02.08.2015, 19:49

Un Jurassien médaillé d'or

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Par OSLO: FRÉDÉRIC DUBOIS

Jason Lamy Chappuis s'est imposé en combiné nordique dans l'épreuve au grand tremplin. Il s'agit de la première d'or mondiale pour le Jurassien... français.

Allez, puisqu'on est encore bredouille, on se console comme on peut. Il y a un peu de Suisse (romande) dans le titre mondial décroché par Jason Lamy Chappuis. Le Jurassien français, déjà sacré aux Jeux olympiques de Vancouver en 2010 et sur le point de triompher pour la deuxième fois au général de la Coupe du monde, a bouclé la boucle en décrochant, hier à Oslo-Holmenkollen, le plus beau métal mondial à l'issue de la Gundersen 10 km.

Deuxième du saut, il a rapidement lâché le Norvégien Klemetsen, le seul à le devancer au saut, et il a résisté aux retour du duo allemand Johannes Rytzek (2e)-Eric Frenzel (3e).

Jason Lamy Chappuis (24 ans), citoyen de Bois d'Amont, dans le département du Jura, en Franche-Comté, réside à un jet de pierre du Brassus et du canton de Vaud. «J'ai beaucoup d'amis qui travaillent à la Vallée de Joux. Je vais souvent en Suisse», souligne le champion, à qui les noms du sauteur combier Sylvain Freiholz et de Jean-Yves Cuendet, notre dernier héros romand dans la discipline du combiné, ne sont pas étrangers.

C'est aussi dans notre pays que «Jez» a lancé sa carrière. «Quand il était jeune, de 8 à 14 ans, il participait à un circuit franco-suisse», se souvient son père Daniel.

Jason Lamy Chappuis présente la particularité d'être né aux Etats-Unis, à Missoula (Montana). Une fois installé au Bois d'Amont, il s'est naturellement tourné vers le fond. A 8 ans, il se rendait à un entraînement d'initiation au saut. Le déclic. Sa victoire au Festival olympique de la jeunesse européenne en Slovénie - il avait 17 ans - le convainquait définitivement de son grand potentiel. D'abord à l'aise en sprint, il élargissait ensuite rapidement son répertoire.

Le très sympathique crack français est douanier dans la vie et nourrit un rêve: devenir pilote de ligne. Il compte déjà une septantaine d'heures de vol. Dans la pratique de son sport, il peut compter sur une forte cohorte de supporters. Une bonne centaine de Français, dont la moitié de Bois-d'Amoniers, étaient dans les gradins hier. «Il n'a pas vraiment de fans club, mais des gens qui le suivent. Moi, je ne veux pas être un agent de voyages, je veux profiter des compétitions», clame Daniel.

Au niveau financier, le fiston est soutenu par deux grands sponsors, la Région de Franche-Comté et une société de transports. «La Fédération n'a pas de grands moyens, l'hébergement et les déplacements sont pris en charge et il a son salaire de douanier. Cela n'a rien à voir avec le ski alpin», soupire Daniel.

Le titre olympique a eu plus de portée qu'aura celui, planétaire, qu'il a glané hier. «Il a eu pas mal de sollicitations et les gens ont pu apprendre ce qu'est le combiné. Cela a changé beaucoup de choses dans sa vie», apprécie le paternel, affublé d'un drapeau à la hampe imposante. «Les Mondiaux, c'est davantage pour les spécialistes», reconnaît Jason, «mais Oslo est un endroit mythique et gagner ici, devant des milliers de Norvégiens, c'est presque plus plaisant. Cela m'a porté, ça criait vraiment fort.»

Boulimique de victoires (15 en Coupe du monde) et d'honneurs (deux fois du bronze lors des précédents Mondiaux), «Jez» vise encore les Jeux de Sotchi, voire ceux d'Annecy si la candidature des Français est couronnée de succès.

Le Jurassien n'en est qu'au début de sa moisson. /FDU

Les qualifications du saut reportées à aujourd'hui en raison du mauvais temps

Les qualifications pour l'épreuve au grand tremplin des Mondiaux ont été reportées en raison du brouillard et du vent. Elles auront lieu cet après-midi à 15h30, avant le concours prévu dès 17h. Hier, le saut d'essai a été interrompu après le passage d'une trentaine de concurrents. /si

Conjurer le mauvais sort

Jason Lamy Chappuis avait mal négocié sa première course individuelle (15e samedi passé au petit tremplin, à 1'03''). «J'étais fatigué, je me sentais faible. On venait de faire une coupure d'un mois et je n'étais pas en forme. Je voulais vraiment être meilleur au grand tremplin et je savais que mes chances l'étaient aussi. J'ai très bien sauté et j'étais plus fort sur les skis. J'avais peur que Klemetsen ne collabore pas, c'est pourquoi je suis parti tout seul. A la fin, mes coaches me disaient que je n'avais plus que 20, puis 15 secondes d'avance. C'était du juste, mais je suis heureux.» Avant l'effort d'hier, la pression et les espoirs placés en lui par les Français avaient «un peu pesé, surtout que mes deux dernières compétitions ne s'étaient pas bien passées. Le doute s'installait, j'avais vraiment envie de conjurer le mauvais sort.»

Défi réussi et joie à peine édulcorée par les conditions de course. «Sans le brouillard, cela aurait été plus beau, mais c'est aussi ce qui a fait mon avantage: les Allemands ne pouvaient pas m'avoir en point de mire.» Jason espère atteindre un autre objectif demain: le podium dans le concours par équipes. /fdu

Le plus beau, c'est l'Holmenkollbakken

Le petit tremplin s'est mis en retrait. Le grand, le géant plutôt, a pris le relais et tiendra la vedette jusqu'à samedi. Seigneur des lieux, le Holmenkollbakken, c'est son nom, a été conçu par une entreprise belgo-danoise et validé par la Fédération internationale de ski l'an passé. La «bête», taille HS 134, est un mélange d'acier et de béton. Au sommet de la tour, la surface est de 120m2 et, quand le brouillard ne s'y mêle pas comme hier, offre un panorama fantastique. Sur les côtés, les pare-vent, hauts de 10 m, améliorent sensiblement les conditions lors de la phase d'élan des hommes-oiseaux. La lèvre de la piste d'atterrissage atteint jusqu'à une largeur de 27 mètres.

«Son architecture est spectaculaire. A l'intérieur, un ascenseur monte en diagonale, comme une crémaillère. C'est assez impressionnant. En haut, on s'y sent bien à l'aise, on a presque envie d'y aller! C'est le plus beau tremplin que j'aie vu jusqu'ici, c'est sûr», s'enthousiasme Daniel Lamy-Chappuis. Le point K est fixé à 120 m et l'enceinte peut accueillir jusqu'à 30 000 spectateurs. La vue de profil sur les athlètes en pleine action depuis les tribunes A, B, H et G est un régal. Le Norvégien Anders Jacobsen détient le record des lieux avec un bond de 142,5 m, la marque de référence chez les dames, établie par la Norvégienne Anette Sagen, étant fixée à 106,5 mètres.

Le mastodonte a peu de chances de tomber en désuétude. «Le grand tremplin n'a pas été construit spécialement pour les championnats du monde», précise la directrice générale des Mondiaux Asne Havnelid, «mais pour de nombreuses, de très nombreuses années. Il sera utilisé autant en hiver que l'été.» Le petit tremplin, le Midtstubakken (HS 106), restera aussi prêt à l'emploi, notamment pour assurer le développement des jeunes. /fdu

Premier titre canadien

La Norvège a subi une double défaite, chez les hommes et les dames, lors des sprints par équipes (style classique). Les Canadiens ont soufflé l'or aux Scandinaves grâce à Alex Harvey, magnifique dernier relayeur. Tenants du titre mondial et olympique, les Norvégiens (Petter Northug, Ola Vigen Hattestad) se sont inclinés pour 0''2 devant les Canadiens (Devon Kershaw et Harvey), le bronze revenant aux Russes (Alexander Panzhinskiy, Nikita Kriukov) à 0''5. Northug avait déjà terminé deuxième du sprint individuel. Il obtient sa troisième médaille, avec encore son titre de la poursuite 30 km.

Du côté canadien, ce sacre confirme l'immense talent de Harvey (22 ans), champion du monde M23 de la poursuite, en passe de s'installer parmi les grands du fond, toutes distances confondues. C'est le premier titre pour le pays à la feuille d'érable dans l'histoire des Mondiaux de ski nordique.

Le titre féminin a été remporté par la Suède (Ida Ingemarsdotter, Charlotte Kalla), au terme d'un dernier relais très tranchant de Kalla. Les Suédoises ont devancé de 3''3 la Finlande (Aino Kaisa Saarinen, Krista Lahteenmaki) et de 4''1 la Norvège (Maiken Falla, Astrid Jacobsen). L'absence de Marit Björgen chez les Norvégiennes s'est fait sentir.

Les Suisses (Jöri Kindschi-Christoph Eigenmann) ont fini à une décevante 16e place. Ils n'ont jamais donné l'impression de pouvoir espérer entrer en finale. «Je me sentais bien au début, puis c'est devenu dur. J'attendais davantage. Il nous faut continuer à travailler, nous accusons des déficits un peu dans tous les domaines», a reconnu le Grison Jöri Kindschi. /si

Le point sur les Mondiaux

Mondiaux à Oslo

Combiné

Grand tremplin (1 saut, 10 km de fond). Classement final: 1. Jason Lamy Chappuis (Fr) à 25'31''6. 2. Johannes Rydzek (All) à à 6''7. 3. Eric Frenzel (All) à 7''0. 4. Haavard Klemetsen (No) à 37''6. 5. Todd Lodwick (EU) à 38''8. Puis: 26. Seppi Hurschler (S) à 2'29. 27. Ronny Heer (S) à 2'31. 32. Tim Hug (S) à 3'12. Après le saut: 1. Klemetsen 127,1 (133,5 m). 2. Lamy Chappuis 125,5 (133,5), à 6''. 3. Wilhelm Denifl (Aut) 123,7 (131), à 14''. 4. Kaarel Nurmsalu (Est) 122,3 (127,5), à 19''. 5. Rydzek 118,1 (127), à 36''. Puis: 25. Heer 99,3 (113), à 1'51. 33. Hug 94,6 (111,5), à 2'10. 44. Hurschler 87,1 (108,5), à 2'40. Fond: 1. Felix Gottwald (Aut) à 24'43. 2. Demong à 2''. 3. David Kreiner (Aut) à 10''. 4. Mikko Kokslien (Fin) à 13''. 5. Allesandro Pittin (It) à 13''. Puis: 12. Hurschler à 37''. 14. Lamy Chappuis à 43''. 26. Heer à 1'25. 31. Hug à 1'50.


fond

Sprint par équipes (classique). Messieurs: 1. Devon Kershaw/Alex Harvey (Can). 2. Petter Northug/Ola Vigen Hattestad (No). 3. Alexander Panschinski/Nikita Kriukov (Rus). 4. Jens Filbrich/Tim Tscharnke (All). 5. Sami Jauhojärvi/Ville Nousiainen (Fin). 6. Denis Volotka/Alexey Poltoranin (Ukr). 7. Jesper Modin/Emil Jönsson (Su). 8. Jean-Marc Gaillard/Cyril Miranda (Fr). 9. Renato Pasini/Loris Frasnelli (It). 10. Torin Koos/Andrew Newell (EU). Puis: 16. Jöri Kindschi/Christoph Eigenmann (S).

Dames: 1. Ida Ingemarsdotter/Charlotte Kalla (Su). 2. Aino Kaisa Saarinen/Krista Lahteenmäki (Fin). 3. Maiken Falla/Astrid Jacobsen (No). 4. Arianna Follis/Marianna Longa (It). 5. Katja Visnar/Petra Majdic (Sln). 6. Perianne Jones/Daria Gaiazova (Can). 7. Stefanie Böhler/Nicole Fessel (All). 8. Masaoko Ishida/Madoka Natsumi (Jap). 9. Sadie Bjornsen/Kikkan Randall (EU). 10. Anastasia Dozenko/Julia Ivanova (Rus).


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