03.08.2015, 08:58

Les trois leçons d'Aarhus

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Par aarhus, vincent chobaz

Nonante minutes ont suffi aux Espagnols pour remettre à sa place l'équipe de Suisse. Sa place? La deuxième, derrière l'intouchable «Rojita». Jamais le football suisse n'avait fêté un titre de vice-champion d'Europe dans la catégorie des M21. Seul bémol: la finale n'a pas répondu aux attentes élevées qu'avaient générées les quatre victoires initiales sur sol danois. Dire qu'elle est passée à côté du grand rendez-vous de la quinzaine serait excessif, mais la supériorité espagnole a été si marquée que le duel laisse tout de même un goût d'inachevé côté helvétique.

Pour le reste, les Rougets ont atteint le principal objectif qu'ils s'étaient fixés avant le tournoi, une qualification pour les Jeux olympiques 2012. Mais pour le football suisse, ce sont les promesses nées de cette aventure qui sont plus réjouissantes encore que le seul bilan chiffré.

Du talent brut

Trois joueurs suisses se sont fait un nom durant cet Euro. Xherdan Shaqiri, avec ses onze sélections en équipe A et le parcours du FC Bâle en Ligue des champions, n'étaient pas complètement inconnu hors frontières. Mais avant la compétition, le lutin d'origine kosovare n'était pas un réel sujet d'inquiétude pour les futurs adversaires de l'équipe de Suisse. A la faveur de son premier match face au Danemark (un but, pour une prestation époustouflante), Shaqiri s'est révélé comme l'une des attractions de cet Euro. Un rôle qu'il a assumé par la suite. Ses deux coéquipiers Admir Mehmedi et Granit Xhaka - malgré sa finale ratée - ont également mis à profit le rendez-vous danois pour faire étalage de leur potentiel. L'attaquant zurichois (sacré Soulier d'argent de la compétition) et l'adolescent bâlois ont eux aussi les armes pour réaliser une carrière internationale d'envergure. Pour une nation de football de la taille de la Suisse, posséder trois vrais talents dans la même classe d'âge est une aubaine exceptionnelle.

Un état d'esprit

Deux semaines à côtoyer quotidiennement les joueurs de Tami ont suffi à s'en persuader: cette nouvelle génération, pas beaucoup plus âgée que celle des champions du monde M17, n'aime pas perdre. Cet ensemble multiculturel balaie le sempiternel complexe d'infériorité helvétique. Avant même de poser le premier crampon sur sol danois, les jeunes Suisses parlaient ouvertement de titre européen. Ambitieuse, convaincue de ses qualités, l'équipe de Tami a conservé qui plus est un rapport très ludique à son sport. Toucher le ballon, dribbler, aller se frotter à l'adversaire: elle entre sur le terrain pour imposer son style et non pour subir les événements. A l'exception notoire de la finale, elle y est parvenue. Alors que l'équipe A cherche un second souffle, cette fraîcheur serait la bienvenue à l'échelon supérieur.

Un vrai réservoir

D'Ottmar Hitzfeld, parlons-en. Neuf joueurs présents au Danemark ont déjà fêté leur première sélection en équipe A: Rossini, Affolter, Costanzo, Shaqiri, Xhaka, Ben Khalifa, Mehmedi, Emeghara et Gavranovic. Si l'une ou l'autre de ses convocations sont avant tout stratégiques (pour éviter que les doubles nationaux ne changent de crémerie), il n'en demeure pas moins que cette sélection M21 est appelée à prendre le pouvoir dans quelques années. Si le plus dur reste à faire, soit s'imposer au plus haut niveau comme Shaqiri a su le faire jusque-là, les chances de voir ces jeunes gens passer le bon palier sont réelles. A 20-21 ans, ce ne sont plus des joueurs en devenir. Pros, titulaires en Super League pour l'essentiel, ils ont déjà donné des gages intéressants. Leurs choix de carrière seront décisifs. Mais s'ils font preuve de la même humilité que celle aperçue durant deux semaines au Danemark, tous les espoirs sont permis.

Les Ibères sur une autre planète

Après deux semaines de compétition, la supériorité du favori espagnol était encore discutée. Suite à la finale de samedi, elle ne l'est plus. La démonstration que les Espagnols ont réalisée sur la pelouse d'Aarhus a mis tout le monde d'accord: le football ibérique est ce qu'il se fait de mieux, y compris en sélections juniors. Dans le même registre que leurs aînés, les espoirs espagnols ont dominé une équipe de Suisse dépassée par la vitesse d'exécution, le rythme et les qualités techniques de leur adversaire. Avec, à la baguette un époustouflant Javi Martinez (Athletic Bilbao), les Espagnols ont pris l'ascendant au fil des minutes. Dans une première demi-heure plus équilibrée, c'est pourtant Shaqiri qui posait la première banderille, mais sa volée était repoussée par les poings de de Gea (29e). Tombée avant la mi-temps, l'ouverture du score allait cependant régler le sort de cette finale. De la tête, Herrera devançait la charnière centrale helvétique pour couper un centre millimétré de Didac Vila (0-1, 41e). Jamais la Suisse ne s'en remettra.

Malgré l'introduction d'un deuxième attaquant après la pause - Gavranovic -, l'équipe de Tami n'a effectivement jamais fait mine de pouvoir revenir dans la partie. Seul le coup de tête de Klose, consécutif à un coup-franc de Shaqiri, a réellement eu le poids de l'égalisation (78e). Trois minutes plus tard, c'est le coup d'œil de Thiago (Barcelone) qui a fait la différence. Voyant Sommer avancé, le meneur de jeu espagnol prenait sa chance de 40 mètres sur coup-franc direct (0-2, 81e). Un régal. Privée de ballons, sans solution offensive crédible, plombée par un déchet technique important à chaque fois qu'elle tentait d'accélérer la manœuvre, l'équipe de Suisse devait se résigner à attendre le coup de sifflet final. / vic

«Tout le temps sous pression»

Pierluigi Tami
«Durant la première demi-heure, on a vu des bonnes choses côté suisse. Mais l'Espagne est vraiment une équipe complète, et dans nos rangs, quelques joueurs n'ont pas eu la réussite des matches précédents. Face à un tel adversaire, on ne peut pas se le permettre. Collectivement aussi, on a eu des difficultés à contrôler le ballon. Et on a dû dépenser beaucoup d'énergie à courir derrière nos adversaires. Pour jouer contre l'Espagne, il faut être physiquement à 100% et avec quatre matches en dix jours, on n'avait pas la fraîcheur nécessaire pour suivre le rythme imposé. Il faut reconnaître que dans cette finale, l'Espagne était supérieure. Même s'il y a de la déception, je suis fier de mon équipe. Les joueurs ont tout donné.»

Xavier Hochstrasser
«Ils étaient plus forts. Avant le match, on se posait la question: qui aura le ballon? On a eu la réponse. On a peut-être manqué un peu de caractère. On a eu trop de respect pour eux, en les laissant trop jouer. Il n'y a eu que deux cartons jaunes. Contre une équipe comme celle-là, on doit tout casser et montrer qu'on est là. Ce match a été un peu différent des autres. L'adversaire aussi. Mais on aurait dû plus jouer en équipe. Ça n'aurait peut-être pas changé le résultat, mais on aurait laissé une meilleure impression. Ceci dit, on ne va pas cracher sur cette deuxième place. Il y a deux semaines, on aurait tout de suite signé pour une place en finale.»

Granit Xhaka
«On n'a pas été en mesure de développer notre jeu. La victoire espagnole ne se discute pas. J'avais parfois l'impression qu'ils étaient deux fois plus que nous sur le terrain, tellement ils bougent bien, sans parler de leur technique parfaite. On était tout le temps sous pression et on n'a pas trouvé les solutions. C'est décevant de perdre une finale, mais on doit être fier de notre 2e place et de la qualification pour les JO.»

Mario Gavranovic
«Le premier sentiment, c'est une grande déception. Quand tu joues une finale, c'est pour la gagner. Mais nous avons perdu contre meilleur que nous. On doit continuer avec cet état d'esprit, avec ce jeu. On est parmi les meilleures équipes d'Europe en M21. Plusieurs joueurs vont monter en équipe A. J'espère que dans quelques années, ce groupe pourra réaliser de belles choses au niveau supérieur.»

Yann Sommer
«Le but de Thiago? Je le prends pour moi. J'étais en train d'encourager Klose et Rossini, de leur dire de ne rien lâcher. Bien sûr que j'étais trop avancé. Après, une frappe pareille, il n'y a pas beaucoup de joueurs capables de réaliser ça. Chapeau.» / vic

Pierluigi Tami, entraîneur respectable

COMMENTAIRE
VINCENT CHOBAZ


Jusqu'au bout, Pierluigi Tami sera resté fidèle aux principes qu'il a défendus dès son arrivée au Danemark: un jeu volontiers tourné vers l'offensive, servi par une vraie envie de faire vivre le ballon. En finale, face à une Espagne lumineuse, dépositaire du football léché dont s'est partiellement inspiré le Tessinois lors de cet Euro, l'équipe de Suisse n'a pourtant pas tenu la comparaison.

Cette remise à l'ordre fait office de piqûre de rappel: Bâle n'est pas Barcelone et la Suisse a encore du chemin à parcourir avant de prétendre rivaliser sur la durée avec les grandes nations de football. La démonstration ibérique a eu le mérite de mettre en lumière des carences que Biélorusses ou Tchèques n'étaient pas parvenus à révéler jusque-là.

Contre l'Espagne, Pierluigi Tami a choisi de garder sa ligne, de ne pas monter un plan anti-Rojita, de ne pas défendre à onze dès le coup d'envoi, d'opposer le football qu'il défend à celui du favori espagnol. Le résultat lui donne tort. Le souvenir du miracle vécu l'an dernier en Afrique du Sud également. Mais un dispositif plus prudent aurait-il changé quelque chose au problème? Franchement, on en doute. Les adversaires précédents de l'Espagne M21 au Danemark, et à plus grande échelle ceux du Barça, ont déjà à peu près tout inventé pour tenter d'enrayer la machine. Sans beaucoup de réussite.

La finale d'Aarhus réunissait bien les deux meilleures équipes du tournoi. Mais l'une l'était de toute évidence plus que l'autre. Pierluigi Tami n'a pas renié ses convictions. Cela fait du Tessinois un entraîneur défait, mais un entraîneur respectable.

Euro M21

Finale
Suisse - Espagne 0-2

Match pour la 3e place
République tchèque - Biélorussie 0-1

L'Espagne, la Suisse et la Biélorussie sont qualifiées pour les JO 2012.


Espagne - Suisse 2-0 (1-0)
Aarhus: 16 110 spectateurs.
Arbitre: Tagliavento (It).
Buts: 41e Herrera 1-0. 81e Alcantara 2-0.
Espagne: de Gea; Montoya, Botia, Dominguez, Didac Villa; Javi Martinez; Mata, Alcantara, Herrera (90e Capel), Munian (85e Parejo); Adrian Lopez (81e Jeffren Suarez).
Suisse: Sommer; Koch, Rossini, Klose, Berardi; Lustenberger; Shaqiri, Frei (53e Abrashi), Xhaka (68e Kasami), Emeghara (53e Gavranovic); Mehmedi.
Notes: la Suisse sans Affolter (blessé). Avertissements: 16e Lustenberger. 61e Berardi.


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