03.08.2015, 09:16

Un sprint royal pour le King

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Par Copenhague, Julián Cerviño

Le roi du sprint a remporté le sprint royal de Copenhague. Rien de plus logique. Le King Mark Cavendish (26 ans) a écrit la plus belle ligne de son riche palmarès (79 victoires) dans la banlieue de la capitale danoise. Le bouillant Britannique a devancé l'Australien Matthew Goss et l'Allemand André Greipel, puis le pauvre Fabian Cancellara.

Le Bernois est le meilleur non-sprinter de la course. Et aussi le coureur le plus complet de ces Mondiaux avec sa médaille de bronze sur le contre-la-montre. «Avec ça, je n'achète rien», rétorque le champion de Suisse en titre. D'accord, mais c'est mieux que du chocolat.

Bon, on ne va pas trop ironiser. Fabian Cancellara avait raison, le tracé de ces Mondiaux n'était pas assez sélectif. La preuve, avec 45,821 km/h, ces championnats du monde ont été les deuxièmes les plus rapides après ceux de Zolder en 2002 (46,538 km/h). En 5h40, la messe était dite.

«Il n'y avait rien à faire sur parcours», confirmait «Spartacus». «Les Britanniques ont accompli un travail extraordinaire et cela ne servait à rien d'attaquer pour attaquer. Le but était de ramener quelque chose, pas de se montrer». Michael Albasini a, tout de même, tenté sa chance à trois tours de la fin, en vain.

Moins qu'un centimètre

«A deux tours de la fin, j'ai décidé de me concentrer sur le sprint», rapportait Fabian Cancellara. «Grégory Rast m'a très bien lancé et il m'a manqué un centimètre pour terminer troisième. André Greipel a juste lancé son vélo mieux que moi. C'est dur de terminer quatrième, mais c'est la vie! En tant que non-sprinter, je dois être content. J'ai fait le maximum.»

En regardant le photofinish, on s'aperçoit que le Suisse et l'Allemand, classés dans le même centième, n'ont été séparés que par quelques millimètres. D'abord appelé derrière le podium, le Bernois en est reparti avant de refaire demi-tour pour satisfaire au contrôle antidopage. Jolie gabegie!

Cette année, Fabian Cancellara n'a donc pas eu la chance avec lui. Il repart du Danemark avec une troisième et une quatrième place. Pas si mal.

Un accomplissement

Il disputera encore une ou deux courses cette saison avant d'assurer son futur. Pas sûr qu'il se situe chez la nouvelle formation Radioshack-Nissan-Trek. Si l'avenir de Mark Cavendish, attendu chez Sky, n'est pas totalement assuré non plus, le Britannique a déjà touché le ciel hier. Le natif de l'Ile de Man a tenu la distance et son équipe a assuré un train d'enfer. Cette course s'est d'abord jouée lors de la chute survenue à cinq tours et demi de l'arrivée. Thor Hushovd, tenant du titre, y a laissé ses chances. Les Allemands ont perdu leur équipier de luxe Tony Martin.

Ensuite, Bradley Wiggins, David Millar et Christopher Froome ont annihilé toute tentative d'échappée. Les deux derniers tours (28 km) ont été couverts en 34 minutes, soit à prés de 50 km/h. Inéluctable, le sprint est devenu incertain lorsque les Anglais ont perdu les commandes. «J'ai vu que nous n'étions que deux dans le dernier virage et je me suis calé derrière les Australiens», raconte Mark Cavendish, qui a suivi un de ses lanceurs habituels, Matthew Goss. «Ensuite, j'ai réussi à me glisser sur la droite et j'ai démarré. J'ai tout de suite su que j'allais gagner. Même s'il était en montée, ce sprint reste un sprint.»

Ce succès constitue un accomplissement pour toute l'équipe de Grande-Bretagne. «Il y a trois ans, quand nous avons vu ce parcours, nous avons conçu le projet de bâtir une équipe pour gagner ici», raconte Cavendish, premier Anglais a remporter le titre mondial depuis Tom Simpson en 1965. «Nous avons tout fait pour former le meilleur team possible pour ces Mondiaux. Les gars ont accompli un travail formidable, je ne pouvais pas faire autre chose que gagner.»

Les JO en vue

Félicité par sa compagne Peta Todd (modèle britannique), Mark Cavendish avouait vivre un rêve. «Porter le maillot arc-en-ciel représente énormément pour un cycliste», s'enflammait-il. «J'en conserverai un souvenir toute ma vie. C'est dommage que mes coéquipiers ne puissent pas le partager. Ils le méritent autant que moi. J'espère que nous pourrons rééditer le même exploit lors des JO de Londres. Mais la course sera plus dure et nous n'aurons que cinq équipiers.»

«God Save The Queen» pourrait tout de même résonner dans la capitale britannique en 2012. «Ce titre nous donne confiance», ajoute l'ancien champion du monde juniors sur piste en Madison. Faudra être très fort pour arrêter le «Cave» chez lui. A Copenhague, il s'est montré irrésistible.

La Jurassienne Emilie Aubry confirme sa progression

Pour ses troisièmes Mondiaux, Emilie Aubry a tenu le choc sur le circuit du Rudersdal. La Jurassienne a, comme beaucoup de concurrentes, été prise dans les nombreuses chutes ayant marqué la fin de la course féminine et a terminé légèrement détachée (71e à 41'').

«La course a été rapide (41,694 km/h de moyenne!) et je ne me suis pas trop mal débrouillée», jugeait l'Ajoulote de 22 ans, soutenue par quelques supporters du CS Ajoie. «Ma prestation confirme ma progression. Je suis contente d'avoir conclu ma saison ainsi.» Sans contrat professionnel pour 2012, elle pourrait signer dans une formation européenne ces prochains jours. «J'ai différentes options», glisse-t-elle.

Les Français impressionnent

Cette épreuve féminine a été remportée par l'Italienne Giorgia Bonzini devant la Hollandaise Marianne Vos. Pourtant, les Bataves avaient effectué tout le travail pour revenir sur la Canadienne Clara Hughes, longtemps échappée. Quant aux Suissesses, elles se sont montrées actives en tête, mais sans parvenir à se mêler à l'emballage final. La plus en vue, Pascale Schnider, a été victime d'une crevaison au mauvais moment. Chez les juniors, les Français ont offert un nouveau festival avec le triomphe du Normand Pierre-Henri Lecuisinier. Les jeunes Suisses ont réalisé une bonne course, mais ils ont joué de malchance. «Notre meilleur espoir Stefan Küng a été pris dans une chute et n'a pas pu revenir», pestait Daniel Gisiger, responsable des juniors helvétiques. «Le sport cycliste est ainsi fait. En plus, aux Mondiaux, ça va très vite et beaucoup de juniors ne sont pas habitués à courir dans des pelotons aussi grands. Nous aurions pu faire mieux, mais notre résultat d'ensemble correspond à notre valeur. Les Français bénéficient de bonnes structures de formation aux niveaux national et régional.»

Les Suisses malchanceux

Le Vaudois Théry Schir (35e à 3'', meilleur Suisse) a été retardé par les nombreux incidents survenus durant cette course. «Chaque fois que je voulais revenir, j'étais bloqué», pestait-il. «Sur la fin, j'ai essayé de remonter le peloton pour emmener Lukas Spengler dans le sprint. Mais, devant, ça allait vraiment vite. Mon classement final ne veut pas dire grand-chose, je ne peux pas être satisfait de ma performance.» A 18 ans, le sociétaire du VC Orbe a le temps d'apprendre. / jce

En roue libre

 

Le chiffre
250.000, comme le nombre de spectateurs présents hier autour du circuit de Rudersdal. Enorme!

 

Nouveautés
C'est confirmé, les Mondiaux de 2012 dans le Limbourg hollandais débuteront le dimanche 16 septembre par un contre-la-montre par équipes de marque (six équipiers), sur un parcours de 50,8 km (32 km pour ces dames). Pour les compétitions en ligne, l'arrivée sera jugée près de Valkenburg, après dix passages au sommet du célèbre Cauberg emprunté lors de l'Amstel Gold Race.

Soucis
Les Mondiaux de 2014 devraient se dérouler à Ponferrada en Espagne. Les organisateurs de la région de León sont toutefois confrontés à quelques soucis économiques. Il n'est pas sûr qu'ils puissent honorer la franchise de 6 millions d'euros à verser à l'UCI.

Calendrier
Le calendrier du World Tour 2012 a été quelque peu modifié en raison des JO de Londres. Le Tour de Pologne se déroulera ainsi en même temps que le Tour de France. Il paraît que les organisateurs français n'y voient aucun inconvénient. Pas sûr, par contre, que les Polonais soient enchantés…

Réaction
Michele Ferrari, cité dans une affaire de financement du dopage à Travers une société basée à Neuchâtel, apporte un démenti à diverses accusations. Entre autres, le sulfureux docteur italien affirme qu'il n'était que «consultant» de «Health and Performance», dont le siège était situé dans le chef-lieu neuchâtelois. Il dit aussi ne jamais avoir été intercepté par des douaniers suisses en possession de sacs remplis d'argent. Sur son site (www.53x12.com), il reconnaît toutefois avoir eu connaissance d'une enquête internationale menée autour de ses activités. / jce

Championnats du Monde

Copenhague. Course en ligne. Elite messieurs, 260 km: 1. Mark Cavendish (GB) 5h40'27'' (45,821 km/h). 2. Matt Goss (Aus). 3. Andre Greipel (All). 4. Fabian Cancellara (S). 5. Jurgen Roelandts (Be). 6. Romain Feillu (Fr). 7. Borut Bozic (Sln). 8. Edvald Boasson Hagen (Nor). 9. Oscar Freire (Esp). 10. Tyler Farrar (EU). Puis: 17. Philippe Gilbert (Bel). 73. Gregory Rast (S), tous même temps. 86. Michael Albasini (S) à 19''. 87. Martin Kohler (S) m.t. 209 coureurs au départ, 177 classés.

Dames, élites (140 km): 1. Giorgia Bronzini (It) 3h21'28 (41,694 km/h). 2. Marianne Vos (PB). 3. Ina Teutenberg (All). toutes même temps. Puis les Suissesses: 54. Jennifer Hohl à 11''. 61. Patricia Schwager à 21''. 71. Emilie Aubry à 41''. 78. Pascale Schnider, m.t. 120 classées.

Juniors garçons M19 (126 km): 1. Pierre-Henri Lecuisinier (Fr) 2h48'58 (44,742 km/h). 2. Martijn Degreve (Be). 3. Steven Lammertink (PB), tous même temps. Puis les Suisses: 35. Théry Schir à 3''. 53. Lukas Spengler, m.t. 124. Tom Bohli à 4'59. 126. Stefan Küng à 8'31. 146 classés.

Maigre bilan

COMMENTAIRE
JULIÁN CERVIÑO


Le festival de sprint de Copenhague a donc pris fin hier. La foule, énorme, a applaudi et apprécié. Les Danois aiment le vélo et méritent les Mondiaux, c'est incontestable. Ces Mondiaux ont été un succès populaire. Tant mieux.

Sportivement, par contre, on reste sur notre faim. Hélas, le parcours, en ligne, n'a pas été digne de cet événement. Le cyclisme, en pleine renaissance, aurait pu espérer mieux. Même s'il en faut pour tous les goûts.

Globalement, l'émergence de quelques nouvelles nations s'est confirmée. L'Australie est toujours plus performante. Reste que le retour des Français a marqué les esprits. Le travail en profondeur effectué dans l'Hexagone devrait en inspirer plus d'un. La Suisse ne dispose pas, encore, des moyens pour se lancer sur cette voie. Un mal très helvétique. Dans ce contexte, il ne reste qu'un exploit de Cancellara ou un miracle pour sauver les apparences. Et cette fois, il n'a pas eu lieu. Au final, le bilan est plus que maigre. Faudra s'en contenter et, peut-être, s'y habituer. / jce


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