02.08.2015, 17:44

Peut-on bénir un couple homosexuel?

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Par stéphane devaux

Le Synode de l'Eglise réformée évangélique du canton de Neuchâtel est face à un choix de société: il doit se prononcer sur une liturgie de bénédiction des couples liés par un partenariat. Y compris homosexuels. L'homosexualité n'est «ni un péché ni une maladie». Le Conseil synodal de l'Eglise réformée évangélique du canton de Neuchâtel (Eren) estime au contraire qu'il faut la reconnaître «comme l'orientation sexuelle et affective d'une minorité» qui peut être vécue «de manière responsable dans une orientation chrétienne». Le Synode dira aujourd'hui à Colombier s'il partage ce point de vue. Et s'il charge le Conseil synodal d'élaborer une liturgie de bénédiction des couples, homosexuels ou non, liés par un partenariat.

«Ce sera un Synode très délicat», admet Gabriel Bader, président du Conseil synodal. «Nous devrons être attentifs à écouter les difficultés des gens à entrer dans le sujet, mais aussi à éviter que des choses inacceptables soient dites.»

Non pas tellement du point de vue théologique, «qui n'est pas d'une portée extraordinaire», mais parce que les questions qui touchent à la sexualité contiennent une «émotion énorme». «Démesurée», en l'occurrence, considère Gabriel Bader, «par rapport au thème théologique, peu important, et au nombre de personnes concernées».

Le président de l'exécutif de l'Eglise protestante s'interroge: pourquoi est-ce si grave pour certains de dire que l'homosexualité n'est pas un péché? Il décèle même un paradoxe chez ceux qui considèrent que le sujet n'est pas important... mais qu'il les ferait quitter l'Eglise si cette dernière entrait en matière sur ce sujet.

«J'ai l'impression que la majorité des gens estiment que les Eglises sont là pour dire les valeurs morales traditionnelles, même si eux-mêmes ne les suivent pas à la lettre. D'autres ont aussi le sentiment que l'on va vers une forme de laxisme éthique, alors que c'est le mouvement inverse: nous sommes beaucoup plus sévères aujourd'hui que dans la Bible!»

Depuis le Synode du 13 décembre 2006, qui a chargé le Conseil synodal d'entamer la réflexion, la plupart des paroisses ont organisé des rencontres avec leurs ouailles. Les débats qui s'y sont tenus ont été sereins, se plaît à relever Gabriel Bader. Même si de nombreux paroissiens réformés, favorables au partenariat enregistré, jugent que ce n'est pas le rôle de l'Eglise de bénir une telle union.

Serein, le Conseil synodal le sera aussi. Même s'il sait que les avis divergent, il entend laisser le Synode se prononcer. Il sait aussi que d'autres Eglises protestantes ont déjà fait le pas (à l'instar de celle de Berne-Jura-Soleure), mais que la décision neuchâteloise est très attendue, notamment chez les réformés de Suisse romande. «Toutes les Eglises ont ce dossier sur leur bureau. Là où le Synode s'est déjà prononcé, soit il a été renvoyé, soit les députés ont demandé un moratoire.»

Reste que l'enjeu est réel. En particulier parce qu'il oblige l'institution à s'interroger sur son attitude face aux changements de société. /SDX

Du concret pour demain

«Se positionner comme Eglise réformée qui tient à jouer, avec d'autres Eglises, un rôle dans un canton marqué par l'histoire réformée, mais dont les habitants ne se réclament plus majoritairement de l'Eren.» Tel est le but, depuis juin, que s'est assignée l'Eglise protestante neuchâteloise. Aujourd'hui, elle se retrouve face à des choix concrets. «Nous avons tracé de nombreuses pistes, en application des grandes lignes décidées en juin. Il y en a même énormément. C'est un peu ambitieux, je l'admets, et même un peu fou. C'est pourquoi je suis à la fois satisfait et un peu angoissé!», sourit Gabriel Bader.

Les réflexions menées dans les paroisses ont conduit l'Eren à préciser la notion de communauté, un peu mise à mal depuis la redéfinition des paroisses. «Aujourd'hui, la communauté, ce ne sont plus seulement des gens qui se retrouvent à un endroit, mais ce sont aussi ceux qui se rassemblent autour d'une activité. Une vision nouvelle que perçoivent très bien les jeunes, par exemple.»

L'Eren souhaite aussi valoriser l'appartenance à l'Eglise. Le Conseil synodal a acquis la conviction qu'elle pouvait être plus incisive dans ses «propositions» d'engagement. Financier en particulier. Non pas en faisant payer les actes ecclésiastiques (mariages, baptêmes, services funèbres), mais via la contribution ecclésiastique. «C'est un modèle qui implique la solidarité et un engagement à long terme», conclut Gabriel Bader. /sdx


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