09.04.2019, 05:30

Plus de lecteurs mais moins de revenus: le paradoxe de la presse écrite

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Plus de lecteurs mais moins de revenus: le paradoxe de la presse écrite

Information "ArcInfo" gagne des lecteurs, comme d'autres titres romands. Pourtant, les médias tirent la langue. Comment est-ce possible?

Les derniers chiffres qui mesurent l’audience des quotidiens sont sortis et ils sont très réjouissants. La grande majorité des journaux régionaux de Suisse romande, «ArcInfo» compris, battent même des records d’audience. Grâce aux différents supports papier, mais surtout numériques, ils enregistrent des performances jamais atteintes jusqu’ici.

Dans le canton de Neuchâtel, par exemple, «Arcinfo» a vu décoller le nombre de ses lecteurs en un an, grimpant jusqu’à 98 000 personnes (+12,6%). Même situation en Valais, où 147 000 personnes consultent chaque jour «Le Nouvelliste», un résultat en nette augmentation depuis 2016 (+14,8%).

Ces résultats réjouissent les éditeurs comme Jacques Matthey de la SNP («ArcInfo»), qui note que «le développement important des audiences de ces dernières années confirme que le travail de fond entrepris sur la qualité des contenus porte ses fruits». Un verdict partagé par Eric Meizoz, directeur de Rhône Média («Le Nouvelliste»): «Nous avons su nous adapter au marché et proposer une offre sur les différents supports numériques qui réponde aux attentes du public.»

Publicité et abonnements en baisse

Pourtant, malgré ces audiences en forte hausse, la situation des médias privés est loin d’être satisfaisante. La plupart des journaux voient leur revenu drastiquement baisser. D’une part, la publicité qui représentait jusqu’ici près de 60% des recettes est en chute libre (-10% en 2019 en moyenne suisse). D’autre part, le nombre d’abonnements diminue chaque année d’environ 3%.

Un phénomène qu’observe depuis quelque temps déjà Olivier Glassey, sociologue à l’Université de Lausanne et spécialiste des nouveaux médias. «S’abonner à la presse quotidienne n’est plus perçu comme aussi important qu’avant, notamment parce que de nombreuses personnes ont l’illusion que les informations gratuites suffisent pour être informées.»

Face à cette situation, les médias privés qui ne bénéficient d’aucun soutien étatique direct, rappelons-le, sont obligés de revoir fondamentalement leur modèle économique. Les organisations sont repensées, certaines tâches sont abandonnées, d’autres centralisées, avec au final des économies importantes, voire dans les cas les plus désespérés la fermeture de titres. On pense ici au «Matin» papier (Tamedia) ou à «L’Hebdo» (Ringier).

Les éditeurs ne baissent pas pour autant les bras. «Le lecteur est au centre de notre stratégie de reconquête que nous déployons sur les supports numériques», précise Sébastien Hersant, chargé de la transition digitale au sein de ESH Médias (propriétaire notamment du «Nouvelliste», d’«ArcInfo» et de «La Côte»). «Nous croyons fondamentalement au rôle d’un média de proximité qui propose des contenus de qualité avec des informations approfondies, au service des citoyens et répondant au mieux à leurs préoccupations.»

Pour une aide indirecte à la presse

Les éditeurs n’ont donc pas dit leur dernier mot, convaincus de l’importance d’une presse indépendante de qualité. Jacques Matthey confirme, «dans une démocratie comme la nôtre, si l’on veut être un citoyen responsable, il est capital de pouvoir se forger sa propre opinion. Les médias régionaux jouent pleinement ce rôle.»

Tout bon citoyen devrait-il dès lors s’abonner à un quotidien local? Ce n’est pas gagné, selon Philippe Amez-Droz, chargé de cours au Médialab de l’Université de Genève. Selon lui «le lecteur est toujours plus pressé. Tout se vaut en faisant défiler son écran. Il a tendance à confondre les contenus journalistiques des autres contenus médiatiques».

Ce qui est particulièrement vrai pour les jeunes qui ont tendance à se satisfaire du titre et du chapeau de l’article. «L’Etat doit encourager les jeunes à lire, voire à court terme offrir des abonnements pour qu’ils conservent ensuite l’habitude de lecture», suggère Philippe Amez-Droz.

Pour leur part, les éditeurs de journaux n’attendent et ne demandent pas de soutien direct. Cependant, ils estiment qu’il est désormais urgent de redéfinir et d’élargir les contours de l’aide indirecte à la presse dont le modèle de calcul est basé sur des paramètres jugés obsolètes.

«Aujourd’hui, plus que jamais, des titres de la presse écrite sont fragilisés et nous pourrions assister à la disparition de quotidiens si rien n’est entrepris pour redonner une réelle viabilité économique à notre secteur d’activité», conclut Eric Meizoz.

RED

«ArcInfo» se réinvente

Comment notre média doit-il évoluer pour répondre aux attentes de ses lecteurs? Comment proposer un journalisme local de qualité à l’ère des réseaux sociaux tout-puissants et des «fake news»?

Dans cette série d’articles, nous répondons en toute transparence à ces questions concernant l’avenir de notre métier. Si vous souhaitez participer à notre réflexion, merci d’envoyer un message à temoignages@arcinfo.ch.


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