03.08.2015, 08:56

A l'uni, art et finance s'acoquinent

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Par PATRICIA MICHAUD - LA LIBERTÉ

Jusqu'à dimanche, Bâle est «the place to be» pour tout amateur d'art qui se respecte. La foire ArtBasel, dont la 42e édition ouvre officiellement aujourd'hui, réunit pas moins de 300 galeristes issus de 35 pays. Cette année, le public peut ainsi découvrir les créations de quelque 2500 artistes des 20e et 21e siècles. Des œuvres qui ne seront pas seulement soumises au regard critique des esthètes, mais aussi à celui des experts en investissement. Le grand raout rhénan symbolise en effet l'acoquinement croissant entre deux mondes (académiquement) éloignés, ceux de l'art et de la finance. Un rapprochement sur lequel veille le géant bancaire helvétique UBS, fidèle sponsor de la manifestation malgré la suppression de son département «Art Banking» en 2009.

Certes risqué car aléatoire, le marché de l'art présente pour les investisseurs l'avantage de bien résister aux crises (voir ci-dessous), tout en leur permettant de «diversifier et sécuriser leur patrimoine dans des actifs tangibles», indique Caroline Lang, la directrice de Sotheby's Genève. Par ailleurs, l'explosion de grosses fortunes dans les pays émergents a fortement dynamisé la demande, créant un envol des prix.

Globalisation du marché

Jamais en retard d'une tendance, le monde de la finance s'est organisé en conséquence. Les fonds d'investissements dédiés à l'art se sont ainsi multipliés dans les années 2000. Parallèlement, de nombreuses banques ont étoffé leurs effectifs soit d'une équipe ad hoc - citons la section «Art Advisory & Finance» du mastodonte Citi-, soit d'experts externes conseillant la clientèle à la demande. Leur métier, les acteurs du marché de l'art européen l'apprennent principalement sur le tas. Pour l'instant, les seules formations complètes sont directement liées à des maisons de ventes aux enchères telles que Sotheby's ou Christie's. Mais Zurich, dont le marché de l'art contemporain est l'un des plus importants au niveau mondial, est sur le point d'ouvrir une brèche.

Dès le mois de septembre, l'Université proposera un postgrade en «art market studies», soit une formation continue destinée aussi bien aux spécialistes de la finance qu'aux historiens de l'art. Après deux ans de cours à raison de deux jours par semaine, facturés 28 000 francs au total, les étudiants pourront prétendre à un «Executive Master». Ils auront également la possibilité de se contenter d'une formation d'un an, sanctionnée par un diplôme ou un certificat.

La moitié du chiffre d'affaires

«Le marché de l'art n'est plus le même que dans les années 1980. Il s'est énormément globalisé, avec pour corollaire un besoin accru en connaissances légales internationales, etc. Notre formation permettra de mieux connaître les contours et les enjeux de ce marché», souligne Nicolas Galley, le directeur du programme. Les étudiants apprendront en outre que les œuvres d'art ne se gèrent pas comme n'importe quel bien. La valeur ajoutée d'un tel objet est particulièrement difficile à évaluer, explique le Fribourgeois. Par ailleurs, «les clients qui décident d'investir dans l'art le font rarement par pur intérêt pour le profit.» «Au final, l'achat d'une œuvre est souvent guidé par la passion», confirme Caroline Lang.

Selon Nicolas Galley, les professionnels de l'art et de la finance ont applaudi la perspective d'une réunion des deux branches au sein d'un même cursus universitaire. Et de préciser que plusieurs acteurs prestigieux du marché ont accepté de transmettre leur savoir à cette première volée.

Outre d'un large panel de matières, la trentaine d'étudiants bénéficiera d'ateliers organisés en marge d'événements artistiques «majeurs». Tels qu'ArtBasel? «Bien sûr! Cette foire est clairement la plus importante au monde au niveau de l'art moderne et contemporain.» Et de rappeler qu'en quelques jours à Bâle, «certains galeristes parviennent à assurer plus de la moitié de leur chiffre d'affaires». Un dynamisme que ne contredisent pas les quelque 1000 candidatures reçues chaque année par les organisateurs de l'événement.

Des prix révélateurs de la nature du marché

TROIS QUESTIONS À...
caroline lang
directrice DE SOTHEBY'S GENÈVE


Quels sont les objets d'art les plus susceptibles de faire flamber les prix?

La demande est forte pour des ½uvres ou des objets rares, d'importance historique, jouissant d'une provenance exceptionnelle et occupant une place majeure dans l'½uvre de l'artiste. Ceci est vrai dans tous les domaines du marché de l'art, de la haute joaillerie à l'art contemporain en passant par l'art impressionniste et moderne. On peut citer la tiare en diamants et en émeraudes vendue le 17 mai dernier par Sotheby's Genève pour le prix record de 11,3 millions de francs. En matière d'art moderne, «La Lecture» de Picasso a été adjugée 40,7 millions de dollars en février dernier à Londres.

Certains spécialistes dénoncent justement l'évolution purement spéculative du marché de l'art...

Les prix record obtenus sont révélateurs de la nature même du marché des enchères au niveau global. Les œuvres iconiques y sont disputées par de plus en plus d'acheteurs dans le monde et atteignent des sommets. Par ailleurs, beaucoup de ces prix sont obtenus pour des chefs-d'½uvre qui n'apparaissent, pour la plupart, qu'une fois par génération sur le marché.

Comment expliquer que, même en période de crise, les affaires restent bonnes?

Malgré un déclin du nombre d'objets sur le marché de l'art entre fin 2008 et fin 2009, la demande pour des ½uvres rares et de grande qualité ne s'est jamais épuisée. Face à cela, notre stratégie a été de nous concentrer sur des ½uvres d'exception, qui se sont vendues à des prix élevés. / pmi


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