Maurice Dubois, un Juste qui sauva les enfants du château de La Hille

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Le Loclois Maurice Dubois, ancien directeur des Billodes, décédé il y a dix ans, était un Juste. Pendant la guerre, il a sauvé in extremis quelque 40 enfants juifs arrêtés pour être déportés. «Un matin de novembre 1989, un homme aux cheveux blancs a planté un arbre sur une colline où 6 millions de disparus ont pour unique sépulture les registres où sont inscrits leurs noms. L'homme est Maurice Dubois. L'arbre porte son nom. Il grandira dans cette forêt des Justes parmi les Nations...»

Par claire-lise droz
  08.12.2007, 12:00

A l'enterrement du Loclois Maurice Dubois, décédé le 6 décembre 1997, Jacques Roth rendait ainsi hommage à celui qui le sauva, alors qu'il était un enfant juif hébergé au château de La Hille. L'une des colonies du sud de la France, vaste région dont Maurice Dubois, accompagné de sa femme Eleonor, avait la responsabilité, comme délégué du Secours aux enfants de la Croix-Rouge suisse.

Maurice Dubois, né en 1905 au sein d'une modeste famille ouvrière, avait dirigé le foyer des Billodes au Locle, de 1952 à 1970. Dès son jeune âge, il adhère à ces mouvements socialistes-chrétiens, profondément pacifistes, qui ont débouché sur le Service civil international. Il se rend en Espagne durant la guerre civile, pour servir dans le cadre du Cartel suisse d'aide aux enfants victimes de la guerre. Ce cartel avait établi des camps dans le sud de la France, d'abord pour les Réfugiés du franquisme, puis pour ceux de la Seconde Guerre mondiale, dont de nombreux enfants juifs. A noter que le cartel a été en 1941 «absorbé» par le nom «Secours aux enfants de la Croix-Rouge suisse».

Maurice Dubois est délégué responsable de toute la région, une vingtaine de colonies, dont celle du château de La Hille. Elles sont en zone libre mais il y a des rafles. Un jour, 45 enfants juifs du château de La Hille, ainsi que plusieurs dizaines d'employés, sont arrêtés pour être déportés. Maurice et Eleonor Dubois interviennent auprès de la police de Vichy, et parviennent à les faire libérer. Raison pour laquelle Maurice Dubois s'est vu décerner la médaille du Juste par le Mémorial de Yad Vashem en mai 1985. Jacques Roth, dans son témoignage, le remerciait de ce havre offert au château de La Hille, «intermède entre deux trains, celui que nous ne cessions de prendre depuis que nous avions quitté nos parents et celui qui, grâce à Maurice Dubois, ne nous a pas emportés».

Mais, les enfants de La Hille libérés, l'Armée allemande envahit la zone sud. Les enfants doivent partir. Une infirmière, Rösli Naef, de sa propre initiative, envoie clandestinement une vingtaine d'enfants vers la Suisse, raison pour laquelle la Croix-Rouge exigera sa démission. «Mon père en a beaucoup souffert», se souvient son fils Jean-Alain. «C'était toujours sur le fil du rasoir, entre l'obligation de respecter la légalité, pour pouvoir continuer à travailler, et les menaces pesant sur les enfants.» Certains adolescents prirent eux-mêmes la décision de franchir clandestinement la frontière, et Maurice Dubois leur a rendu hommage à Jérusalem, où il était allé planter son arbre sur le mont du Souvenir.

Resté toute sa vie fidèle à ses valeurs, Maurice Dubois était triste cependant de voir s'effacer la mémoire de l'immense travail accompli par tous ceux qui ont sauvé l'honneur de la Suisse. A l'historien neuchâtelois Enrico Valsangiacomo qui l'interviewait pour le «Journal de la Croix-Rouge», il avait dit: «Qui écrira jamais tout cela?» /CLD

Jean-Edouard Friedrich

Le Chaux-de-Fonnier Jean-Edouard Friedrich, décédé la veille de Noël 1999 à l?âge de 87 ans, avait reçu en septembre de la même année la médaille des Justes parmi les Nations («L?Impartial» du 6 septembre 1999). Délégué de la Croix-Rouge à Berlin de 1942 à 1946, il avait notamment accompagné un jeune couple juif jusqu?à Schaffhouse. A Stuttgart, il avait accompagné une jeune femme jusqu?à des passeurs et, la police allemande étant intervenue, il avait permis aux fuyards de s?échapper en attirant l?attention sur lui et en se faisant lui-même arrêter.

Il était né en 1912 en Chine et avait accompli l?essentiel de sa carrière chez Girard-Perregaux, où il fut administrateur de 1951 à 1978. / cld


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