15.10.2020, 11:00

Avec le Covid, «le monde du cinéma est sur un fil d’équilibriste»

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La Neuchâteloise Pauline Gygax, productrice de films.

Cinéma Avec le semi-confinement, les tournages ont pris du retard et les financements ont été gelés, explique la productrice Pauline Gygax, de la société genevoise Rita Productions. En Suisse, le secteur «est sur un fil d’équilibriste. La situation est loin d’être sécurisée».

«La question est de savoir qui va financer in fine le retard et les risques pris sur les tournages, les compagnies d’assurances ne prenant pas en compte le risque de pandémie», déclare Pauline Gygax, une productrice de films qui a grandi à Neuchâtel avant de s’établir dans l’Arc lémanique. Même si elle est consciente que l’Office fédéral de la culture, la SSR et Cineforom ont l’intention de soutenir la branche, celle qui a financé le film «Ma vie de courgette» estime que «l’on navigue à vue et que c’est très dangereux pour les structures et pour les films à venir».

Tous les acteurs culturels souffrent, dans le cinéma, les distributeurs et exploitants aussi. «Nous sommes en discussion avec eux, on leur accorde notre confiance, mais seront-ils actifs dans deux ans, lorsque nos prochains films sortiront, si les conditions sanitaires restent difficiles?», s’interroge-t-elle.

Netflix: solution de dernier recours

«Netflix reste pour moi une solution de dernier recours. Ce n’est pas une question de posture idéologique, mais je crois profondément à l’expérience collective de la salle. On va se battre pour défendre cet accès au public réel. De plus, les plates-formes veulent de plus en plus maîtriser le film de A à Z et nous enlèvent une part de liberté artistique. Selon le type de projets, elles peuvent être toutefois des partenaires très intéressants», ajoute la productrice.

A cause du Covid-19, Pauline Gygax et son associé Max Karli ont dû reporter trois tournages. La série «Sacha», réalisée par Léa Fazer et coproduite avec la RTS et Arte, qui raconte la vie d’une prostituée devenue procureure respectée à Genève, devait être tournée en mai. Finalement, le tournage vient de commencer et se poursuivra jusqu’à fin novembre.

Les deux autres films décalés sont «La ligne» d’Ursula Meier et «Au sud» de Lionel Baier, qui seront désormais tournés en janvier et en mai 2021. Ces deux réalisations sont produites dans le cadre de Bandita Films. Cette nouvelle société, créée en 2018, est née de la collaboration entre Rita Productions et Bande à part de Lionel Baier, Ursula Meier, Jean-Stéphane Bron et Frédéric Mermoud.

«Nous n’avons pas fusionné avec Bande à Part, car il est fondamental de pouvoir choisir les films sur lesquels on va s’engager dans les trois, quatre prochaines années. Cette forme de partenariat laisse la liberté aussi bien aux producteurs qu’aux réalisateurs de se choisir à nouveau à chaque film», précise Pauline Gygax.

Membre de l’Académie des Césars

La productrice précise que le fait d’avoir reçu deux Césars pour «Ma Vie de courgette» et d’avoir été nommée aux Oscars n’a pas changé radicalement sa vie. «Rita Productions est plus clairement identifiée au niveau international, mais comme nos films sont financés en partie grâce à des fonds publics attribués de façon sélective, chaque projet est un prototype, où l’on reprend son bâton de pèlerin pour aller convaincre les différents partenaires.»

Pauline Gygax est membre de l’Académie des Césars, qui choisit les nominés et les vainqueurs. «C’est intéressant d’en faire partie durant cette période de refonte (réd: à la suite de la polémique Polanski notamment). Je ne fais toutefois pas partie du conseil qui met en place cette réforme. Etre simple membre de l’Académie me suffit, car un investissement plus actif requiert une disponibilité que je n’ai pas. Visionner la majorité des films du coffret édité chaque année demande déjà pas mal de temps.»

Sylvie Jeanbourquin

Pauline Gygax: un bon producteur doit être «un peu fou»

En près de 20 ans, Pauline Gygax et Max Karli ont fait de leur société Rita Productions un acteur important en Suisse romande. Pour Pauline Gygax, un bon producteur doit être «combatif, ubiquiste, curieux et un peu fou». «Je suis de nature interventionniste, mais dans le respect total de l’auteur auquel je ne veux pas me substituer», dit-elle. «Je suis une force de propositions, mais c’est le metteur en scène qui décide. Notre responsabilité en tant que producteur est toutefois que le film se fasse et puisse se terminer dans de bonnes conditions».

Selon elle, «il n’y a pas de touche féminine dans le cinéma en tant que telle. C’est chaque réalisateur ou chaque réalisatrice qui a un regard et une sensibilité particulière sur le monde». Elle observe toutefois qu’il y a «moins de combats de coq, de rapports de pouvoir et généralement plus de loyauté» entre coproductrices féminines.

Pauline Gygax, 44 ans, a étudié puis enseigné la photographie et dirigé le Centre photographique de Genève. Elle s’est orientée ensuite vers les images animées. Sa rencontre avec Max Karli est le déclic. En cumulant leurs expériences et leurs particularités, ils ont monté Rita Productions en 2003. La société a produit notamment «Les grandes ondes» de Lionel Baier, «La rançon de la gloire» de Xavier Beauvois, «Ma vie de courgette» de Claude Barras, qui a obtenu deux Césars, et «Le vent tourne» de Bettina Oberli.

ATS

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