02.12.2017, 00:01

Du souffle et du talent à revendre

Abonnés
chargement
Du souffle et du talent à revendre

 02.12.2017, 00:01 Du souffle et du talent à revendre

Le coup de tonnerre qui a retenti jeudi soir dans le ciel musical neuchâtelois ternit un peu la fête de Rozalia Agadjanian. La flûte solo de l’Ensemble symphonique Neuchâtel (ESN), vedette du concert de dimanche à Cernier, n’enseigne pas à la Haute Ecole de Musique menacée de fermeture. Mais nombre de ses collègues, oui (lire page 3).

Raison de...

Le coup de tonnerre qui a retenti jeudi soir dans le ciel musical neuchâtelois ternit un peu la fête de Rozalia Agadjanian. La flûte solo de l’Ensemble symphonique Neuchâtel (ESN), vedette du concert de dimanche à Cernier, n’enseigne pas à la Haute Ecole de Musique menacée de fermeture. Mais nombre de ses collègues, oui (lire page 3).

Raison de plus pour serrer les rangs au sein de l’orchestre du canton. Raison de plus pour donner la pleine mesure du talent de chacun.

Et du talent, Rozalia Agadjanian en irradie. Belle, chaleureuse, pleine d’humour, la trentenaire surdouée traverse la vie comme un concerto de flûte, aérienne, joyeuse, confiante en l’humain.

La beauté de l’âme

Belle? «L’essentiel est la beauté de l’âme!», glisse-t-elle. Et on la croit tant il y a de soleils dans sa voix.

Quant au talent, la musicienne, qui depuis son plus jeune âge épate tout le monde par sa virtuosité, est persuadée qu’avec du travail et de la passion, «tout le monde peut arriver à un résultat», en musique ou ailleurs. Et on la croit, presque.

Question travail, Rozalia Agadjanian a été à bonne école, astreinte dès l’âge de 6 ans aux exigences d’un conservatoire moscovite.

De l’Azerbaïdjan à la Suisse

D’origine arménienne, elle et sa famille ont dû fuir l’Azerbaïdjan en 1988 au plus chaud du conflit arméno-turc. Ses grands-parents, oncles, tantes sont partis pour l’Arménie, mais sa mère, cantatrice, rêvait d’horizons plus vastes. Ce sera la Russie et, huit ans plus tard, la Suisse, en particulier le Valais, où Anaïda Agadjanian s’investit comme pédagogue, concertiste, crée un groupe de jazz... «Ma mère est extraordinaire, il fallait une sacrée force pour partir en Suisse seule avec deux enfants de 14 et 17 ans et faire sa vie ici.»

Rozalia est pleine de gratitude pour cette mère qui l’obligeait «même toute petite à pratiquer son instrument tous les jours».

Et quand la fillette veut passer du piano à la flûte pour faire comme son grand frère, sa mère lui demande d’attendre un peu «pour être sûre que ce ne soit pas un caprice». Eh non, ça n’en était pas un. Du piccolo de ses 9 ans à la flûte traversière en or d’aujourd’hui, elle joue toujours avec «un infini plaisir. On n’en finit pas d’explorer des sensations nouvelles. Ma flûte et moi, on va bien ensemble!»

Sa flûte enchantée

Baignée dans un univers musical depuis toujours, jamais elle ne s’est prise pour une enfant prodige: «Je sentais bien que j’avais une certaine facilité. Mais avec une mère chanteuse, j’avais forcément un bagage musical que les autres n’avaient pas.»

Il n’empêche qu’à son arrivée en Suisse, son premier professeur, Jörg Lingenberg, une référence dans le métier, est littéralement ébloui par «l’incroyable niveau» de cette gamine de 14 ans. Sous sa houlette, elle remporte le deuxième prix du concours de Lugano.

Une vie bien remplie

A l’heure de poursuivre ses études, «par peur d’échouer», elle s’inscrit aux examens d’admission de trois hautes écoles, Berne, Lausanne, Genève. Elle réussit les trois, décroche des diplômes d’enseignement avec mention, de concertiste, musicienne d’orchestre et, dans la foulée, un certificat de direction de chorale. Car la belle dirige aussi le chœur mixte La Batelière de Buchillon, près de Morges.

Sa vie ressemble à un exercice de jonglage entre l’ensemble Tétraflûtes, le quatuor Murali, le trio Andant’ELLES, le quintette Aster...

Et l’ESN où elle est flûte solo depuis 2014? «Ça s’est goupillé en vitesse.» Attirée par Neuchâtel, «pas très loin de Lausanne» où elle habite, elle s’est inscrite à l’audition «pour tester» son niveau. Et depuis, ce n’est «que du bonheur».

Un air de salsa

S’il n’y avait pas eu la musique? «J’aurais choisi un métier dans les contacts humains.» Elle parle six langues au minimum, dont un français délicieusement musical, danse la salsa entre deux répétitions et envisage de prendre des cours de théâtre.

De l’Azerbaïdjan en guerre à la paisible Suisse, l’Arménienne de 33 ans a vécu ses déracinements comme un perpétuel enrichissement. «L’Arménie est en moi. Où que j’aille, le lien restera, ce n’est pas une question de distance physique.» Et puis, il y a la flûte. «La musique nous porte et nous permet de partager avec l’autre.»

Sur le point de repartir à sa répétition, elle revient sur la fermeture annoncée de la Haute Ecole de musique et à ses collègues menacés dans leur emploi: «Il ne faut pas baisser les bras, ne pas perdre l’énergie qui donne la clé quand les portes se ferment. La musique sert aussi à cela.»

Cernier/Evologia, Grange aux concerts, dimanche 3 décembre à 17h. Rencontre avec la soliste Rozalia Agadjanjan et le chef Alexander Mayer à l’issue du concert. Infos: http://esn-ne.ch/

Voyage romantique avec Reinecke et Schumann

C’est devenu une tradition. Chaque saison, l’Ensemble symphonique Neuchâtel (ESN) met en lumière un de ses musiciens les plus brillants: Rozalia Agadjanian sera ainsi sur le devant de la scène dimanche à la Grange aux concerts avec le Concerto pour flûte en ré majeur op. 283 de Carl Reinecke. Rozalia Agadjanian se fait une fête de ce concerto qu’elle adore: «Ce sera un plaisir de le jouer avec l’orchestre de Neuchâtel, entourée des amis collègues».

Emmené par le chef Alexander Mayer, le programme se poursuivra dans le registre du romantisme allemand avec une autre pièce du trop peu joué Reinecke: «Ein Feste Burg» op. 191» célébrant au passage les 500 ans de la Réforme. Sans oublier l’impressionnante Symphonie No3 de Schumann, la Rhénane, également au programme.


Vous avez lu gratuitement
une partie de l'article.

Pour lire la suite :

Profitez de notre offre numérique dès Fr 2.- le 1er mois
et bénéficiez d'un accès complet à tous nos contenus

Je profite de l'offre !
Top