05.12.2017, 17:20

Le volley, la passion héréditaire de la famille Müller

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La famille Müller: de gauche à droite le papa Marc-Olivier, Jérémie, Romain et Samuel.

 05.12.2017, 17:20 Le volley, la passion héréditaire de la famille Müller

Portrait Le papa Marc-Olivier et les enfants Romain, Jérémie et Samuel partagent leur passion pour le volleyball. Ils jouent tous à Colombier. Et la maman, Mélanie, a œuvré comme coach. Portrait des Müller, une famille pas comme les autres.

S’il avait fallu trouver leur maison à tâtons, les recherches n’auraient certainement pas débuté ailleurs. C’est-à-dire autour de la salle de sport de Savagnier. Un petit coup d’œil au-dessus du toit de la petite bâtisse aux angles bien définis suffit à apercevoir la lueur émise par l’imposante enceinte sportive.

Comme un alpiniste aime contempler chaque matin les...

S’il avait fallu trouver leur maison à tâtons, les recherches n’auraient certainement pas débuté ailleurs. C’est-à-dire autour de la salle de sport de Savagnier. Un petit coup d’œil au-dessus du toit de la petite bâtisse aux angles bien définis suffit à apercevoir la lueur émise par l’imposante enceinte sportive.

Comme un alpiniste aime contempler chaque matin les rayons du soleil qui dessinent les arêtes de la montagne dans sa fenêtre, la famille Müller est restée proche de son terrain de jeu. Pour cette tribu qui compte autant de membres que de volleyeurs, la Corbière représente un peu ses Alpes à elle.  

Au fond de cette petite rue paisible, l’univers de la balle jaune et bleue se vit non seulement au quotidien mais également à l’unisson. Tant Romain, Jérémie, Samuel que leur papa Marc-Olivier portent aujourd’hui les couleurs du même club. Ils rythment ainsi la vie de Colombier Volley autant que ce dernier rythme la leur.

Maman coach

Un père et ses trois fils sous le même maillot. L’histoire pourrait se réduire à cette seule cocasserie qu’elle s’avérerait déjà digne d’intérêt. Mais il apparaît bien vite que les racines du volleyball se ramifient plus profondément encore dans leur vie. Outre remplir copieusement l’agenda familial, ce sport se révèle le point d’ancrage d’une bonne partie de la trajectoire commune des deux parents.

«J’entraînais l’équipe dans laquelle il jouait», sourit Mélanie sous le regard amusé, sans doute par une histoire mille fois entendue, de ses trois fils. Pour l’anecdote, elle a pu compter sous ses ordres une autre tête connue dans les vallons neuchâtelois. L’actuel président de Colombier, Patrick Bordoni.

Athlétisme pas assez ludique

Elevée au rythme des smashes de ses géniteurs, la fratrie ne pouvait quant à elle pas vraiment échapper à l’héritage familial. «Nous les prenions souvent pour regarder nos matches», explique Marc-Olivier. «Trop individuel, pas assez ludique », l’athlétisme fut vite abandonné pour tenter de reproduire les gestes de papa et maman.

Le couple affirme toutefois ne pas avoir poussé ses enfants particulièrement dans cette direction. Le destin était de toute évidence déjà coulé dans le marbre depuis longtemps. Et la tendance n’est pas près de s’inverser, à en croire la boutade lancée par Jérémie : « En fait, on ne se demande pas si nos enfants joueront à leur tour du volley, mais plutôt lequel des trois aura en premier un enfant qui en jouera » rigole-t-il.

Solennellement réunis pour évoquer leur histoire, les cinq membres du clan semblent peu habitués à parler d’eux-mêmes. Exercice dont ils se seraient d’ailleurs apparemment bien passés. Avec pudeur, en pesant chacun de leurs mots, ils tentent de répondre aux questions personnelles comme un accusé essayerait de se justifier. Se mettre en avant ? Trop peu pour eux.

«On laisse volontiers le devant de la scène à ceux qui en ont systématiquement besoin», explique Jérémie au nom de tout le monde. Le ton qu’il utilise, étonnamment calme et posé, tranche avec son jeune âge. Cette volonté, presque anxieuse, d’éviter de faire des remous trouve son écho dans leur discipline sportive. Loin du tintamarre médiatique que peuvent provoquer d’autres sports, le volleyball reste pour l’heure encore très anonyme.

Rarement tous ensemble

«Pour devenir célèbre, ce n’est en tout cas pas le volley qu’il faut pratiquer», continue le plus longiligne des trois frères. Jérémie emprunte peut-être le cheveu doré et les yeux bleus glace de son père, mais il doit surtout visiblement sa facilité à s’exprimer et sa capacité au mot toujours juste à sa mère. «Depuis tout jeune, ses professeurs s’étonnent de sa maturité» relève d’ailleurs cette dernière. 

Bien que jouant tous les quatre au sein du même club, les hommes de la famille n’ont pas eu souvent l’occasion d’évoluer ensemble. Marc-Olivier cite néanmoins un match de Coupe, l’année passée, où tous se sont retrouvés au même moment sur le terrain. «Il faut avouer que ça fait un peu bizarre», reconnaît-il.

Faire partie de la même équipe que ses frères représente évidemment un avantage dans un sport où les automatismes sont aussi importants, si ce n’est plus, que la technique. «Dès que les beaux jours reviennent, on monte le filet dans le jardin et on joue souvent ensemble. Alors bien sûr, on connaît le jeu de l’autre sur le bout des doigts», avoue Samuel, l’aîné de 19 ans qui occupe le poste de passeur (en photo ci-dessous).

Archive, Lucas Vuitel

Entraîneur ironique

Leur entraîneur, Alex Prunonosa, s’amuse quant à lui régulièrement de la situation «Quand je ne parviens pas à trouver le bon timing avec mes frères, il ironise parfois: 'Pourquoi ça ne marche pas, vous dormez ensemble pourtant, non?'», relate Samuel. 

Entre la salle des Mûriers et Savagnier, la passion commune qu’entretiennent lui et sa famille s’impose d’elle-même et rappelle sans cesse sa présence par des détails. « C’est sûr que la machine à laver tourne à plein régime » se marre Marc-Olivier en glissant au passage un regard complice vers son épouse.

Tous les soirs de la semaine sont synonymes d’entraînement, pour l’un ou pour l’autre. Les week-ends, à très peu d’exceptions près, sont cadenassés pour les matches. «On a vite compris qu’il faudrait oublier les excursions improvisées à skis», concède Jérémie.

En équipe nationale

Sacrifices et besogne ont heureusement porté leurs fruits. L’attaquant de 17 ans évolue depuis quelques années en équipe nationale juniors. Il y porte même désormais le brassard de capitaine. Si tout indique une carrière prometteuse, «Jéré» tient d’emblée à tempérer la situation. Son succès trouve avant tout son origine dans le plaisir qu’il éprouve à jouer.

«Après les stages d’entraînement avec l’équipe de Suisse, je me pose parfois quelques questions. Un footing à 5h du matin et trois séances tous les jours, c’est presque un peu trop pour moi.» Ses objectifs restent donc raisonnables : jouer un jour en ligue nationale A. Avec Colombier? Il se plaît à l’imaginer, mais reste conscient qu’il faudrait un sacré concours de circonstances.

Au bout de la table, Romain, discret, suit la conversion sans en perdre une miette. Toutefois, le petit dernier des Müller n’a pas attendu pour se faire remarquer sur le terrain. Pas tant en raison son tempérament, flegmatique aux limites de la nonchalance, mais bien par son potentiel.

A 14 ans, il suit les traces de son frère aîné et vient de pousser les portes du cadre international où il est l’un des plus jeunes de sa volée. La confirmation, si besoin était encore, que chez les Müller on ne se contente pas de jouer au volleyball. On le fait avec la manière. / ANTOINE MEMBREZ

Le maintien, un combat de tous les jours

Cet été, Colombier a effectué un virage important dans sa philosophie. Pour faire face aux nombreux départs de ses cadres, il a décidé avec une audace sereine de miser sur ses jeunes pousses. Nul doute que la présence des trois mousquetaires Müller au sein du club a joué un rôle décisif dans ce choix.

«C’est plus un changement de direction philosophique qu’une décision prise en fonction des joueurs», corrige le président Patrick Bordoni. Reste qu’avec Jérémie et Romain, deux éléments au gabarit international, et Samuel, il avait sous la main des valeurs sûres en devenir. 

Ces derniers se sont donc logiquement vus attribuer plus de responsabilité depuis lors. Ils vivent de l’intérieur la course au maintien dans laquelle s’est engagée leur équipe. «Ce sera difficile, il faut se battre à chaque match. Aucun point ne nous sera donné», relève Jérémie.

Le puissant attaquant connaît mieux que personne la valeur de cette place en ligue nationale B, lui qui avait dû vivre la dernière relégation depuis la tribune en raison d’une blessure. «J’avais vraiment les larmes aux yeux en regardant mes coéquipiers. Rien n’allait dans le bon sens.»  Voilà pour ceux qui doutaient de leur motivation. / AMA
 


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