31.08.2007, 12:00

Le Littorail prolongé, maillon d'un possible RER neuchâtelois

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 31.08.2007, 12:00 Le Littorail prolongé, maillon d'un possible RER neuchâtelois

Par Carlos montserrat

Une étude sur la pertinence et les coûts d'un prolongement du Littorail vers la Maladière, voire Monruz, vient de débuter. Cette extension ne serait que le sommet de l'iceberg d'une révolution des transports publics neuchâtelois: le canton envisage de créer un réseau express régional sur le Littoral autour du Transrun, liaison ferroviaire rapide projetée entre le Haut et le Bas. «Autrefois, les activités se concentraient au centre-ville, et les transports publics y convergeaient largement. De nos jours, un travailleur doit pouvoir passer rapidement d'une banlieue à une autre», explique Nicolas Grandjean, ingénieur mandaté par l'association Réseau urbain neuchâtelois (RUN) pour coordonner les études sur le développement du réseau de transports publics (TP).

Jean-Pierre Baer, conseiller général socialiste de Neuchâtel et promoteur du prolongement du Littorail, renchérit: «Il faut absolument que le futur réseau traverse les zones d'habitation et de travail pour être attractif et que les cadences soient suffisantes.»

D'où l'idée de quadriller le Littoral avec les lignes actuelles de chemin de fer, un Littorail prolongé et des liaisons nord-sud. Avec des fréquences à la demi-heure, voire au quart d'heure aux heures de pointe.

Directrice des Transports de la Ville de Neuchâtel, la socialiste Valérie Garbani soutient ce projet de RER neuchâtelois: «La Conférence régionale des transports estime que le prolongement du Littorail doit se faire au moins jusqu'à Monruz, voire Marin. Le réseau doit être efficace, pour que les gens décident de laisser la voiture à la maison.»

Avec quel financement? Certes le transport par rail a plusieurs avantages (écologiques, confort, priorité dans la circulation, rapidité) mais dans la course au pactole du fonds fédéral d'infrastructure (20,8 milliards, dont six milliards destinés à l'amélioration des transports dans les agglomérations), la concurrence est rude. Pierre Bonhôte, conseiller aux Etats neuchâtelois (PS): «Il ne reste que 3,5 milliards pour les agglomérations, et les projets sont nombreux. L'originalité du concept neuchâtelois est à la fois sa force et sa faiblesse. Il faudra convaincre que le Transrun permet de concevoir La Chaux-de-Fonds et Neuchâtel comme une seule agglomération et qu'autour de cette colonne vertébrale ferroviaire pourra se construire le RER neuchâtelois»

Egalement familière du Palais fédéral avec son mandat de conseillère nationale, Valérie Garbani joue la prudence: «L'exécutif de la Ville a interpellé le Conseil d'Etat pour que le prolongement du Littorail soit considéré comme un projet distinct du Transrun, pour ne pas tout perdre en cas d'échec de ce dernier à Berne. Nous pouvons difficilement nous passer des subventions de la Confédération!» (jusqu'à 50% du budget total).

Une stratégie jugée dangereuse par son collègue à la chambre basse Didier Burkhalter (PRD): «Il faut rester unis sur le concept de TP et ne pas jouer un projet ou une région contre l'autre. Sinon, la Confédération aura l'impression que les Neuchâtelois, une fois de plus, ne s'entendent pas entre eux. Il faut aussi procéder étape par étape, la priorité allant, à mon sens, à la liaison rapide et souterraine entre le Haut et le Bas. Les enjeux dépassent l'intérêt local: fédérer le canton, protéger l'Environnement et concevoir, par exemple, l'implantation d'une HES dans le Haut.»

Mais pourquoi avoir attendu si longtemps pour attaquer le dossier des TP neuchâtelois? Ancien conseiller communal de Neuchâtel, le socialiste Blaise Duport se souvient du culte de la voiture dans les années 1980 et 1990: «Toute l'attention et les moyens des autorités cantonales étaient focalisés sur la construction des autoroutes.»

Pour sa part, Jean-Pierre Baer regrette que les Transports publics du Littoral neuchâtelois (TN) n'aient pas été plus actifs par le passé: «Les politiques décident effectivement des investissements en matière de TP, mais c'était à la direction des TN de dessiner des lignes directrices claires.»

Ancien directeur des Transports de Neuchâtel et aujourd'hui membre du conseil d'administration des TN, Pierre Bonhôte rappelle: «Un tiers du pouvoir au sein de notre conseil appartient à l'Etat, un tiers aux communes, un tiers à la Ville de Neuchâtel. Longtemps, le canton s'est surtout intéressé aux routes et les communes à leurs affaires. Il y a avait un manque réel de vision au sein des TN.» Et d'espérer: «L'idée du Réseau urbain neuchâtelois, c'est justement de pallier à ce manque de structures décisionnelles au niveau des agglomérations, de dépasser l'esprit de clocher et de miser sur des transports publics efficaces.»

Fin 2007, le canton déposera à Berne les avant-projets Transrun et Littorail. Courant 2008 interviendront les décisions de subventionnement de la Confédération. S'il se fait, le prolongement du Littorail pourrait s'achever en 2012, L'inauguration du Transrun est imaginée en 2016. /CMO

Quatre cents millions pour dix minutes

Selon l'Office des transports du canton, l'amélioration des TP est impérative. Avec le tunnel de La Vue-des-Alpes, le trajet en voiture entre La Chaux-de-Fonds et Neuchâtel, descendu à 20 minutes, a largement supplanté la ligne de chemin de fer construite il y 140 ans et ses 29 minutes. Plus de 30 000 voyageurs empruntent chaque jour le tunnel avec un risque de saturation à l'horizon 2020 (44 000 voyageurs).

Plutôt que de percer un deuxième tube et après le rejet du contre-projet Avanti par le peuple suisse, les autorités neuchâteloises soutiennent donc la réalisation du Transrun (environ 400 millions de francs, dont au maximum 50% pourraient être pris en charge par la Confédération), train rapide entre les deux grandes villes du canton: trajet réduit à environ dix minutes selon la variante la plus ambitieuse.

Le conseiller national Didier Burkhalter défend pour sa part un partenariat public-privé pour financer le projet où «30% des coûts seraient supportés par Berne, 70% par des fonds privés remboursés par un résultat global d'exploitation qui passerait du déficit actuel de sept millions de francs par année à un bénéfice de quatre millions».

Un excédent de revenus que Nicolas Grandjean juge déjà peu réaliste. /cmo

Un équilibre à trouver

Nicolas Grandjean articule le chiffre de 100 millions de francs pour le prolongement du Littorail. Mais ce chiffre pourrait doubler selon le tracé.

Aux yeux de l'ingénieur, le projet se justifie à plusieurs titres: le Littorail, dans sa nouvelle forme, deviendrait un maillon important du RER neuchâtelois. Il traverserait le quartier de la Maladière très fréquenté (nouveaux centre commercial et hôpital, écoles, université, etc.). Il donnerait aussi un accès direct au Fun'ambule (entrée sud de la gare CFF) aux habitants du Littoral.

Des atouts que Blaise Péquignot, conseiller général radical à Neuchâtel et président de la section neuchâteloise du Touring club suisse, souhaite cependant mettre en balance avec l'offre actuelle de TP, dès que les résultats de l'étude seront connus: «Le transfert de passagers place Pury semble bien fonctionner avec le sous-voies. Si l'idée de prolonger le Littorail semble pertinente, elle devra pleinement se justifier par rapport aux coûts d'un éventuel projet.» /cmo


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