21.02.2019, 16:01

Les nouveaux défis énergétiques à relever

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Des cellules photovoltaïques recouvrent l’ensemble du toit de Vivaldis, chauffage à distance inauguré au Val-de-Ruz en 2015.

Stratégie énergétique Avec la sortie programmée du nucléaire, quels sont les enjeux de l'approvisionnement électrique?

Plébiscitée par la population en mai 2017, la Stratégie énergétique 2050 implique une profonde métamorphose. La mesure phare, adoptée par le Conseil fédéral et le parlement à la suite de l’accident nucléaire de Fukushima, c’est l’abandon progressif de l’énergie atomique. Ainsi, il a été décidé qu’aucun nouveau réacteur ne pourra être construit en Suisse.

Ce choix politique implique par ailleurs que les jours des cinq centrales en activité sont comptés: elles devront tirer la prise à l’échéance de leur durée d’exploitation subordonnée à des critères de sécurité. Dans ce sens, la centrale de Mühleberg, dans le canton de Berne, sera la première à fermer le 20 décembre 2019.

Le grand défi de ce virage énergétique est donc de remplacer la production des centrales atomiques, qui représente 40% de l’électricité produite en Suisse. Deux pistes sont privilégiées: l’efficience énergétique et les énergies renouvelables. Toutes deux sont soutenues par la Loi sur l’énergie via des mesures incitatives. Leur objectif est de diminuer la consommation des bâtiments et des transports, tout en encourageant la production d’énergies renouvelables indigènes (hydraulique, photovoltaïque, bois, biomasse, éolien et géothermie).

Le renouvelable progresse

Un monitoring présenté en novembre dernier par l’administration fédérale montre que des progrès ont été réalisés entre 2000 et 2017, mais qu’il reste encore beaucoup à faire même si la consommation d’électricité a baissé de 5% durant cette période.

Il révèle que les parts de gaz, bois, charbon de bois, chaleur à distance et autres énergies vertes sont en augmentation: la production d’électricité d’origine renouvelable (hydraulique non comprise) a augmenté de 6% pour parvenir à 3653 GWh en 2017. Mais pour parvenir à l’objectif fixé de 4400 GWh en 2020, la croissance doit être soutenue.

Pour leur part, les émissions de CO2 ont régressé depuis l’an 2000, pour atteindre 4,4 tonnes/habitant en 2016. En Suisse, elles sont principalement générées par le trafic. A ce sujet, la Confédération admet par ailleurs que l’on est encore loin de l’objectif de 2050 qui se situe entre 1 et 1,5 tonne par habitant.

D’autres importants points législatifs seront impactés par la Stratégie énergétique 2050. Ils pourront faire l’objet de dissensions politiques, à l’instar de la Loi sur le CO2 refusée au Conseil national en décembre. Ce texte, qui aurait amené le pays à se conformer aux engagements de l’Accord de Paris, a été rejeté par 92 voix contre 60 et 43 abstentions.

Stocker les électrons

Au plan pratique, il reste un problème structurel à résoudre: comment remplacer l’énergie nucléaire produite en ruban, et dont le volume est constant jour et nuit, quelle que soit la météo? «À l’heure actuelle, les énergies renouvelables ne sont pas en mesure de produire en continu, et l’hydraulique au fil de l’eau est tributaire des débits.

Cette production est péjorée par les sécheresses qui sont de plus en plus fréquentes», analyse Marco Personeni, gestionnaire de portefeuille approvisionnement de Viteos. «On peut importer de l’énergie, mais pas de manière illimitée.» Des mesures pour réduire la consommation sont en cours de réflexion, tout comme le développement de nouvelles solutions de production (photovoltaïque, couplage chaleur-force, pompes à chaleur, etc) et de stockage (batteries, etc).

Depuis 2018, tous les électrons fournis au consommateur final sont marqués, afin que leur origine soit connue. Anticipant cette obligation, Viteos s’y astreint depuis 2016 déjà. Le fournisseur multiénergies a aussi décidé de compenser le CO2 du gaz naturel qu’il livre à sa clientèle et offre, sur une base volontaire, un approvisionnement comprenant 10% de biogaz suisse. Ainsi, le gaz naturel fourni est neutre.

En fait, l’entreprise a amorcé son tournant énergétique depuis bientôt une décennie. Comme l’illustre la hausse de sa production photovoltaïque, passée de 87 MWh en 2010 à 11’012 MWh l’an dernier. Dans le même temps, la part de l’hydraulique s’est accrue de 51’200 MWh à 52’900 MWh.

Miser sur le développement durable, c’est possible en choisissant de consommer une électricité écoresponsable produite localement. Pour ce faire, la clientèle de Viteos peut choisir entre différentes formules de produits, expliquées ci-après avec l’exemple de la consommation type d’un ménage de quatre personnes (3500 kWh par année).

 

Viteos exploite plusieurs centrales au fil de l’eau sur les bords de l’Areuse, mais aussi le long de La Serrière et du Seyon. Photo: SP

 

Trois options de courant vert proposées par Viteos
VIVALOR
Cette formule comprend une énergie produite dans le pays, avec 90% venant des centrales hydrauliques suisses et 10% résultant de la valorisation des déchets régionaux. Son prix indicatif, en sus du tarif électrique de base, représente un investissement de 17 francs par année.
Areuse
A 100% neuchâteloise, cette formule de courant vert est issue des centrales hydroélectriques exploitées par Viteos dans le canton. Comme son nom l’indique, ce courant vert est essentiellement produit dans les centrales au fil de l’eau situées au bord de l’Areuse, mais également à La Serrière ou au Seyon. Son prix indicatif, en sus du tarif électrique de base, représente avec cette option 30 francs par année.
AREUSE+
Dans cette troisième formule, l’énergie livrée est également à 100% neuchâteloise. Mais le plus de ce courant vert certifié par Viteos, c’est 5% d’énergie en provenance de centrales photovoltaïques. L’autre partie, soit 95%, est issue des centrales hydroélectriques. Son prix indicatif, en sus du tarif électrique de base, représente un investissement annuel d’environ 91 francs.

 

 L’AVIS D’UN EXPERT... 

  • Marco Personeni, gestionnaire de portefeuille approvisionnement, Viteos

«Il reste encore plusieurs loi à élaborer»

Beaucoup d’éléments doivent encore être clarifiés pour mettre en œuvre la stratégie énergétique, car le travail législatif n’est pas terminé. Un des points à éclaircir concerne le futur mix énergétique du consommateur. Par exemple, devra-t-il être composé

obligatoirement d’une part d’hydraulique produite dans le pays? Avec la multiplication de mini-centrales, l’estimation du niveau des prix sur le marché de l’énergie va se complexifier. De plus, bon nombre de décisions politiques encore incertaines auront un impact. Cela pourrait fortement toucher le marché des certificats CO2 qui a déjà connu une hausse considérable suite à la diminution des quotas à disposition et l’augmentation de la demande liée à la reprise économique.

Autre point à prendre en compte, l’évolution toujours plus rapide de ce marché, à l’instar des garanties d’origines qui prospère aujourd’hui. La demande se renforce car les clients veulent savoir quelles énergies ils consomment. Si des incertitudes demeurent autour de l’application de la Stratégie énergétique 2050, une chose est sûre: les énergies seront toujours plus vertes.


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