10.12.2019, 06:00

Bientôt cinq installations de biogaz agricole dans le canton?

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Photo-montage de la future usine de biogaz à Lignières. L’installation traitera le purin et le fumier d’une dizaine d’agriculteurs de la région, soit 17’600 tonnes de substrat par année.

Agriculture Le fumier ne sent pas toujours mauvais! Méthanisé dans deux usines de biogaz agricoles du canton, il permet d’alimenter en chaleur et en électricité de nombreux ménages. Trois nouvelles installations sont prévues, mais deux font face à des oppositions.

Gare aux émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture! Dans le canton de Neuchâtel, les projets d’installation de méthanisation de lisier et fumiers se multiplient. Après Fleurier et Cernier en 2012, La Chaux-de-Fonds, Colombier et Lignières devraient chacune en accueillir une au cours des prochaines années. «Si l’on part de l’hypothèse que les productions de chaleur et de biogaz directement injectées des installations existantes et projetées vont remplacer des consommations de mazout, l’économie annuelle serait de 4 611 tonnes d’équivalent CO2, ce qui représente environ 0,6% des émissions totales du canton», estime Yves Lehmann, chef du Service de l’énergie et de l’environnement du canton de Neuchâtel (SENE). 

Une à deux tonnes de CO2 par vache

Selon l’Union suisse des paysans (USP), «l’agriculture suisse participe à 13% aux émissions des gaz à effet de serre du pays. Ce taux se compose à 45% du méthane issu de la garde d’animaux de rente, et à un tiers du protoxyde d’azote émanant des terres agricoles et du stockage des engrais de ferme.» Gérant d’Agri Bio Val, première usine de biogaz agricole du canton de Neuchâtel, Simon Eschler précise que «ce ne sont pas les bovins eux-mêmes qui produisent ces émissions, mais leurs déjections qui, en se décomposant, rejettent dans l’atmosphère du méthane, un gaz en tout cas 21 fois plus nocif que le CO2.» Chaque année, une vache produit ainsi l’équivalent d’une à deux tonnes de gaz carbonique. «Une usine de biogaz permet d’en méthaniser entre 0,7 et 0,9 tonne par tête de bétail, le reste étant perdu par évaporation lors des déjections à l’extérieur, par exemple.»

Mais au fait, à quoi sert le biogaz agricole? Dans le canton de Neuchâtel, les deux installations existantes produisent chacune de l’électricité et du chauffage, en plus d’engrais (lire encadré). A Lignières, le projet de Jean-Luc Bonjour et Aurèle Chiffelle devrait fournir en électricité environ 500 ménages. L’installation traitera le purin et le fumier d’une dizaine d’agriculteurs de la région, soit 17’600 tonnes de substrat par année. «Après cinq ans d’élaboration du projet, la construction des trois cuves formant le digesteur devrait commencer au printemps prochain, pour une mise en route début 2021», espère Jean-Luc Bonjour. Coût de l’investissement: plus de 6 millions de francs répartis entre les deux agriculteurs (60%) et la société Groupe E Greenwatt (40%). 

Quelques embûches

Mais Groupe E vient d’apprendre que l’Office fédéral de la justice, sur mandat de l’Office fédéral de l’agriculture, a recouru contre la décision de la Commission foncière agricole du 18 septembre 2019 approuvant la création d’un droit de superficie distinct et permanent (DDP) aux porteurs de projet. «Nous sommes surpris de cette décision, ayant à maintes reprises développé des projets économiquement viables sur ce modèle d’affaires. La suite à donner à cette décision est en discussion à l’interne», réagit Isabelle Carrel, porte-parole de Groupe E. 

A La Chaux-de-Fonds, un projet de valorisation des engrais de ferme des exploitations agricoles de la région est en discussion entre une délégation d’agriculteurs, la Chambre neuchâteloise d’agriculture et de viticulture (CNAV) et Viteos. Son objectif sera, lui, d’alimenter en chauffage 1100 ménages. «La branche gazière suisse s’est engagée à augmenter la part du biogaz pour la production de chaleur à hauteur de 30% d’ici à 2030 afin de diminuer la quantité importée de gaz naturel issu d’énergie fossile. Dans un futur proche, notre entreprise espère pouvoir fournir quelque 13,5 GWh de biogaz local par an, dont 11 produits à La Chaux-de-Fonds. Mais certains éléments techniques et financiers doivent encore être éclaircis avant de pouvoir créer la société», précise Claire-Lise Clément, secrétaire générale de Viteos. Depuis le début de l’année, l’entreprise fournit 2,5 GWh grâce à un processus de purification du biogaz produit par les boues de la station d’épuration des eaux usées de La Saunerie, à Colombier.

A Colombier également, les oppositions contre le permis de construire pour une installation de biogaz de quatre agriculteurs et Groupe E Greenwatt comme actionnaires, ainsi que Vadec comme partenaire, ont été levées par le Département du développement territorial et de l’environnement (DDTE) et la commune en 2018. Actuellement, les porteurs du projet attendent toutefois l’issue d’une instruction juridique en raison d’un recours des opposants. Objectifs du projet: alimenter 380 ménages en électricité et introduire l’équivalent de 138’000 litres de mazout dans le réseau de Chauffage à distance de Basse-Areuse SA. «Il est prévu ici de traiter 14’775 tonnes de substrats agricoles et plus de 3000 tonnes de déchets verts», précise Simon Eschler, mandaté pour coordonner le projet. 

Conseil énergétique pour l’agriculture

Bien que le canton de Neuchâtel n’attribue actuellement aucun encouragement financier au développement d’installation de biogaz agricole, le Service de l’énergie et de l’environnement (SENE) salue les projets en cours. «Ils contribueront au développement des énergies renouvelables dans le canton en réduisant les émissions de CO2 et s’inscrivent pleinement dans le sens de notre projet de nouvelle loi sur l’énergie», se réjouit son chef Yves Lehmann. Début 2020, un programme du Conseil énergétique pour l’agriculture romande, AgriPEIK, sera lancé. La CNAV ainsi que le SENE accompagnent la mise en place du projet dans le canton. «Les deux objectifs principaux sont la réduction de la consommation d’énergie de 20% et la baisse de la facture énergétique de 10% chez l’agriculteur qui profite d’un conseil d’orientation. Des réductions des émissions de CO2 et une augmentation de la production d’énergies renouvelables sont aussi attendues.»

Anthea Estoppey

 

Le biogaz agricole, késako?

Le biogaz agricole est issu de la méthanisation de fumier, lisier et autres produits organiques. Appelées intrants, ces matières sont broyées et digérées par des bactéries dans des cuves étanches privées d’oxygène afin d’en extraire du méthane et du CO2. «Ce mélange s’accumule dans une cuve de stockage de gaz, puis il est acheminé vers une installation de couplage chaleur-force, où il est brûlé tout en produisant de l’électricité et de la chaleur», explique Ökostrom Schweiz, l’association des exploitants d’installations de biogaz agricole en Suisse. 

Une autre méthode de purification consiste à séparer le méthane et le CO2. «Le bio-méthane ainsi obtenu est ensuite injecté dans le réseau de gaz et peut être utilisé pour la mobilité (voiture à gaz), pour les besoins de processus industriels, pour produire de la chaleur ou même combiner la production de chaleur et d'électricité», précise Anne-Lise Clément, secrétaire générale de Viteos. 

Pour les agriculteurs partenaires des installations de biogaz, les bénéfices sont nombreux, selon Jean-Luc Bonjour, porteur du futur projet à Lignières. «D’une part, l’agriculteur n’a plus à se soucier de stocker son purin. D’autre part, en plus de chaleur et d’électricité, la fermentation des intrants produit un purin amélioré et plus riche, appelé digestat, qui est presque inodore et ne présente aucun germe pathogène grâce à sa fermentation à haute température. Le paysan peut ainsi diminuer ses achats d’engrais chimiques.»

Ce «purin amélioré» présente un inconvénient technique, précise Simon Eschler, gérant d’Agri Bio Val: «Le digestat se présentant en grande partie sous forme ammoniacale, il est préférable qu’il soit épandu directement au sol et non projeté en l’air afin d’éviter l’évaporation de l’azote, ce qui peut représenter un surcoût d’exploitation. En ce qui concerne les eaux souterraines, il s’agit toutefois d’une plus-value, car l’azote sous cette forme n’est pas lessivable, donc sera stockée dans le sol et participera à la croissance des plantes.»


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