13.01.2018, 00:01

Un petit pas vers la grande coalition

Abonnés
chargement
Horst Seehofer (à gauche, CSU), Angela Merkel (CDU) et Martin Schulz (SPD) ont présenté, hier, un accord de principe entre leurs trois partis.  Ce texte détaille ce à quoi pourrait ressembler le programme d’une nouvelle «grande coalition».

 13.01.2018, 00:01 Un petit pas vers la grande coalition

Par THOMAS SCHNEE

La machinerie politique allemande s’est remise en marche. Après cinq jours d’une concertation intense, couronnée par une séance marathon de 24 heures, les trois chefs de partis Angela Merkel (CDU) et Horst Seehofer (CSU) pour les conservateurs, et Martin Schulz pour les sociaux-démocrates, ont présenté, hier matin, un...

La machinerie politique allemande s’est remise en marche. Après cinq jours d’une concertation intense, couronnée par une séance marathon de 24 heures, les trois chefs de partis Angela Merkel (CDU) et Horst Seehofer (CSU) pour les conservateurs, et Martin Schulz pour les sociaux-démocrates, ont présenté, hier matin, un accord de principe qui détaille assez précisément ce à quoi pourrait ressembler le programme d’une nouvelle «grande coalition». Pour Martin Schulz, qui a ouvert la conférence de presse, le projet est avant tout marqué par une idée centrale: la volonté absolue d’approfondir et de renforcer l’Union européenne, en coopération étroite avec la France.

Sur ce point, il est clair que la rhétorique et les propositions d’Emmanuel Macron, largement relayées outre-Rhin par le SPD, ont fait mouche. L’autre grande priorité est de mener de front la «rénovation du pays» et le «renforcement de la cohésion sociale» au sein de la société allemande. Entre autres, par le lancement de grands pactes pour l’éducation, la justice ou la sécurité.

Qui s’est imposé?

De son côté, Angela Merkel a estimé que les citoyens veulent tout simplement «un pays qui fonctionne». Pour cela, des investissements importants sont prévus dans les transports, l’énergie, les infrastructures ou encore l’éducation. «Nous devons aussi décider plus vite», a-t-elle ajouté. Sur les 45 milliards d’euros de dépenses prévues, les écoles, l’université et la recherche recevront six milliards, pendant que les maternelles et la lutte contre la pauvreté enfantine (augmentation des allocations familiales) se verront dotées de douze milliards d’euros.

«Nous allons aussi faire construire 1,5 million de logements d’ici à 2022», a détaillé la chancelière. A cela s’ajoutent plusieurs milliards d’investissements pour les infrastructures de transport et le développement d’un réseau national d’internet à haut débit. Egalement au programme: l’embauche rapide de 15 000 policiers et de 8000 aides-soignants.

Qui, de la gauche ou la droite, a réussi à s’imposer sur les sujets qui fâchent? C’est difficile à dire. Le SPD l’a emporté sur les retraites, puisqu’une retraite minimum universelle va être créée et que le niveau des pensions sera stabilisé à 48% et non réduit comme le voulait la CDU. De son côté, la CDU est parvenue à bloquer la création d’une assurance-citoyenne impliquant la disparition des assurances privées, ainsi que l’augmentation du taux plafond de l’impôt, deux mesures voulues par les sociaux-démocrates.

Enfin, sur la question des réfugiés et de l’immigration, la CSU a réussi à imposer sa ligne dure avec un regroupement familial limité à 12 000 personnes par an, ainsi qu’un accueil maximal de 180 000 à 220 000 réfugiés par an.

Accord de principe

Au bout du compte, on peut considérer que l’accord de principe présenté tient étonnamment bien compte des «lignes rouges» et des «projets fétiches» de chaque parti. Mais il reste un compromis. A droite, Angela Merkel et Horst Seehofer ont fait comprendre que, en dépit de quelques consultations internes, on pourrait compter sur un feu vert de leur part, pour lancer les négociations officielles pour un vrai programme de gouvernement. A gauche, la direction du SPD veut aussi négocier.

Mais pour cela, Martin Schulz devra obtenir l’accord des délégués de son parti lors du congrès extraordinaire qui se tiendra le 21 janvier prochain à Bonn. Et au-delà, le programme de gouvernement qui sortira de ces négociations devra être soumis au vote des 430 000 membres du SPD. En clair, cet accord n’est qu’un pas de plus vers un nouveau gouvernement qui, s’il vient, ne sera pas en place avant mars prochain.

Un compromis défendable

On attendait un texte de dix pages. Celui qui a été présenté hier en a 28. «Ce n’est pas un papier superficiel», a prévenu d’emblée Angela Merkel. «Nous sommes capables de nous concerter», a renchéri le Bavarois Horst Seehofer, faisant référence à l’immobilisme politique qui a frappé l’Allemagne depuis l’échec des consultations manquées avec les libéraux et les écologistes.

La taille et le contenu détaillé de l’accord montrent deux choses. Contrairement aux négociations précédentes, les partenaires actuels se connaissent bien. Et leur détermination à travailler ensemble pour éviter de nouvelles élections hasardeuses pour l’Europe et pour l’Allemagne est élevée.

Mais il va en falloir plus pour convaincre les adhérents du SPD, toujours très irrités par leur mauvais score électoral de septembre dernier et par la fâcheuse tendance d’Angela Merkel à s’arroger leurs idées. «Le problème de M. Schulz, c’est que contrairement à 2013, quand Sigmar Gabriel avait obtenu la prise en compte du salaire minimum et de la retraite à 63 ans, il ne ramène pas de gros poissons», fait remarquer Andreas Petzold, directeur du magazine «Stern», connu pour sa grande proximité avec le SPD. Sur les réfugiés, c’est effectivement la ligne bavaroise qui s’impose. Le grand projet d’assurance-citoyenne pour tous, manque à l’appel. Enfin, les plus riches ne paieront pas davantage d’impôts.

«Dans le même temps, il n’y a pas rien.», analyse-t-il: «Le texte est détaillé et concret. On y trouve des propositions solides et de nombreuses idées du SPD. Sur l’approfondissement de l’Europe et la mise en place de standards sociaux communs. Sur la création d’une retraite minimum, l’augmentation des effectifs de la police et du personnel soignant, entre autres», énumère-t-il. Côté monde du travail, il est aussi question de baisser les cotisations chômage et maladie, ou encore de flexibiliser les allers-retours entre temps partiel et plein-temps pour mieux concilier vie privée et vie professionnelle. Enfin, les investissements dans l’éducation promettent d’être massifs et durables. Même le ralentissement probable de l’abandon du charbon et la volonté de ne pas tordre le cou trop rapidement aux voitures diesel ne sont pas contre-productifs sur le plan stratégique. Le premier plaît au syndicat de l’énergie et aux régions productrices de lignite, fortement attachées au SPD.

Quant à la seconde, elle satisfait des milliers de propriétaires de diesel tout en soignant le puissant lobby social-démocrate qu’est le syndicat IG Metall. Martin Schulz a donc un gros travail de persuasion devant lui. Mais l’obstacle semble franchissable.

ALLEMAGNE

Les partis au pouvoir ont présenté, hier, un accord qui doit permettre la formation d’un nouveau gouvernement. Si les adhérents du SPD donnent leur feu vert...


Vous avez lu gratuitement
une partie de l'article.

Pour lire la suite :

Profitez de notre offre numérique dès Fr 2.- le 1er mois
et bénéficiez d'un accès complet à tous nos contenus

Je profite de l'offre !
Top