05.12.2017, 00:01

5 décembre 1892: le train entre en gare de Saignelégier

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Traverser les Franches-Montagnes en train relevait parfois de l’expédition. Surtout si les hivers, comme celui de 1905, gratifiaient la région de leurs neiges d’antan...

 05.12.2017, 00:01 5 décembre 1892: le train entre en gare de Saignelégier

Par stéphane devaux

FRANCHES-MONTAGNES La première ligne ferroviaire a 125 ans aujourd’hui.

Ce 5 décembre 1892, le canon tonne et les drapeaux flottent un peu partout de La Cibourg à Saignelégier. Ce jour-là, il y a donc pile 125 ans aujourd’hui, les Franches-Montagnes fêtent leur intégration au réseau ferroviaire helvétique. Autorités et population inaugurent les 26 kilomètres de voie ferrée étroite (1 mètre) entre le chef-lieu du district et la grande...

Ce 5 décembre 1892, le canon tonne et les drapeaux flottent un peu partout de La Cibourg à Saignelégier. Ce jour-là, il y a donc pile 125 ans aujourd’hui, les Franches-Montagnes fêtent leur intégration au réseau ferroviaire helvétique. Autorités et population inaugurent les 26 kilomètres de voie ferrée étroite (1 mètre) entre le chef-lieu du district et la grande ville voisine de La Chaux-de-Fonds, capitale économique des hauts plateaux jurassiens. Cette dernière est reliée au Plateau suisse depuis 1860, via la ligne du Jura industriel, Neuchâtel - Le Locle.

Dans quel contexte est née cette réalisation et comment le chemin de fer s’est ensuite développé? Retour au tournant des 19e et 20e siècles.

En 1892, l’Arc jurassien compte déjà de nombreuses lignes. La première, la liaison entre Le Locle et La Chaux-de-Fonds, a été ouverte en 1857. La liaison avec Neuchâtel devient réalité en 1860. En 1877, la ligne Bienne-Delémont, via Tavannes et Moutier, est entièrement réalisée. Le tronçon Tavannes-Tramelan est achevé en 1884.

Dans la seconde moitié du 19e siècle, le train apparaît comme un vecteur de développement économique et social. Comme le relève Sophie Lachat dans son mémoire d’histoire sur les chemins de fer privés des Franches-Montagnes*, les promoteurs de la ligne Saignelégier - La Chaux-de-Fonds insistent beaucoup sur la nécessité économique de relier les Franches-Montagnes à la Métropole horlogère. Histoire d’optimiser le transport des pièces produites par les horlogers du haut plateau, mais aussi de la matière première nécessaire à leur activité. Pour eux, le développement industriel des vallées du Jura bernois est indissociable de l’arrivée du chemin de fer.

Le capital de la société Saignelégier-La Chaux-de-Fonds (SC) s’élève à 1,73 million de francs de l’époque. Pour la petite histoire, la contribution du canton de Berne (300 000 francs) n’est versée qu’un an après l’achèvement de la ligne. Le canton de Neuchâtel verse 225 000 francs, la ville de La Chaux-de-Fonds, 200 000, Saignelégier, 100 000, les communes des Bois et du Noirmont 70 000 fr. chacune.

Entamés en mai 1891, les travaux s’achèvent 18 mois plus tard. Ils sont guidés par un souci d’économies: le tracé suit le plus possible les courbes de terrain, afin de réduire au maximum le nombre d’ouvrages d’art. Il en est un, toutefois, qui s’avère indispensable: le pont qui, à La Chaux-de-Fonds, franchit la gorge de la rue de l’Hôtel-de-ville. Un vrai casse-tête, résume Sophie Lachat dans son étude. Ce d’autant que, les plans du projet enfin réalisés, survient la catastrophe de Münchenstein, sur la ligne Delémont-Bâle, le 14 juin 1891. La rupture d’un pont, due à des défauts techniques, entraîne la mort de 71 voyageurs. Suite à ce drame, la Berne fédérale impose des normes plus sévères, ce qui oblige le SC à consolider son projet... et son viaduc! Et ce n’est que dans le courant de 1893 que les trains peuvent enfin accéder à la gare centrale de La Chaux-de-Fonds.

Le trafic sur la ligne progresse régulièrement jusqu’à la Première Guerre mondiale. Lors de la première année d’exploitation, le nombre d’usagers s’élève à un peu plus de 116 000 personnes. En 1913, ils sont plus de 302 000. L’augmentation annuelle est de 8% en moyenne.

Parmi les notables francs-montagnards ayant œuvré à la réalisation de cette ligne, il faut mentionner Jean Bouchat, préfet du district de 1878 à 1894, radical anticlérical, fondateur de plusieurs institutions, dont l’école secondaire de Saignelégier et l’usine hydro-électrique du Theusseret, sur le Doubs. Il préside le conseil d’administration du SC de la création de la société à son décès, en 1920.

Ce n’est sans doute pas un hasard si l’inauguration de l’usine du Theusseret a lieu quasi simultanément à la ligne ferroviaire. Cette usine au fil de l’eau a permis d’amener à la fois l’eau et l’électricité sur le haut plateau. A cette époque, c’est surtout d’eau (et de charbon) dont avaient besoin les machines à vapeur. L’installation est restée propriété de la commune de Saignelégier jusqu’en 1959, date à laquelle elle passe aux mains des Forces motrices bernoises. Elle est désactivée en 1972, année de la mise en service de la centrale nucléaire de Mühleberg. * Sophie Lachat, Les chemins de fer privés des Franches-Montagnes (1892-1943), éditions Alphil, 2007.

Voyages dans le temps

Comme il y a 125 ans, ou presque. Ce samedi, 9 décembre, les CJ, en partenariat avec La Traction, cette association de bénévoles qui restaure, entretient et exploite du matériel roulant historique sur le réseau jurassien, organisent deux voyages à bord d’un train ancien, tracté par une loco à vapeur.

Le premier est au départ du dépôt de Pré-Petitjean (près de Montfaucon). Rendez-vous à 10h, visite du dépôt, départ du convoi à 11h25 et arrivée à La Chaux-de-Fonds à 12h31. Retour en train régulier.

Le second part à 13h32 de La Chaux-de-Fonds, arrivée à Pré-Petitjean à 14h28, visite du dépôt dès 14h30. Retour en train et bus réguliers.

Inscription obligatoire (jusqu’à aujourd’hui) au 032 952 42 90). Prix unique de 5 fr, places limitées.

Les CJ, fruit d’une fusion à quatre

Non, on ne célèbre pas ce jour les 125 ans des CJ. Les Chemins de fer du Jura (le train rouge qui bouge, comme se plaît à le dire la compagnie elle-même) n’ont «que» 73 ans: ils sont nés en 1944 de la fusion de quatre compagnies qui, jusqu’alors, exploitaient séparément leur ligne. L’une d’elles est justement la ligne Saignelégier - La Chaux-de-Fonds, la première à avoir vu le jour.

Encore qu’il faille nuancer. Les localités de Tavannes et Tramelan sont reliées entre elles dès 1884, par un chemin de fer à vapeur et à voie étroite. Mais il faut attendre 1913 pour que soit achevé, par une autre compagnie, le tronçon entre Tramelan et Le Noirmont, via Les Breuleux. Avec lui apparaît l’électricité. Les deux compagnies fusionnent pour donner naissance au Tavannes-Le Noirmont (CTN), qui exploite 23 kilomètres de voies toutes électrifiées.

Entre-temps, une troisième compagnie voit le jour; elle a pour but de relier Saignelégier à Glovelier, station située sur la ligne Delémont-Porrentruy. Ce tronçon de 24,9 km est terminé en 1904; il est exploité à la vapeur, mais avec un écartement «normal» de 1435 mm. Le matériel roulant de la RSG ne peut donc pas circuler tel quel sur les voies du SC. Et réciproquement...

Après la fusion, une des tâches de la nouvelle compagnie des CJ est donc d’unifier le tout sur un plan technique. L’écartement de la ligne Glovelier-Saignelégier a été ramené à un mètre. Et toutes les lignes ont été électrifiées et alimentées en courant continu à 1500 volts, grâce à six sous-stations réparties le long du réseau.

Pour être complet, on ajoutera que les CJ exploitent aussi la ligne entre Porrentruy et Bonfol, ouverte en 1901 et prolongée en 1910 jusqu’à la frontière alsacienne, pour être raccordée au réseau ferroviaire du Reich allemand. Une liaison qui, on s’en doute, n’a plus été d’actualité après la Grande Guerre et le retour de l’Alsace à la France.


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