Université de Neuchâtel: quand la mouche blanche dupe des plants de tomates

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Science La mouche blanche, un insecte ravageur, détourne à son avantage les signaux chimiques des défenses naturelles de la tomate. Une équipe chinoise supervisée par Ted Turlings, professeur à l’Université de Neuchâtel, a révélé que la plante ainsi dupée mobilise ses défenses contre des agents pathogènes, alors que c’est un insecte qui attaque.

 25.03.2019, 20:00
La mouche blanche détourne à son avantage les signaux chimiques des défenses naturelles de la tomate.

De manière générale, les plantes attaquées par des insectes herbivores ou des agents pathogènes émettent des molécules volatiles spécifiques qui déclenchent des défenses chimiques naturelles adaptées au type d’attaque, a indiqué lundi l’Université de Neuchâtel (Unine) dans un communiqué.

Mais quand l’aleurode du tabac (Bemisia tabaci), appelée aussi mouche blanche, suce la sève d’un plant de tomates, elle induit chez la plante une odeur trompeuse. Cette odeur signale aux plants de tomate voisins de se défendre contre des agents pathogènes (virus, bactéries ou champignons), alors que l’attaque provient d’un insecte.

Ainsi, au lieu de déclencher une réaction basée sur la production d’acide jasmonique pour contrer des insectes, la plante victime émet une odeur donnant l’ordre à ses voisines de produire de l’acide salicylique qui, lui, est indiqué quand il faut neutraliser des agents pathogènes. Conséquence: les plantes voisines deviennent plus propices au développement des aleurodes du tabac.

Prolifération rapide

Cette manipulation des défenses naturelles des plantes peut expliquer la prolifération rapide de l’insecte invasif. La compréhension des mécanismes qui génèrent les molécules volatiles induisant la réaction de la plante permettra de développer de nouvelles stratégies de contrôle d’insectes indésirables.

«Nous avons tout à apprendre de l’aleurode du tabac», suggère Ted Turlings, cité dans le communiqué: «Voilà un insecte herbivore qui a trouvé le moyen de manipuler le signal de détresse hautement spécifique d’une plante dans le but d’assurer une nourriture de qualité à sa propre descendance».

«Nous pouvons envisager une démarche similaire pour augmenter notre propre sécurité alimentaire, en étudiant davantage ces signaux odorants émis par les plantes», ajoute le spécialiste.

Cette volonté est au centre du projet européen Agriscents piloté par Ted Turlings et financé à hauteur de 2,8 millions de francs par l’European Research Council (ERC) depuis septembre 2018 pour une durée de cinq ans.

Agriscents vise à mettre au point un capteur qui permettra de détecter les ravageurs et les pathogènes qui sévissent dans les cultures. Et cela, grâce à l’analyse en temps réel des odeurs qu’émettent les plantes quand elles sont victimes des ravageurs. Ces travaux sont publiés dans la revue PNAS.

ATS

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