14.12.2017, 00:01

Davantage de chicanes pour l’Uni

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En Suisse, plus de 90000 personnes, étudiants et enseignants confondus, ont participé à Erasmus en 30 ans.

 14.12.2017, 00:01 Davantage de chicanes pour l’Uni

ERASMUS Ejectée en 2014, la Suisse en subit les conséquences. Retour en 2021?

Erasmus, le programme d’échanges étudiants des hautes écoles, fête ses 30 ans d’existence. La Suisse l’a intégré lors de la rentrée 1992. Depuis, 90 000 étudiants et professeurs confondus ont participé à Erasmus en Suisse.

La douce Helvétie a néanmoins été éjectée du programme au lendemain du oui des citoyens suisses à l’initiative sur l’immigration, le 9 février 2014. La mobilité des étudiants en a-t-elle souffert? L’Université de Neuchâtel et la HE-Arc exposent leur situation.

«En un jour, nous avons appris que...

Erasmus, le programme d’échanges étudiants des hautes écoles, fête ses 30 ans d’existence. La Suisse l’a intégré lors de la rentrée 1992. Depuis, 90 000 étudiants et professeurs confondus ont participé à Erasmus en Suisse.

La douce Helvétie a néanmoins été éjectée du programme au lendemain du oui des citoyens suisses à l’initiative sur l’immigration, le 9 février 2014. La mobilité des étudiants en a-t-elle souffert? L’Université de Neuchâtel et la HE-Arc exposent leur situation.

«En un jour, nous avons appris que nous n’étions plus membres d’Erasmus. Le 10 février 2014, nous nous demandions ce que nous allions faire pour nos étudiants», se souvient Marie-France Farine, responsable du bureau de mobilité de l’Université de Neuchâtel. «Le Conseil fédéral et le secrétariat d’Etat à la recherche, à la formation et à l’innovation nous ont assez vite dit que nous pouvions retourner à la situation ancienne.»

Berne finance tous les étudiants

En clair, la Suisse a aujourd’hui un statut d’Etat tiers au travers du Semp, le programme de mobilité Suisse-Europe. «Berne finance nos étudiants et nos professeurs qui partent à l’étranger. Mais, particularité suisse, elle finance aussi ceux qui viennent», relève Marie-France Farine. Le travail administratif est assumé par les hautes écoles. «C’est beaucoup de paperasse et de chicanes.» Pour les étudiants aussi. Certaines fois, on leur demande des documents qui ne sont généralement pas réclamés dans le cadre d’échanges. «Nous les aidons. C’est du travail en plus. Nous aimerions mieux les encadrer, faire de l’info en interne.» Cette situation va perdurer jusqu’en 2020 au moins.

50 à 60 étudiants de Neuchâtel concernés

Aujourd’hui, en moyenne, 50 à 60 étudiants vont suivre un semestre à l’étranger depuis l’université et autant viennent à Neuchâtel. «Nos étudiants sont sages. L’Allemagne reste la destination principale. Ils s’orientent aussi vers la Belgique flamande et la France, bien sûr. Ça se répartit équitablement.»

L’Europe reste moins coûteuse

L’Université envoie aussi des étudiants hors Europe, en Australie et aux Etats-Unis. «L’Amérique du Sud se développe bien, l’Argentine, la Colombie, le Mexique et le Chili aussi», se réjouit Marie-France Farine. Il y a également une ouverture sur la Russie. «L’Europe reste moins coûteuse.» Et l’Asie? «Nous avons quelques partenariats avec Taïwan. C’est plus lent. La Chine est encore assez hermétique.»

Désistements plus nombreux

L’Université a aussi constaté que le taux de désistement des étudiants étrangers venant à Neuchâtel a légèrement augmenté depuis 2014. Une quinzaine de désistements sont enregistrés chaque semestre. «Nous nous demandons si ces candidats attendent de voir s’ils ont une offre de destination européenne avant de se décider», s’interroge Marie-France Farine. «Nous traitons ces dossiers jusqu’au bout. C’est encore un travail supplémentaire.»

Réintégration souhaitée en 2021

La Suisse pourrait réintégrer Erasmus en 2021 (voir ci-dessous). Le National et les Etats ont enjoint le Conseil fédéral à renégocier une pleine adhésion au programme d’échanges. Une évidence, du côté de l’Université de Neuchâtel. «Nous ne pouvons pas continuer comme ça. Nous restons en marge. Nous avons perdu cinq à six ans, nous ne sommes plus visibles. Nous avons disparu des statistiques. C’est dommage. Erasmus, c’est aussi un tremplin vers la recherche», dit la responsable de la mobilité.

200 partenariats à renégocier

Dans le cadre du programme Suisse-Europe, l’Université de Neuchâtel a dû renégocier des partenariats avec plus de 200 établissements. «Nous avons perdu Cambridge», relève Marie-France Farine. La prestigieuse université anglaise s’est servie du prétexte Erasmus pour laisser tomber Neuchâtel. «Certaines institutions françaises et espagnoles ont aussi refusé de conclure des partenariats avec nous. Mais, après quatre ans, elles reviennent grâce aux professeurs qui se sont investis avec ces partenaires», se réjouit la responsable de la mobilité.

L’inconnue totale face au Brexit

Reste la dernière inconnue: quelle sera la situation du Royaume-Uni, une fois le Brexit entériné? «Nous ne savons pas comment il négociera sa sortie des programmes de recherche et de formation. Nous n’avons pas d’informations. C’est une destination que nos étudiants aiment beaucoup. Ils sont souvent frustrés en cas de refus», conclut Marie-France Farine.

parlementaires neuchâtelois presque unanimes

Le Conseil fédéral doit négocier la réintégration de la Suisse au programme Erasmus en 2021. Le Conseil national l’a décidé en novembre. Il a suivi le Conseil des Etats, dont la commission des sciences de l’éducation et de la culture est à l’origine de la démarche. Celle-ci a été soutenue par cinq des six parlementaires neuchâtelois. Seul Raymond Clottu (indépendant, membre du groupe UDC) s’y est opposé.

Pour le conseiller aux Etats socialiste Didier Berberat, Bruxelles devrait accepter le retour de la Suisse au sein du programme d’échanges étudiants si elle s’acquitte du montant prévu. «Nous souhaitons montrer à l’Union européenne qu’il y a, de la part du Parlement suisse, une volonté de trouver une solution. Si cette solution rend le ticket d’entrée beaucoup trop cher ou discriminatoire, nous en discuterons et ferons une pesée des intérêts.»

«Jusqu’en 2014, les étudiants suisses possédaient un abonnement général pour les échanges européens. Désormais, nous faisons la queue aux guichets et devons négocier chaque billet un par un», déplore Jacques-André Maire, conseiller national socialiste. «La solution transitoire coûte moins cher, mais elle fait du tort à nos hautes écoles, marginalise notre formation professionnelle et n’offre aucune stabilité à long terme.»


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