01.02.2018, 14:49

20 ans de prison pour le mari et assassin de Latifa Boukri

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Une forte présence policière avait régné aux alentours du Tribunal criminel des Montagnes lors de l'audience de première instance.

Justice La Cour pénale cantonale a reconnu le mari de Latifa Boukri coupable d'assassinat. Il l'a condamné à une peine encore plus lourde que les premiers juges: 20 ans, alors que l'homme avait écopé de 18 ans en première instance.

Une sœur de Latifa Boukri tuée de manière atroce, à La Chaux-de-Fonds le 6 janvier 2015, doit se saisir vite d’un sac et le mettre devant sa bouche. Elle est en hyperventilation. Cette crise survenait jeudi après-midi, au Tribunal cantonal, à Neuchâtel, pendant les considérants du verdict de l’assassin de sa proche disparue.

Entendre Marie-Pierre de Montmollin, la présidente de la cour pénale, énumérer la longue liste des détails sur la mise à mort de la victime oppresse la jeune femme. Alertée par ce mal-être, la magistrate, apparemment elle aussi émue, abrège et en dit moins pour épargner la famille, éprouvée.

L’accusé, placé en détention provisoire depuis le 9 janvier 2015, vient d’écoper de 20 ans de prison, au lieu des 18 prononcés en première instance, le 21 juin dernier (notre édition du 26 janvier). Son appel a donc été rejeté, et le procureur Daniel Hirsch suivi dans son réquisitoire du 25 janvier.

Tout accable l’incriminé

Lors de ce jugement en 2e instance, la défense qui avait à sa tête l’avocat Jacques Barillon, accompagné de son confrère français Gilles-Jean Portejoie, n’était représentée que par la seule avocate stagiaire Berta Casas Rochel.

A ce niveau de la justice neuchâteloise également, les arguments du trio ont raté leur but. Les aveux répétés de Mehdi (prénom d’emprunt) à quatre reprises sur 10 jours, suite au premier datant du 17 mars 2015, corroborent les précisions ensuite amenées par l’enquête de police.
Tout accable l’incriminé. La rétractation de ses autoaccusations, par courrier, le 27 avril 2015, ne balaie pas l’ensemble des preuves trouvées à sa charge durant l’instruction.

Des traces d’ADN de Latifa Boukri ont été décelées sur le manche du rasoir dont Mehdi s’est servi afin de raser la chevelure de sa femme et de la sorte l’humilier. Le cadavre, nu, a été découvert, face contre terre, dans la position et l’endroit de la forêt de Charquemont, tel que Mehdi l’avait signalé au fil de ses confessions. La description qu’il avait donnée du mode opératoire – strangulation et noyade dans la baignoire – coïncide avec les conclusions des médecins légistes.

Au mépris de la vie humaine

Au cours des investigations liées à l’affaire, il a en outre sali la mémoire de Latifa, en tentant de la faire passer pour une escort-girl. Aucun élément allant dans ce sens n’a été trouvé. Et l’inventaire des recoupements ne s’arrête pas là.

L’assassinat a été retenu contre Mehdi, car il a éliminé sa proie d’une façon froide, calculée, au mépris de la vie humaine, fort d’une maîtrise de lui qui laisse de glace.

Au sortir de la Salle des Etats au Château, le père de Latifa Boukri a des larmes aux yeux. «Ça fait 30 ans que je passe plusieurs fois par jour la frontière entre la Suisse et la France dans le cadre de mon travail. Jamais je n’aurais cru que je finirais par venir en Suisse pour une tragédie si sordide.» Quant au condamné, il fera recours auprès du Tribunal fédéral, a fait savoir Jacques Barillon.

La prison à vie existe-t-elle vraiment en Suisse?

La durée de la peine privative de liberté est normalement de trois jours à vingt ans. «Lorsque la loi le prévoit expressément, elle peut être prononcée à vie (art. 40 du code pénal). Ces cas sont peu fréquents», explique Pierre Aubert, procureur général du canton. Il s’agit principalement de l’assassinat, qui est la forme la plus grave de l’homicide intentionnel, de prises d’otages particulièrement graves ou, dans des contextes extraordinaires, des crimes de guerre et génocide.»

Concrètement, cela signifie que la personne condamnée est effectivement susceptible de finir sa vie en prison. «Mais une possibilité de libération conditionnelle existe tout de même après quinze ans, exceptionnellement après dix ans.»

Mesures d’internement pas limitées dans le temps

A côté de ces peines, il y a les mesures de traitement ou d’internement qui, «elles, obéissent à d’autres critères, en ce sens qu’elles ne sont pas limitées dans le temps au moment de leur prononcé, et que leur évolution dépend essentiellement de celle du condamné, considéré comme malade ou particulièrement dangereux. Il est ainsi possible qu’une telle mesure dure jusqu’à la mort de ce dernier». Ce risque augmente avec la mesure d’internement à vie dont il a abondamment été parlé ces dernières années.

«Mais aucune peine, ni mesure ne laissent aucun espoir au condamné de retrouver, un jour ou l’autre, sa liberté. Les autorités sont appelées à examiner régulièrement la justification des décisions prises au moment du jugement.»

 


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