17.09.2019, 08:00

Le maïs neuchâtelois n’est pas destiné aux assiettes, mais au fourrage

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Quelque 715 hectares de maïs sont cultivés dans le canton. Sécheresse et désherbage constituent les principaux écueils.

Partenaire Près de 11’400 tonnes de maïs fourrage sont récoltées chaque année dans le canton. Une matière hautement nutritive, qui permet de nourrir le bétail grâce aux cultures locales. Mais qu’il soit conventionnel ou biologique, le maïs reste une source de tourments pour ses producteurs.

Pas de polenta ni de pop-corn, mais du fourrage pour les animaux: c’est le destin des 715 hectares de maïs (dont 15 en bio) cultivés sur sol neuchâtelois. Représentant environ 17% de l’ensemble des cultures du canton, il a un rendement moyen de 16 tonnes par hectare, contre 10 en exploitation biologique. Une différence qui s’explique essentiellement par l’espacement des lignes de semis, plus important dans la seconde catégorie, de manière à permettre un sarclage mécanique.

A Lignières, le maïs de Sonia Steffen apporte un complément en amidon à la centaine de chèvres et à la dizaine de vaches allaitantes du domaine labellisé Bourgeon Bio suisse depuis 2012. Lassée de la gourmandise des oiseaux qui l’avalent grain par grain alors qu’il vient à peine d’être semé, l’agricultrice n’en cultive toutefois pas chaque année. Si les agriculteurs conventionnels peuvent utiliser des graines traitées au répulsif contre les corbeaux, ce n’est pas le cas de leurs confrères bio. «En l’espace d’un ou deux jours, les oiseaux peuvent parfois manger l’intégralité de notre semence, soupire Sonia Steffen. Il nous est arrivé de devoir semer trois fois la même parcelle!»

Mais le maïs constitue parfois la seule option, lorsque par exemple une autre culture fourragère doit être remplacée après avoir mal passé l’hiver. Sonia Steffen en sème 2,9 hectares sur les 33 que compte son domaine. Une fois récolté, dans le courant des prochaines semaines, il est immédiatement ensilé, c’est-à-dire haché puis stocké humide dans un silo hermétique, où il fermentera. Une opération qui permet de bloquer le développement de la flore microbienne responsable de la dégradation de la matière organique. Ce fourrage sera ensuite, soit consommé pendant l’hiver en balles rondes contenant 35% d’humidité, soit conservé plus longtemps sous forme de bouchons contenant 88% de matière sèche – évitant ainsi à l’exploitation de devoir se fournir chez un confrère bio ou d’en cultiver régulièrement.

Sarclage(s) indispensable(s)

Car la culture biologique du maïs donne du fil à retordre à Sonia Steffen. Une fois les oiseaux rassasiés, ce sont les mauvaises herbes, très concurrentielles, qu’il faut dompter. Pour favoriser l’inévitable désherbage par sarclage mécanique qui suit le semis, les graines doivent être bien alignées, en respectant une distance de 75 centimètres entre chacune d’elles, afin d’éviter que la machine ne les arrache. Un seul sarclage n’est toutefois pas toujours suffisant. Et lorsque les mauvaises herbes sont trop grandes, leurs racines sont trop bien ancrées pour être arrachées.

La solution? Les faux-semis: le terrain est préparé, puis laissé à lui-même pendant deux à trois semaines au cours desquelles les mauvaises herbes peuvent germer à leur guise, avant d’être arrachées pour laisser place à la semence de maïs. «En espérant qu’elles ne repoussent pas ensuite, mais cela ne fonctionne pas toujours.»

En agriculture conventionnelle, en revanche, le traitement autorisé des mauvaises herbes facilite le processus. «Le maïs nécessite peu de soins phytosanitaires, assure Fabian Krebs: aucun insecticide ni fongicide, seulement un désherbage». Agriculteur à Saint-Blaise, il procède à un seul traitement herbicide lorsque les plantes atteignent une dizaine de centimètres de haut. Avant cela, pour permettre une bonne germination, les graines doivent avoir été semées dans une terre bien réchauffée, entre fin avril et mi-mai, et bénéficier d’un bon apport en eau. En période de croissance, grâce à la chaleur et à l’humidité, le maïs prendra jusqu’à 20 centimètres par jour. «A part le regarder pousser, il n’y a alors plus grand-chose à faire», sourit l’agriculteur.

Gare à la pyrale

Plus grand-chose, sauf se battre contre la pyrale du maïs. Au mois de juin, quand les plantes ont atteint un mètre de haut, cet insecte pond ses œufs dans les tiges qui nourriront ses larves, empêchant le maïs de se développer correctement en le faisant rompre. «La pratique du semis simplifié, qui veut que la culture précédente ne soit pas complètement détruite, a favorisé sa prolifération: l’insecte descend dans la tige, s’enfouit dans le sol, ressort au printemps et recolonise le champ.» Pour briser ce cercle vicieux, il est nécessaire de détruire complètement les tiges et de labourer la parcelle pour enfouir les résidus après la récolte.

Face aux larves qui colonisent quand même son champ, Fabian Krebs emploie depuis plusieurs années une méthode naturelle: à deux reprises, un drone lâche sur la parcelle de petites billes biodégradables remplies d’œufs de trichogrammes, lesquels vont éclore une fois au sol. Les larves de ce petit insecte vont ensuite se loger dans les œufs des pyrales pour s’en nourrir.

Trouver des variétés plus résistantes

«La récolte de nos 13 hectares de maïs constitue l’aliment principal des 180 à 200 taureaux que nous engraissons chaque année. Nous devons assurer notre rendement, car nous souhaitons que leur alimentation soit principalement issue de nos propres cultures», explique Fabian Krebs. A l’avenir, l’agriculteur pense qu’il faudra semer des variétés plus résistantes à la sécheresse et à la chaleur. «Avec l’augmentation des températures, la date de maturité de la récolte avance de plus en plus.» L’année passée, l’agriculteur de Saint-Blaise a récolté son maïs le 28 août. «C’était exceptionnel!»

Cette année, la deuxième canicule ayant eu lieu en pleine floraison, Fabian Krebs s’attend à constater quelques dégâts lors de la récolte. «En moyenne, nous produisons 18 tonnes de matière sèche par hectare, mais nous avons déjà pu constater qu’une partie des grains n’a pas été fécondée, ce qui induira une baisse de rendement et de qualité non calculable actuellement.»

Anthea Estoppey

 

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3 questions à…

Sandra Helfenstein

Responsable communication de l’Union suisse des paysans

«Comme une choucroute de maïs»

A quoi sert le maïs dans l’alimentation du bétail?

Dans l’ensilage de maïs, la plante entière est hachée et stockée humide dans un contenant hermétique. Il en résulte une fermentation qui rend le fourrage durable (comme la choucroute). L’ensilage de maïs est un complément populaire dans l’élevage bovin.

Pour quelle raison le maïs est-il intéressant pour l’alimentation bovine?

Le maïs a une teneur en nutriments plus élevée que l’herbe. Plus des parts vertes de la plante sont utilisées, plus elles conviennent à l’alimentation des mangeurs de fourrage grossier, comme les vaches ou les moutons. Les grains et la farine de maïs – qui est la forme la plus nutritive – peuvent également être donnés aux porcs et aux volailles.

Y a-t-il une différence entre maïs bio et conventionnel au niveau nutritif?

Il y a peu de différence dans la valeur nutritive, mais quelques principes doivent être observés dans la production. En culture biologique par exemple, les graines ne doivent pas être traitées avant l’ensemencement. L’utilisation d’herbicide n’est pas possible non plus. La rotation des cultures est donc encore plus importante.


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