02.08.2015, 19:44

Le maire de Reconvilier, Flavio Torti, est remonté et passe à l'attaque

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Par YVES-ANDRÉ DONZÉ

De retour de vacances, le maire de Reconvilier Flavio Torti avait reçu les centaines de courriels et les menaces de mort et de boycott de son entreprise comme un os en travers de la gorge. Hier soir, le Conseil communal siégeait pour la première fois de l'année. Il a décidé de demander un avis de droit contre les attaques les plus virulentes. Ni plus ni moins. «Les cadavres ne nous intéressent pas!», a-t-il balancé.

Hier, le maire Flavio Torti en avait gros sur la patate: 670 courriels l'ont accueilli à son bureau dans la lumière fragile d'un lundi matin annonciateur d'ennuis plus que de promesses. Et côté promesses, ce n'était pas mieux, à considérer celle de ce quidam de Vevey qui écrit texto: «Si un seul chien perd la vie dans votre commune, j'irai personnellement trouver les membres du Conseil municipal qui passeront un moment dont leur famille se remémorera longtemps avec des fleurs prévues par ce genre de circonstance.»

On ne peut être plus clair. Le message est une menace de mort pour chacun des membres des autorités. «Ces messages viennent d'Allemagne, des Etats-Unis, d'Amérique latine, d'Australie. Du Brésil, on réclame carrément un boycott de tout produit suisse», explique le maire en soulignant la gravité d'un tel lynchage médiatique. Cela a pris des proportions insoupçonnées.

«Et n'a fait que réveiller les extrémistes du monde entier», renchérit Flavio Torti. «Mais ce qui me fait le plus mal c'est de s'en prendre pareillement au secrétaire communal qu'on a traité d'Hitler parce qu'il n'a fait que suivre notre volonté de transparence. Quand on est conseiller dans une commune, on rencontre parfois de vrais problèmes, et humainement pénibles. Mais souvent, on nous téléphone à cause des cris de coqs intempestifs, de cloches des moutons énervantes et de chiens dérangeants. On doit prendre entre 600 et 800 décisions par année. D'accord, j'ai été un peu brutal dans mes propos, mais les cadavres ne nous intéressent pas», soupire-t-il.

Les messages de proximité de dénigrement d'ordre privé le laissent pantois, lui qui entame sa neuvième année à la tête de l'exécutif. Des messages qui disent qu'il part en vacances et envoie le secrétaire au charbon médiatique.

Ce qui est faux. Ce sont les médias qui se sont approchés de ce dernier. Il y a enfin les menaces de boycott de son entreprise. «Nous sommes dans un système de concurrence très sensible économiquement et je me pose des questions quant à mon action politique face à ce lynchage. C'est la fin de la milice. S'il faut trois ans de droit et tout le reste de Travers pour accomplir son mandat», s'interroge-t-il en citant Coluche.

«On oublie mon engagement lors des événements de la Boillat.» Et si la commune a menacé quelques animaux «d'abattage» si leurs propriétaires ne règlent pas la taxe, «c'était simplement pour faire respecter le bon droit des gens qui paient, explique-t-il. Ensuite ce fut la curée des journaux people. La télévision en a parlé, les agences de presse internationales, puis toute la toile, la déferlante. La TV voulait même venir filmer notre séance du conseil de ce soir. Partout on parle d'éviter le massacre alors qu'il n'y a que quelques personnes qui se moquent du système et de ceux qui paient même avec un très bas salaire. Il n'y a plus de bon sens», conclut le maire en annonçant que plusieurs associations ont protesté auprès du Conseil municipal (lire encadré). /YAD

Comment communiquer?

«Nous étions obligés de réagir», explique Heinz Lienhard, président de la Protection suisse de la nature (PSA), qui confirme qu'il porterait plainte en cas d'euthanasie. «Mais nous sommes aussi contre les extrémistes de tous poils. Nous avons le luxe d'avoir d'autres solutions pour sauver les animaux dans nos refuges. Les seuls cas où les bêtes ne sont pas placées, c'est dans le cas, par exemple, de chiens non socialisés devenus dangereux et considérés comme malades.» «Il y a toujours des solutions», confirme de son côté Tomi Tomek, de SOS Chats, qui a écrit au maire pour reconsidérer sa décision. Elle a déposé, sur le conseil de Marcel Falk, de l'Office vétérinaire fédéral, et en tant qu'association publique, une opposition écrite contre une éventuelle euthanasie, ce qui a un effet suspensif. «Et menacer un animal, c'est nul», dit encore Tomi Tomek. «Il faudrait donner des cours aux élus pour savoir comment parler avec le peuple.» C'était d'ailleurs la question que se posait hier le maire en sourdine: «Maintenant, comment va-t-on communiquer?», a-t-il grommelé en considérant la perversité de la situation. /yad


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