Libre opinion (3): pesticides ou CO2, nos lecteurs réagissent

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Votations fédérales Les initiatives populaires «pour une eau potable propre et une alimentation saine» et «pour une Suisse libre de pesticides de synthèse», ainsi que la loi sur le CO2 – sur lesquelles la population sera amenée à voter le 13 juin – ont fait réagir notre lectorat.

  09.06.2021, 18:05
Affiches pour les votations du 13 juin.

Les lectrices et lecteurs favorables à ces votations ont été plus nombreux à nous écrire que celles et ceux qui sont contre. Les initiatives phytosanitaires ont aussi mobilisé davantage de réactions que la loi sur le CO2. Aussi, retrouvez ici des «morceaux choisis» représentatifs des opinions reçues, dans cette même proportion.

Dans sa grande sagesse…

A la veille des votations sur les pesticides, les fronts sont particulièrement tendus. Au-delà de savoir s’il faut oui ou non faire confiance aux arguments des uns et des autres se dessine un véritable choix de société: quel type de production agricole et quel type d’aliments voulons-nous? Qui et que voulons-nous défendre?

Imaginons: le 13 juin prochain, le peuple suisse, dans sa grande sagesse, acceptera les deux initiatives «contre les pesticides». La suite ne sera pas simple. Il faudra revoir de fond en comble notre manière de produire: diminuer les surfaces dédiées à la production animale en plaine, pour réoccuper les montagnes où la forêt est en augmentation. Réduire la production de viande et de sucre pour augmenter les surfaces de céréales. Limiter le gaspillage alimentaire en favorisant les cycles courts et en s’opposant à la surreprésentation des supermarchés.

Afin de lutter contre les ravageurs, les monocultures devront peu à peu être remplacées par de nouvelles manières de produire. Polyculture, permaculture… le métier d’agriculteur devra se réinventer. Sur de plus petites surfaces, plus diversifiées, la mécanisation sera moins importante et le travail humain augmentera à nouveau, la fertilité des sols aussi. Cela se traduira par, oui, une hausse des prix, mais elle sera la conséquence d’une augmentation du revenu paysan, et par là peut-être la survie de cette profession.

Et puisque le peuple suisse est sage, il jouera le jeu et acceptera de consommer des produits locaux plus chers mais plus sains aussi. Par un cercle vertueux ainsi créé, l’augmentation de nos primes d’assurances maladie s’en trouvera peu à peu freinée grâce à la baisse des maladies cardiovasculaires ou de l’obésité. Pour les cancers, il faudra attendre un peu, les biocides répandus durant des décennies n’allant pas disparaître de sitôt!

Mais nous le savons tous, le peuple suisse dans sa grande sagesse refusera ces deux initiatives extrêmes. Tout est trop incertain pour prendre le risque de choisir une autre direction que celle dictée par la politique libérale de notre gouvernement. La politique agricole suivra donc son petit bonhomme de chemin.

Les groupes agro-industriels et la grande distribution continueront de faire pression sur les prix des denrées alimentaires aux dépens des agriculteurs qui, pour ne pas perdre de revenu devront produire plus, ce qui se traduira par une nouvelle baisse des prix.

La mécanisation et les intrants chimiques, en augmentation permanente, auront pour conséquence une baisse de la fertilité des sols (déjà observée actuellement), qui se traduira par une baisse de la production, compensée par… une augmentation des intrants chimiques et donc une nouvelle baisse du revenu agricole. Peu à peu, comme c’est déjà le cas en Europe ou ailleurs, les paysans, toujours moins nombreux pour des exploitations toujours plus grandes, ne seront plus que de pseudo-indépendants aux mains des grands groupes déjà cités. La baisse de fertilité des sols et leur toxicité devenant inquiétante, les industriels mettront les bouchées doubles pour améliorer la culture hors sol.

Ainsi la production de denrées alimentaires se déplacera dans de grands silos aux portes des villes avec pour toute main-d’œuvre des opérateurs qui contrôleront le bon fonctionnement des robots chargés d’alimenter les plantes et les animaux.

Les surfaces agricoles inutilisées seront converties en industries à haute valeur ajoutée et le Plateau suisse ressemblera à la Sillicon Valley. Le Jura devenu aride à cause du réchauffement climatique, mais sans agriculture, se couvrira d’une forêt sèche et broussailleuse où viendront paître des troupeaux de bison réintroduits pour le plus grand bonheur des amoureux de la nature. Les paysans, eux, auront disparu, mais ce ne sera pas la faute aux initiatives du 13 juin!

Yves Bilat, La Chaux-de-Fonds

La confiance du monde agricole est rompue

Si j’apprécie volontiers la liberté d’expression, je suis également d’avis que les mesures environnementales prises par l’agriculture sont nécessaires. Cette dernière peut néanmoins se prévaloir d’une évolution positive.

Faire un procès d’intention aux exploitant.e.s agricoles bio parce qu’ils ne soutiennent pas l’initiative sur la question des pesticides est un peu facile.

Sans entrer dans des propos techniques, je retiens qu’il n’y a aucune mesure sociale dans le texte de ce projet et de proposition pour freiner le tourisme alimentaire.

Il est bien de mettre en exergue que l’agriculture reçoit de l’argent public contre des prestations clairement définies. Au surplus, l’argent public du budget de l’agriculture est injecté dans l’économie locale et certainement pas destiné à des voyages en avion et des achats de résidences secondaires.

Les salariés de la fonction publique apprécieraient-ils un nivellement européen de leurs conditions sociales par voie d’initiative au titre «Pour réduire drastiquement vos charges fiscales»?

Quel que soit le résultat de la votation, cette initiative dogmatique et trompeuse aura des conséquences négatives pour poursuivre la voie durable.

La confiance du monde agricole envers une partie des citoyens des villes est rompue et cela est regrettable, voire peu constructif.

Je suis clairement opposé à ces deux textes d’initiatives méprisants et suis totalement libre de mes propos. Les familles paysannes réagissent fortement dès lors que l’on s’en prend directement à leurs revenus et leurs capitaux de prévoyance professionnelle.

Mon entreprise n’utilise pas de pesticide et la question des pesticides agricoles n’est pas le problème des Montagnes neuchâteloises.

Le jeu politique a peut-être des limites dans une démocratie?

Patric Santschi, La Chaux-de-Fonds

De l’ignorance du principe de précaution

Sans en ajouter au match de noms d’oiseaux entre les deux camps, des médecins vous invitent à prendre du recul et se poser la question de la protection du bien commun qu’est le droit à la santé.

1er constat: les études sur les effets des pesticides de synthèse sur l’être humain sont très complexes à mener en raison des innombrables facteurs à prendre en compte et du temps long nécessaire (plus de 30 ans) pour identifier l’effet d’expositions répétées ou multiples (effet cocktail).

Est-ce une raison suffisante pour décréter l’innocuité de ces produits? Non, car malgré ces difficultés et le manque inquiétant d’études, les connaissances scientifiques ont déjà pu les associer à des risques accrus de cancers (lymphome, leucémie…), maladie de Parkinson (classée maladie professionnelle chez les agriculteurs en France), effets perturbateurs endocriniens, entre autres.

En médecine comme ailleurs, on ne trouve que ce que l’on cherche. Et lorsque l’on cherche, les données sont extrêmement préoccupantes.
Ainsi s’il est connu que les pesticides de synthèse modernes (néonicotinoïdes, les plus étudiés) sont partout dans l’environnement, dans les urines, sang, cheveux, une étude récente en Suisse romande les a également retrouvés dans le liquide céphalorachidien, dans lequel baigne le cerveau, dans 100% des enfants testés.

Ce sujet des pesticides de synthèse n’est pas sans rappeler les dossiers de santé publique comme l’amiante et le tabac. N’a-t-on donc rien appris, le principe de précaution peut-il rester si ostensiblement ignoré?

2e constat: les processus d’homologation des pesticides sont basés sur un temps très court, des normes et études fournies par l’entreprise qui les commercialise, et seul le principe actif est étudié, ignorant les adjuvants et les centaines de produits de dégradation parfois plus toxiques que la substance initiale.

Une révision du processus d’homologation, mise en avant par les opposants, ne paraît qu’utopie: des études adéquates seraient tellement complexes et longues qu’aucune conclusion ne pourrait être attendue avant plusieurs dizaines d’années, tout en continuant à utiliser ces produits.

Notre médecine ultra-technologique ne pourra rien contre la pollution de l’air, de l’eau et des sols desquels nous dépendons, aucun vaccin n’est à espérer contre la perte de la biodiversité.

Attendre d’accumuler encore plus de preuves de l’impact des pesticides sur la santé et les écosystèmes est irresponsable et ignore tout principe de précaution, alors qu’il existe des alternatives efficaces de production agricole.

Changeons de cap car les votations du 13 juin le permettent, avant de constater trop tard des dégâts irréversibles pour la biodiversité, la productivité des sols, la santé des agriculteurs, de la population et des futures générations.

Docteurs Sylvie Maître et Vincent Della Santa, professeur Bernard Laubscher et plusieurs autres médecins neuchâtelois


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