27.11.2017, 17:37

Joux-du-Plâne: le parc éolien des Quatre Bornes souffle la discorde chez les riverains

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L’éolienne la plus proche de la maison de Claude Meyer, à La Joux-du-Plâne, serait installée à une distance de 340 mètres.

 27.11.2017, 17:37 Joux-du-Plâne: le parc éolien des Quatre Bornes souffle la discorde chez les riverains

Energies Les éoliennes des Quatre Bornes ne font pas l'unanimité. Plus le projet avance, plus les divergences sont fortes au sein de la population, notamment à La Joux-du-Plâne. Des riverains concernés par ces imposantes machines nous livrent leurs réactions.

L’arrivée d’énormes moulins à vent, à cheval sur Val-de-Ruz et Sonvilier, suscite de fortes divergences parmi les riverains. Début novembre, la commune vaudruzienne a fait savoir que la mise à l’enquête publique du projet des Quatre Bornes devrait intervenir courant 2018. Une situation qui n’est pas pour plaire aux habitants visés par le parc éolien, notamment à La...

L’arrivée d’énormes moulins à vent, à cheval sur Val-de-Ruz et Sonvilier, suscite de fortes divergences parmi les riverains. Début novembre, la commune vaudruzienne a fait savoir que la mise à l’enquête publique du projet des Quatre Bornes devrait intervenir courant 2018. Une situation qui n’est pas pour plaire aux habitants visés par le parc éolien, notamment à La Joux-du-Plâne.

Pour les opposants, «ce combat s’apparente à David contre Goliath». Même si «on n’est rien du tout face à un projet à 100 millions de francs», Claude Meyer s’en voudrait de ne pas bouger. «Dans le futur, je pourrai dire à mes enfants que j’ai milité.» Habitant de Saint-Imier, il est aussi propriétaire d’une maison à La Joux-du-Plâne qui devrait avoir une éolienne à 340 mètres.

«Avec ma femme, nous pensions passer notre retraite là-haut. Aujourd’hui, nous sommes sceptiques.» La seule pensée d’avoir une machine de 200 mètres de haut à côté de chez lui le désole. D’un point de vue paysager, mais également acoustique.

Des riverains estiment que les éoliennes, qui devrait mesurer 200 mètres de haut, vont dénaturer le paysage. Photo Christian Galley

"Coin sauvage détruit"

Claude Meyer assure cependant ne pas être a priori contre les éoliennes. «Quand j’ai su qu’un parc était prévu à côté de chez moi, je m’y suis intéressé de plus près et j’ai vu l’impact écologique. Ce coin sauvage va être détruit.»

Il a par ailleurs été très étonné que personne ne lui explique ce projet, d’autant qu’une des éoliennes a été déplacée. «Elle se trouvera à côté de chez nous!», s’exclame Claude Meyer, qui se sent «trompé. Je l’ai appris une fois que tout était établi.»

Selon cet habitant, ce projet éolien ne tient pas compte des nuisances sanitaires. «L’impact est à la fois mental et physique pour le bien-être de l’homme.» Sans oublier la valeur foncière et sentimentale de son habitation qui va chuter. Claude Meyer admet que «des habitants qui touchent 17'000 francs annuels par éolienne soient en faveur du projet. Mais ils doivent aussi admettre que des gens comme moi, qui ne retirent aucun bénéfice, soient contre.»

«Pris en sandwich»

Même son de cloche pour Patrick Oppliger. Cet agriculteur qui habite à La Joux-du-Plâne sera «pris en sandwich par deux éoliennes: une à 310 mètres et l’autre à 460 mètres».

Selon lui, le projet n’a pas été bien présenté. «La commune de Val-de-Ruz nous a conviés à des séances, mais les réponses sont restées floues», particulièrement quand il est question de négocier les dédommagements liés aux passages. «Greenwatt ne donne pas un montant clair», remarque Patrick Oppliger. Il considère en outre que ce parc éolien est un sujet «tabou» pour les agriculteurs porteurs du projet.

A La Joux-du-Plâne, les éoliennes ont créé des divergences. Photo Christian Galley

«Groupe E avance masqué»

D’après Michel Fior, président de Paysage libre Bejune, «Groupe E et sa filiale Greenwatt avancent masqué. Peut-être au départ, c’était un projet local, mais aujourd’hui, on ne peut plus laisser croire qu’un parc éolien à 100 millions de francs est l’œuvre de gens du coin.»

Pour rappel, à l’origine du projet: 23 agriculteurs Neuchâtelois et du Jura bernois, ainsi que deux communes, Val-de-Ruz et Sonvilier, qui ont créé une Sàrl. «Ni les agriculteurs ni les deux communes ne peuvent financer un tel projet.»

Comme Michel Fior, le président des Amis de Tête-de-Ran, Bernard Chapuis, s’étonne de «ne jamais voir la mention Groupe E. On veut transformer l’Arc jurassien en usine électrique. Mais les cantons n’ont aucune obligation d’obéir à la Confédération», ajoute-t-il. «La crête jurassienne s’est fait avoir. Il suffit d’une éolienne et les autres arriveront. Le facteur paysager ne pèse pas lourd...»

«Pas l’effet escompté»

Fondateur en août de l'association Sauvez L’Echelette, et habitant à la montagne de Sonvilier, Claude Schönenberg aura une éolienne à un kilomètre de chez lui. «En Suisse, où que l’on installe des éoliennes, elles seront toujours trop près des habitations.» Par ailleurs, il estime que la moitié du temps, «elles ne tournent pas, ça n’offre pas l’effet escompté».

Ces derniers mois, Claude Schönenberg a toutefois constaté un retournement de situation. «Avec nos petits moyens, nous allons nous défendre. Il est important de montrer que ce projet ne fait pas l’unanimité.»

"La réfection de la route pèse lourd"

Malgré un peu de retard, le dossier du parc éolien des Quatre Bornes suit son cours, a annoncé début novembre la commune de Val-de-Ruz, signalant que l’enquête publique devrait intervenir l’an prochain. «Le montage du dossier est compliqué», relève François Cuche. Et le conseiller communal de préciser que la procédure doit être effectuée sur deux cantons.

Finalement, le parc éolien se composera de huit machines en territoire bernois et trois côté neuchâtelois. Pour rappel, une éolienne a été déplacée sur sol bernois «à cause de la gélinotte, un oiseau qui niche tout près d’où était prévue l’éolienne», note le responsable de l’énergie. Un groupe de travail œuvre en collaboration étroite avec des associations de protection de la nature. «Elles ont corrigé le tir en la déplaçant de cent mètres, à la limite de la frontière.»

"Plus aux normes"

La commune a également déclaré que le dossier pour la réfection de la route communale de La Joux-du-Plâne avance bien. Tous les accès au parc se feront par le côté neuchâtelois, presque exclusivement sur des chemins déjà existants. «Cette route n’est plus aux normes depuis des années. Elle est sinueuse et limitée pour des véhicules à 26 tonnes, ce qui ne facilite pas le travail des agriculteurs qui doivent acheminer leur fourrage», note l’édile.

«Notre commune devait refaire la route. Aujourd’hui, avec ce projet d’éoliennes, la facture des travaux sera plus basse, c’est un avantage.» Une fois refaite, la chaussée pourra être empruntée par des véhicules de 40 tonnes, ce qui sera un plus pour «les agriculteurs et les habitants du coin qui en seront les premiers bénéficiaires».

Pourtant, selon le président de Paysage libre Bejune, Michel Fior, le fait que «Groupe E finance la réfection de la route pèse lourd dans la balance. On ferme plus facilement les yeux sur les inconvénients des éoliennes...»

 

Sortir du nucléaire: éolien ou solaire?

«Le projet des Quatre Bornes s’inscrit complètement dans la stratégie énergétique 2050 de la Confédération», estime l’exécutif de Val-de-Ruz. Et le conseiller communal François Cuche de rappeler qu’«en mai dernier, 66% des votants vaudruziens s’étaient prononcés en faveur de cette stratégie». Avec ce parc éolien, la commune «contribue à l’autonomie énergétique du Val-de-Ruz».

Si les opposants des Quatre Bornes contestent l’éolien, ils veulent eux aussi sortir du nucléaire, notamment avec l’énergie solaire. Selon Michel Fior, président de Paysage libre Bejune, cela est possible à deux conditions.

«D’une part, en complétant le solaire par d’autres sources d’énergies comme l’hydraulique ou la biomasse, des énergies pilotables qui fournissent de l’énergie indépendamment de la Météo, contrairement à l’éolien ou au solaire.» D’autre part, en stockant l’énergie.

«Le solaire coûte moins cher et il fait vivre des petites et moyennes entreprises de la région. Mais il est dans les mains des particuliers, alors que l’éolien est l’œuvre de grands groupes.»


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