Le collectif, cette immense force de décision

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Echanges Approche innovante, la facilitation vise à faire émerger des solutions fondées sur l’intelligence collective. Un concept qui s’inscrit parfaitement dans le développement durable.

 15.09.2020, 09:00
La facilitation consiste à aider un groupe à s’écouter, à se parler et à créer de l’intelligence collective. En résumé, sortir du modèle où celui qui parle le plus fort s’impose.

«L’idée consiste à répondre à une problématique en sortant du cadre habituel, en cassant une hiérarchie établie pour permettre à l’intelligence collective de faire son œuvre.» Aude Boni, urbaniste auprès de l’association Ecoparc, utilise régulièrement le concept de facilitation. Milvignes Mobilise, un projet modèle soutenu par la Confédération et dans lequel Ecoparc est partenaire, s’inscrit dans cette perspective. Sur la base d’un travail de réflexion et de collaboration, un programme «ambitieux et innovant» doit émerger autour de «l’urbanisation qui favorise les courtes distances, l’activité physique et les rencontres.»

Les résultats du processus participatif influeront sur le futur plan d’aménagement local (PAL) de la commune réunissant Auvernier, Bôle et Colombier depuis 2013. La démarche ambitionne de réduire les déplacements en voiture et d’améliorer l’offre et la pratique de la mobilité douce. L’intégration et la sensibilisation de plusieurs catégories de résidents (jeunes, actifs, retraités, plagistes, commerçants, entre autres) serviront à cerner les besoins en transport public, en trottoirs, en accès au lac ou encore en livraisons à domicile.

Plus loin ensemble

Il s’agira ensuite pour le projet, qui court jusqu’en 2024, de retranscrire les fruits d’un travail fondé sur la facilitation dans les outils de l’aménagement du territoire. L’ambition consiste aussi à renforcer l’identité collective des 9000 habitants de Milvignes, avec en toile de fond l’objectif de diminuer de moitié les gaz à effet de serre en 2030. Et Aude Boni d’imager la procédure avec un proverbe africain: «Tout seul, on va vite, plus vite, ensemble, on va plus loin.»

Plus généralement, la facilitation vise à aider une collectivité publique ou une entreprise à créer les conditions propres à régler un problème et non pas à régler le problème lui-même, sachant que ces entités possèdent les experts en interne. La définition émane d’Anne-Claude Cosandey, ingénieure en environnement et facilitatrice de dynamique collaborative, fondatrice de la société Les Ateliers C, à Saint-Blaise.

«L’approche vient du monde anglo-saxon et reste encore peu connue en Suisse, explique Anne-Claude Cosandey. Elle aide un groupe à s’écouter, à se parler et à créer de l’intelligence collective.» Il s’agit d’utiliser les différents moyens d’expression, de donner de la place aux plus introvertis, en recourant par exemple à des sous-groupes pour parvenir à susciter un dialogue créatif et productif. En résumé, sortir du modèle où celui qui parle le plus fort s’impose.

Pas l’argent toujours

Pour les collectivités publiques, l’apport de la facilitation est capital. «Ce sont des compétences qui font défaut dans une commune», relève Corentin Jeanneret, conseiller municipal à Saint-Imier, en charge de l’économie et du tourisme. Ici, un acteur externe (l’association Ecoparc) s’est vu confier le soin de chercher des solutions pour créer une dynamique autour du parc technologique et espace d’implantation de La Clef (qui accueille une douzaine d’entreprises), en étant à l’écoute des besoins.

La démarche a suscité une émulation avec beaucoup de propositions sur la mobilité, l’animation d’une zone excentrée et la mutualisation des besoins de restauration. Elle permet de faire se rencontrer autorités et entreprises, des réunions auparavant inexistantes faute de temps. «Autant de solutions qui ne sont pas nécessairement une question d’argent», note Corentin Jeanneret.

«Dans nos dynamiques de travail actuel, nous avons oublié les vertus de l’échange. Mieux comprendre les problèmes des autres parties prenantes et en discuter permet de mieux définir sa propre problématique et de chercher ensemble une solution nouvelle à laquelle individuellement nous n’aurions pas pensé, souligne Aude Boni. C’est cela, la magie de l’intelligence collective!»

Eviter le groupe alibi

Un constat qui fait dire à Anne-Claude Cosandey que «plein de nouveaux modèles sont à inventer, surtout pour répondre aux enjeux actuels.» La facilitation s’appuie sur des techniques à même de faire émerger davantage d’avis, offrant un panorama plus large. Ce d’autant plus que la jeune génération souhaite plus que jamais être impliquée, se sentir concernée, comme en témoignent les actions en faveur du climat.

Lorsque les gens sont d’accord pour reconnaître le besoin d’un changement, l’intelligence collective débouche sur une solution enrichie, via un consensus et non un compromis. Le facilitateur doit toutefois se méfier du groupe de travail alibi, lorsque l’attente d’un chef est de faire passer son concept avec une consultation de façade. «A bannir», avertit Anne-Claude Cosandey, pour qui c’est une question de crédibilité.

«Deux confusions sont à éviter», poursuit la directrice des Ateliers C. Il faut d’abord distinguer le participatif du collaboratif. Dans le premier, le groupe génère des idées et une instance tierce choisit parmi elles. Dans le second, le choix final revient au groupe. La deuxième confusion est qu’un participant qui émet une idée ne peut pas s’attendre à ce qu’elle soit reprise telle quelle.

«Des confusions qui génèrent de la frustration, notamment au sein des collectivités publiques, où les structures décisionnelles sont établies», constate-t-elle. La facilitation peut impliquer de quelques individus à des milliers personnes. Elle construit une solution globale qui répond au besoin du collectif, et qui n’est pas la somme des idées individuelles.

Philippe Lebet

De multiples applications

L’intelligence collective humaine offre un large spectre d’application, bien au-delà des consultations citoyennes dans les communes. Humaine parce que la pratique s’inspire de recherches préalables initiées dès les années 1980 relativement à l’intelligence collective animale, en lien avec l’organisation spécifique des fourmis et des abeilles.

La méthode peut ainsi servir à animer un jury d’architecture devant choisir un lauréat dans un concours, à définir des partenariats entre entreprises et hautes écoles, à revisiter le recrutement de personnel, à appréhender l’absentéisme ou à faire émerger un plan favorisant la biodiversité. «Des problèmes hyperconcrets et variés, des questions très opérationnelles pour construire un dialogue et une solution appropriables», relève Anne-Claude Cosandey, directrice des Ateliers C.


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