09.01.2018, 11:48

Neuchâtel perd un temple des arts de la table

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Michel Vautravers part en retraite    Neuchatel, 08 01 2018  Photo © David Marchon

 09.01.2018, 11:48 Neuchâtel perd un temple des arts de la table

Commerces Gastronome et ami des grands chefs, Michel Vautravers prend sa retraite. Durant 25 ans, sa boutique de la rue du Seyon à Neuchâtel a équipé et conseillé des générations d'amoureux de la cuisine. Elle fermera définitivement le 28 février prochain.

Les cuistots ne vont pas en croire leurs yeux:le temple des articles de cuisine de la rue du Seyon à Neuchâtel fermera à fin février. Il sera remplacé par un opticien. Pendant un quart de siècle, chefs étoilés et simples passionnés de cuisine ont pu compter sur Michel Vautravers. «Fou d’articles de cuisine» selon la définition qu’il fait de...

Les cuistots ne vont pas en croire leurs yeux:le temple des articles de cuisine de la rue du Seyon à Neuchâtel fermera à fin février. Il sera remplacé par un opticien. Pendant un quart de siècle, chefs étoilés et simples passionnés de cuisine ont pu compter sur Michel Vautravers. «Fou d’articles de cuisine» selon la définition qu’il fait de lui-même, ce commerçant dans l’âme essaie tous les outils, gadgets et ustensiles destinés à son magasin. Avec des exigences de fin gastronome.

Alors qu'en Suisse beaucoup d’articles de ménage sont traditionnellement d’origine allemande, lui note que «les Allemands ne mangent pas comme nous». 

>> A lire aussi: Une boutique d'articles de ménage remplacée par un groupe d'optique

Il met alors le cap à l’ouest, se rendant régulièrement à Paris pour y visiter les 35 établissements d’articles de ménage que compte la Mecque de la cuisine. «J’ai toujours essayé de garder un petit nombre de fournisseurs de qualité. Mais je visitais tout pour faire une sorte d’anthologie de ce qui se trouve sur le marché.» 

Le coup de main des chefs

Il profitait de ses escapades à Paris ou en province pour saluer l’un ou l’autre des quelque quarante chefs de sa clientèle. «C’est utile de les connaître! Nombre d’entre eux publient des livres de cuisine. Et quand un client venait chez moi en affirmant qu’une recette ne donnait pas les résultats escomptés, je transmettais la remarque. Plus d’une fois je suis revenu avec le petit truc qui permettait de réaliser le plat.»

Au fil des années, Michel Vautravers a su profiter de l’intérêt croissant pour les arts culinaires: «Grâce aux émissions de télévision, des tas de jeunes se sont mis à la cuisine, et notamment à la pâtisserie.» Et il y a aussi beaucoup d’hommes qui se mettent aux fourneaux à leur retraite. «Ils essayent chez eux, et la première chose qu’ils remarquent, c’est que les couteaux ne vont pas bien. Alors ils viennent ici se trouver un bon couteau.»

Agé aujourd’hui de 71 ans, Michel Vautravers a voué sa vie au petit commerce. Son père, propriétaire d’une serrurerie à Saint-Blaise, aurait pu faire de lui la huitième génération de l’entreprise familiale. «Mais mon père, quelqu’un d’extraordinaire, ne m’a jamais obligé à reprendre. Mieux, quand j’ai voulu racheter la quincaillerie du village, à l’âge de 22 ans en 1969, il s’est montré enthousiaste et m’a soutenu. J’ai tenu la boutique 24 ans, avant de reprendre le commerce de la rue du Seyon au premier janvier 1993.» 

Clients remerciés

Michel Vautravers est père de deux enfants qui ne sont pas susceptibles de reprendre le flambeau. Et les recherches pour un repreneur du magasin sont restées vaines. Il a finalement accepté qu’une connaissance se mette en chasse d’une reprise de bail. Ce sera chose faite à fin février 2018.

Le 28 février 2018, Michel Vautravers mettra la clé sous la porte. 

Il part sans regrets, et pense profiter davantage de son amour de la voile dans la nouvelle vie qui s’offre à lui. «J’ai encore plein de rêves. Ma devise? Si tu peux en rêver, tu peux le faire.» 

Marqué par la nécessité de renvoyer son personnel, Michel Vautravers «a essayé de faire les choses bien». Il est très reconnaissant aussi envers sa jeune décoratrice: «J’ai toujours fait attention à avoir de belles vitrines. A Neuchâtel, si l'on travaille bien et qu’on est poli, on peut réussir.» 

Pour lui, les belles vitrines font partie de la recette gagnante. Il l’a encore vérifié lorsqu’il a fallu se résigner à organiser une liquidation.
Désormais, sa boutique arbore une affiche au sujet du rabais de liquidation. Sur une autre, il adresse «avec nostalgie (...) un immense merci» à tous ses clients qui lui ont permis «d’exercer durant 49 ans une vie professionnelle extraordinaire qui fut ma passion…»

«Tout le monde cuisine trop chaud»

Citoyen de Saint-Blaise, Michel Vautravers n’a jamais voulu quitter son village. Notamment parce qu’il ne fait pas que parler cuisine, il pratique.
«Le samedi, je fais mon marché. Et j’ai tenu à toujours manger à midi à la maison. Vivre à quelques minutes de mon travail était un avantage.»
A force de fréquenter des chefs et d’essayer les produits qu’il vend, il comprenait les Travers de ses clients aux fourneaux. 

Un exemple? «Tout le monde cuisine trop chaud»,  affirme le spécialiste. Pour lui, l’essentiel des gens qui se plaignent des promesses non tenues de leur poêle antiadhésive poussent leurs cuisinières à fond. «Il ne faut pas dépasser les deux tiers de la capacité des plaques. Les gens croient que ce ne sera pas assez chaud, mais c’est faux. Ainsi, il n’y a pas besoin de mettre d’huile, et ça ne colle pas!»


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