03.08.2015, 09:01

La romancière Agota Kristof s'est éteinte à Neuchâtel

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La romancière Agota Kristof est décédée aujourd'hui à Neuchâtel, a indiqué sa famille à l'agence de presse hongroise MTI. L'auteure d'origine hongroise avait 75 ans. Elle figure parmi les grands écrivains de langue française du 20e siècle. Les derniers hommages lui seront rendus dans la plus stricte intimité de la famille, communique les autorités de la Ville de Neuchâtel. Une cérémonie d'adieu sera organisée à une date qui sera communiquée ultérieurement.

Son œuvre marquée par le thème de l'exil forcé se révèle pessimiste et teintée d'ironie douloureuse. Portée par une langue réduite à l'essentiel, son écriture subjugue mais peut aussi désarçonner le lecteur car elle le prive de ses repères habituels.

Agota Kristof laisse une dizaine de pièces de théâtre et autant de récits. La Neuchâteloise a connu la célébrité en 1986 avec son premier roman «Le grand cahier» (Seuil). Cet ouvrage puissant obtient le Prix du Livre européen et se voit traduit dans une trentaine de langues.

Cette histoire des jumeaux Claus et Lucas se déploie dans «La preuve» et «Le troisième mensonge», magistrale trilogie romanesque achevée en 1991. L'ensemble raconte comment les frères surmontent cyniquement les vicissitudes de la guerre et de la vie familiale.

Son roman «Hier» paru en 1995 est le seul de ses textes à avoir été porté à l'écran. Le réalisateur Italo-Suisse Silvio Soldini en a tiré «Brucio nel vento» (La brûlure du vent) en 2002.

Exil en Suisse
Fille d'un instituteur et d'une maîtresse d'école ménagère, Agota Kristof a vu le jour le 30 octobre 1935 dans le village de Csikvand en Hongrie. A neuf ans, la famille s'installe à Köszeg où elle obtient un bac scientifique.
Elle épouse son professeur d'histoire et doit travailler en usine. «Mon mari n'a pas voulu me laisser aller étudier à Budapest», a-t-elle raconté. «Et quand nous sommes venus en Suisse, c'est lui qui a étudié, pas moi».

Car après la révolution hongroise de 1956, le couple fuit la répression soviétique et se réfugie en Suisse avec leur bébé. Un logement leur est attribué en Suisse romande, un «hasard» selon l'écrivaine.
Poèmes en hongrois

Agota Kristof travaille cinq ans comme ouvrière dans une usine d'horlogerie à Fontainemelon. Le travail est dur et monotone mais les bruits rythmés des machines réveillent sa créativité poétique. Le soir et durant les pauses, elle écrit des poèmes en hongrois.

Progressivement, elle apprend le français et se lance dans l'écriture de pièces de théâtre. La première sera «John et Joe» (1972). D'autres seront diffusées par la Radio suisse romande telles «Un train pour le Nord» (1980) ou «L'expiation» (1983).

Les exigences de l'écriture théâtrale polissent son style devenu dépouillé et exempt de sentimentalisme. Ses pièces qui travaillent volontiers autour des échanges d'identité des personnages ont été publiées dans le recueil «L'Heure grise et autres pièces» en 1998. Un autre recueil de théâtre «Le Monstre et autres pièces» est paru en 2007.

Maintes récompenses
Mère de trois enfants, deux fois divorcée, Agota Kristof exprimait souvent la nostalgie d'avoir quitté la Hongrie contre sa volonté. Ces dernières années, elle n'avait quasiment plus quitté son modeste appartement de la vieille ville de Neuchâtel. Son état de Santé l'avait contrainte à limiter ses apparitions publiques.

Lauréate de maintes récompenses, Agota Kristof a obtenu le Prix Schiller en 2005 et le Prix 2009 de l'Institut neuchâtelois. En mars, elle a obtenu un des prix Kossuth 2011, le plus important de l'Etat hongrois pour les arts et la science.

Le nom d'Agota Kristof a circulé sur les listes des prétendants au Prix Goncourt. La romancière a déposé ses archives à la Bibliothèque nationale. /ats


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