13.04.2020, 18:03

La petite reine menacée d’une véritable catastrophe

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Le cyclisme aurait beaucoup de peine à digérer l’annulation du Tour de France.

cyclisme Le Tour de France n’aura probablement pas lieu aux dates prévues – du 27 juin au 19 juillet. Reste que si la Grande Boucle ne peut pas se tenir plus tard dans la saison, le secteur tout entier serait menacé.

Vitrine florissante d’Amaury Sport Organisation (ASO), le Tour de France représente un monument français mais aussi le poumon économique du cyclisme professionnel. Son annulation en raison du Covid-19 aurait de lourdes conséquences, selon tous les experts interrogés par l’AFP.

Une telle perspective ne priverait pas seulement des millions de téléspectateurs d’après-midi qui s’étirent à contempler d’époustouflants paysages de France, ponctués de batailles épiques dans les montagnes.

Car la Grande Boucle est surtout un pilier pour le budget des équipes engagées, au nombre de 22 pour l’édition 2020 (27 juin-19 juillet). Et si l’épreuve centenaire n’a pas lieu, «cela ouvre la possibilité d’un effondrement économique du secteur», prévient Jean-François Mignot, chercheur au CNRS et auteur d’une «Histoire du Tour de France» (ed. La Découverte).

Si le Tour n’a pas lieu, des équipes pourraient disparaître.
marc madiot, manager de l’équipe groupama-fdj 

Alors qu’un maintien aux dates prévues semble peu probable, un report au mois d’août est à l’étude pour sauver le soldat Tour de France. «C’est très simple. Si le Tour n’a pas lieu, des équipes pourraient disparaître, des coureurs et des membres d’encadrement se retrouveraient sans travail», prédit Marc Madiot, le manager de l’équipe Groupama-FDJ, dont le budget est estimé à environ 20 millions d’euros.

Le Tour et rien d’autre 

La menace ne tient pas aux primes reversées aux équipes par ASO, environ 2,3 millions d’euros sur l’édition 2019. Mais tout simplement, explique Jean-François Mignot, parce que pour «beaucoup de sponsors d’équipes, la seule raison d’être dans le cyclisme plutôt qu’ailleurs repose sur le Tour de France. Si les sponsors consentent à investir, c’est pour que les téléspectateurs voient leur marque sur le maillot des coureurs pendant le Tour, car c’est la seule épreuve cycliste qui soit si massivement regardée.»

«Il y a assez peu de disciplines sportives qui reposent à ce point sur un événement, qui plus est détenu par un privé» et non une fédération, souligne Bruno Bianzina, directeur général de l’agence Sport Market. C’est grâce aux recettes des droits télé et aux sponsors que la course est devenue une entreprise si florissante pour ASO à partir du milieu des années 1980, son chiffre d’affaires décuplant alors sur les deux décennies suivantes (de 5 à 50 millions d’euros), selon des estimations contenues dans l’ouvrage de Jean-François Mignot.

ASO, également propriétaire de la Vuelta, de Paris – Nice et du Critérium du Dauphiné, ainsi que de grandes classiques comme Paris – Roubaix, est connu pour ne pas donner de chiffres mais selon Sporsora, le chiffre d’affaires de l’édition 2019 s’élève à environ 130 millions d’euros, dont 40% à 50% provenant des sponsors, 50% à 55% des droits télé et entre 5% à 10% des collectivités qui investissent pour accueillir un départ ou une arrivée d’étape. Cela représenterait plus de la moitié du chiffre d’affaires déclaré en 2018 par la société du groupe Amaury (233,5 millions d’euros selon infogreffe.fr).

«Spot» pour le tourisme

Pour tous les observateurs, un été sans Tour serait un coup dur pour ASO, qui n’a pas répondu à l’AFP. «Le Tour, c’est leur vache à lait», résume le patron de Sport Market. «C’est ce qui fait tenir tout le reste», ajoute un acteur du cyclisme. Comprendre, des épreuves moins rentables. Car si «tout le monde a besoin du Tour, le Tour a besoin du reste du calendrier», constate Marc Madiot, également président de la Ligue nationale du cyclisme.

Les sponsors de l’événement y perdraient aussi beaucoup. Car le Tour de France est une occasion unique de toucher le grand public, via la diffusion sur les écrans, mais aussi sur place, avec la fameuse caravane du Tour, véritable cirque publicitaire roulant (31 marques et institutions en 2019) qui passe avant le peloton. ASO revendique 10 à 12 millions de spectateurs sur les routes. Selon Sporsora, il faut s’acquitter d’environ 250 000 à 300 000 euros pour le plus petit partenaire du Tour. D’après des estimations du secteur, non confirmées, il en coûterait plus de 10 millions d’euros à la banque LCL, partenaire du maillot jaune depuis 1987.

Mais le manque à gagner ne s’arrête pas au secteur sportif. «Ça va bien au-delà. Le Tour c’est aussi le meilleur ‘spot’ publicitaire pour le tourisme français», relève Bruno Bianzina. «Le maillage territorial de l’événement fait que les conséquences d’une annulation seraient décuplées», note aussi Magali Tézenas du Montcel, déléguée générale de Sporsora, en soulignant les pertes pour les collectivités qui accueillent la course.

ATS

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