03.12.2019, 05:30

Un modèle économique qui limite drastiquement les déchets

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Un modèle économique qui limite drastiquement les déchets

Développement durable L'économie circulaire est une approche en plein essor. Elle veut instaurer une consommation sobre et responsable des ressources naturelles. Le modèle s'inscrit dans la lignée des mouvements qui prônent un changement des pratiques face au réchauffement climatique.

Non, l’économie circulaire n’est pas un énième concept de développement durable. Le modèle fonctionne en boucle et a pour finalité de diminuer drastiquement les déchets et de préserver les ressources. Il prône la poursuite de la production de biens et services, tout en limitant le gaspillage de matières premières et des énergies non renouvelables. «Il s’agit d’inviter l’entreprise à penser autrement, à réfléchir en intégrant une circularité», résume Leila Pamingle, directrice de l'Association Ecoparc, à Neuchâtel. 

Et de plus en plus d'entreprises franchissent le pas, y voyant une manière de satisfaire leur propre intérêt. Par exemple Freitag, le fabricant zurichois de sacs et accessoires en bâches de camion, propose lui-même une plate-forme pour les personnes qui souhaitent échanger un article. L’entreprise américaine Patagonia, avec ses doudounes fabriquées en PET, promeut elle-aussi le seconde main. 

«Le mouvement est lancé»

Une approche qui comporte toutefois le risque de vendre moins d’objets. Mais les adeptes ont une arme: la fidélisation. Tel est le nouveau modèle d’affaires affiché par ces marques, lesquelles soutiennent l’idée de faire de l’argent autrement, avec un consommateur désormais animé de réflexes éco-responsables. Déclenchant un cercle vertueux, ces pratiques font appel au partage et misent sur la durée de vie accrue des produits.

 «Le mouvement est lancé», insiste Laurent Maeder, en charge du domaine chez Impact Hub, à Lausanne. Responsable de l’initiative Circular Economy Transition (CET), il essaye de faire passer les PME de la théorie à la pratique. «Il faut décloisonner la manière de travailler. Ce qui nécessite d’aller assez loin dans la transformation de la gouvernance d’entreprise.» La transition s’appuie sur quatre blocs de principes pour faire émerger une économie de la qualité et des services et sortir du modèle de l’abondance.

Ces principes vont de la feuille de route à l’accompagnement vers l’acceptation, en passant par la mise à disposition d’un modèle d’affaires et la théorie des 5R (reconsidérer l’usage unique, réduire le gaspillage, réutiliser en donnant une seconde vie à un produit, recycler en dernier recours et rendre à la terre par le compost). «La Suisse a tout à y gagner», relève Laurent Maeder, à l’image de ce que fait de longue date l’horlogerie, en alliant qualité et durabilité.

Pas un retour en arrière

Les secteurs de la construction, de l’alimentation, du textile et de la machine-outil sont notamment concernés. «Les entreprises qui n’intégreront pas les changements connaîtront des problèmes», ajoute Laurent Maeder, pour qui la pression exercée par les mouvements sociaux liés au climat ne retombera pas. Venant lui-même de l’industrie textile, il rappelle que l’activité est confrontée à un enjeu toxicologique de taille, qui cause la pollution des eaux dans les pays producteurs.

Une situation qui met en lumière l’usage des ressources, dont l’extraction devrait plus que doubler ces 30 prochaines années, selon l’OCDE. «Utiliser plutôt que consommer», tel est le nouveau paradigme. «L’économie circulaire créera de l’emploi, tout en diminuant le rejet des gaz à effets de serre et le prélèvement de matières premières, prédit Laurent Maeder. Il n’est pas question de revenir en arrière. Simplement de gagner en bon sens, sans refuser la technologie et la capacité d’innover.»

La nouvelle vision, qui prône la mutualisation et la collaboration, fait son bonhomme de chemin, même si l’économie circulaire ne représente encore qu’un petit 10% de l’économie mondiale. Avec des facteurs de production qui circulent constamment dans l'économie et sans générer de déchets matériels, elle offre d’alléchantes perspectives de croissance. Les produits sont fabriqués de manière plus efficace, réparés, réutilisés et reconditionnés. Et pas besoin d’être prix Nobel d’économie pour comprendre.

Nouvelles pratiques

Tout le monde peut agir à son échelle. Il y a les grands classiques, comme l’utilisation des déchets pour les valoriser en énergie thermique, le recyclage du plastique, du verre (un matériau réutilisable à l’infini), du PET et des habits. Ou brûler de vieux pneus dans les cimenteries – même si, au final, la ressource caoutchouc disparaît. La possibilité existe toutefois d’aller plus loin avec la consommation dite régénérative, un «cas idéal» qui entraîne la création de nouveaux circuits. Comme chez Freitag et Patagonia.

«Penser global, agir local», la devise écologiste des années 1970 n’a pas pris une ride. Vadec, à La Chaux-de-Fonds, s’inscrit dans la logique en gérant les déchets du canton de Neuchâtel et au-delà, dans un bassin de 350'000 habitants. «Les déchets que nous produisons ne peuvent plus être considérés comme des rebuts à éliminer, clame la société. Il s’agit de matières premières transformées.» Mais la marge de manœuvre pour accroître le taux de collecte séparée reste importante. Préserver les ressources, c’est penser différemment, produire différemment pour demain.

Philippe Lebet

 

 

 

 

Pour en finir avec le tout jetable

L’économie circulaire compte ses pionniers, au rang desquels la figure emblématique de Ray Anderson. Décédé en 2011, sans être connu du grand public, cet Américain est le fondateur de la multinationale Interface, cotée au Nasdaq et basée à Atlanta, leader mondial de la fabrication de dalle de moquettes. Ces pièces de tapis que l’on voit souvent dans les bureaux, dont la dernière évolution affiche une empreinte carbone de -2 kg, ne sont pourtant pas des monuments d’innovation de prime abord.

La dalle de moquette apparaît plutôt comme un produit douteux, du point de vue du développement durable: dérivés du plastique pour la fibre, sous-couche à base de goudron, colle. Pourtant, en 1994, Ray Anderson affirme, par défi, vouloir faire d’Interface une entreprise zéro émission de carbone d’ici à 2020. La société, qui réalise un chiffre d’affaires annuel de 1,2 milliard de dollars, affirme depuis avoir réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 96%.

Désormais, eu égard aux enjeux climatiques, Interface veut passer du statut d’entreprise restauratrice à celui d’entreprise régénératrice, ce qui implique d’aller au-delà de ne plus avoir d’impact négatif sur l’environnement, mais de présenter un impact positif. Le groupe promeut donc le remplacement des parties usées des moquettes et le recyclage des fibres. Pour ce faire, elle implique des populations de pays pauvres en les rémunérant pour collecter des filets de pêche abandonnés, très dommageables pour la faune marine.

La grande force d’Interface réside dans l’effort continu en matière d’innovation, avec de gros investissements en recherche et développement. La quasi-concrétisation du programme «mission zero» prouve en tout cas qu’une telle philosophie entrepreneuriale est compatible avec le capitalisme.


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