conseil fédéral.

Cour à trois juges?

Mais les responsables PS et PDC fixent d’autres priorités, même s’ils divergent sur la suite de la procédure. Le PDC aimerait qu’Ignazio Cassis propose des alternatives à la Cour de justice de l’UE pour résoudre les différends. Parmi les options en présence, une Cour d’arbitrage à trois juges (un Suisse, un Européen et un troisième nommé par les deux parties) est régulièrement mentionnée.

Au PS, Christian Levrat va plus loin. «Nous devons viser une conclusion de l’accord institutionnel avant la fin de cette année, en vue d’un vote populaire en mai 2019. Plus le Conseil fédéral attend, plus le climat se détériore en Suisse vis-à-vis de cet accord.»

Toutes ces revendications n’infléchissent pas Ignazio Cassis. Contactés, ses services se bornent à rappeler que le conseiller fédéral tessinois «tient à la manière» choisie: se forger d’abord une «vue d’ensemble des défis», avant de proposer des solutions.


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