08.12.2017, 00:01

Trump déclenche une onde de choc

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 08.12.2017, 00:01 Trump déclenche une onde de choc

Par ALAIN BARLUET

Donald Trump a fait – une nouvelle fois – une quasi-unanimité contre lui en annonçant, mercredi soir, sa décision de reconnaître Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël. Cette initiative a même déclenché une levée de boucliers en Cisjordanie et à Gaza. Des heurts entre l’armée israélienne et des manifestants palestiniens ont éclaté, le Hamas appelant à une nouvelle intifada....

Donald Trump a fait – une nouvelle fois – une quasi-unanimité contre lui en annonçant, mercredi soir, sa décision de reconnaître Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël. Cette initiative a même déclenché une levée de boucliers en Cisjordanie et à Gaza. Des heurts entre l’armée israélienne et des manifestants palestiniens ont éclaté, le Hamas appelant à une nouvelle intifada. Dans la communauté internationale, les réactions ont témoigné d’une très large réprobation teintée d’inquiétude face aux conséquences potentiellement explosives de l’annonce du président américain.

Pour la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, le risque est un «retour à des temps encore plus sombres que ceux que nous vivons aujourd’hui». La Russie, qui entretient avec Israël des relations diplomatiques actives, s’est dite «très inquiète». Ce même écho négatif a été propagé par nombre de capitales européennes: une décision «regrettable», selon Emmanuel Macron, tandis qu’Angela Merkel faisait savoir, avec un tweet de son porte-parole, que l’Allemagne «ne soutient pas la position» du président américain. La Britannique Theresa May a témoigné de la dégradation de la «relation spéciale» du Royaume-Uni avec Washington, en déclarant tout net ne pas «être d’accord avec la décision américaine». Pour le Canada, le premier ministre Justin Trudeau, en visite en Chine, a affirmé que son pays ne déménagerait pas son ambassade à Jérusalem et la maintiendrait à Tel-Aviv, marquant ainsi clairement son désaccord avec Donald Trump. L’ONU a rappelé son hostilité à «toute mesure unilatérale». Car l’initiative solitaire de Donald Trump a pris de biais une communauté internationale ayant toujours refusé de reconnaître en Jérusalem la capitale de l’État hébreu. «Il n’y a pas d’alternative à la solution de deux États», avec «Jérusalem comme capitale d’Israël et de la Palestine», a déclaré le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.

«Un cercle de feu»

Significativement, cette vague de réactions critiques a atteint le monde musulman. Traduisant l’embarras des alliés arabes de Washington, l’Arabie saoudite a exprimé ses «profonds regrets», via un communiqué officiel, rappelant que Riyad «a déjà mis en garde contre les graves conséquences que peut avoir cette décision injustifiée et irresponsable». L’Arabie saoudite, principal partenaire des États-Unis dans le Golfe, dit espérer «voir l’Administration américaine revenir sur cette décision» qui «va à l’encontre des droits historiques des Palestiniens à Jérusalem (...) et va compliquer le conflit entre Israël et les Palestiniens».

Selon le président turc, Recep Tayyip Erdogan, dont le pays est membre de l’Otan, la décision américaine inscrit la région dans «un cercle de feu». «Ô Trump, que fais-tu? Quelle est cette approche? Les responsables politiques doivent œuvrer pour la réconciliation et non pas pour le chaos», a dit le chef d’État turc avec force effets oratoires. L’effervescence est sensible dans le monde musulman où des rassemblements ont eu lieu dans plusieurs pays, du Pakistan à la Turquie en passant par la Jordanie et la Tunisie. De nombreux appels à manifester ont été lancés pour les prochains jours, par exemple en Algérie. À Amman, plusieurs centaines de manifestants ont scandé «Mort à Israël» et brûlé des portraits de Donald Trump.

Des vagues jusqu’en Chine

Au premier rang des détracteurs des États-Unis et d’Israël au Moyen-Orient, l’Iran a prédit une «nouvelle intifada». Le ministère iranien des Affaires étrangères a dénoncé une «provocation et une décision insensée de la part des États-Unis (...) qui va provoquer une nouvelle Intifada et pousser à des comportements plus radicaux et à davantage de colère et de violence». Les répercussions de l’annonce américaine ont été sensibles jusqu’en Chine où la préoccupation était palpable hier, conduisant le gouvernement à rappeler ses «tables de la loi» diplomatiques. Le statut de Jérusalem est une question «compliquée et sensible», qui doit être résolue «par le dialogue», a estimé le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Geng Shuang.

Ce dernier a rappelé que Pékin «soutient fermement le processus de paix au Proche-Orient» ainsi que les résolutions des Nations unies s’y rapportant, «y compris le statut de Jérusalem» et «un État indépendant de Palestine». L’Afrique n’a pas été en reste. Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l’Union africaine, a souligné, dans un communiqué, que celle-ci «regrette cette décision qui ne fera qu’accroître les tensions dans la région et au-delà et compliquer davantage la recherche d’une solution au conflit israélo-palestinien». Le FIgaro

«Une nouvelle intifada face à l’ennemi sioniste»

Ses mots, prononcés hier matin lors d’une conférence de presse, ont suffi à électriser les esprits. «Nous devons préparer une nouvelle intifada face à l’ennemi sioniste», a lancé Ismaël Haniyeh, chef du bureau politique du Hamas, depuis la bande de Gaza. L’appel a aussitôt réveillé les souvenirs euphoriques du soulèvement palestinien déclenché en 1987, qui conduisit à la reconnaissance de l’OLP par Israël, et déboucha sur le processus de paix d’Oslo.

Mais aussi celui, plus sombre, de la deuxième intifada, au début de laquelle les factions palestiniennes optèrent pour la lutte Armée et les attentats suicides auxquels l’État hébreu répliqua par une lutte sans merci.

«Après vingt-cinq années de négociations pacifiques qui n’ont abouti à rien sinon à toujours plus de colonies et de check points, l’heure est venue pour les Palestiniens de passer à une autre étape de leur lutte», indique au Figaro Ghazi Hamad, haut responsable du Hamas qui occupa un temps le poste de vice-ministre des Affaires étrangères dans l’enclave côtière.

L’appel au soulèvement, spectaculaire, doit cependant être envisagé avec circonspection. Tout d’abord parce que le Hamas, s’il appelle régulièrement à renouer avec l’intifada, a vu ses moyens réduits au fil des opérations menées en Cisjordanie par l’armée israélienne, comme par les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne. Mais aussi parce que les dirigeants islamistes se montrent pour l’heure évasifs sur les moyens qu’ils comptent employer.

Songent-ils à renouer avec les attentats suicides? Ou à employer les quelques milliers de roquettes dont il dispose pour frapper le territoire israélien, après les avoir provisoirement remisées dans le cadre du cessez-le-feu scellé après la guerre de l’été 2014? «Toutes les options sont ouvertes, mais la décision devra être coordonnée avec l’ensemble des factions palestiniennes», évacue Ghazi Hamad. «Il est important que le Hamas, comme le Fatah, cesse de travailler seul.»

Ce plaidoyer fait écho au processus de réconciliation engagé le 17 septembre dernier, après dix années d’une division mortifère, par les deux frères ennemis du nationalisme palestinien.

Mais les dirigeants islamistes semblent vouloir profiter du camouflet infligé par Donald Trump à Mahmoud Abbas pour contraindre l’ensemble des factions à durcir le ton. «La décision des États-Unis constitue le dernier clou dans le cercueil du processus de paix», tranche Ghazi Hamad, dont le mouvement a toujours rejeté la recherche d’une solution négociée. «Jérusalem étant l’un des principaux enjeux des discussions sur le statut final, cela n’a désormais plus aucun sens de parler de solution des deux États», poursuit-il. «C’est pourquoi nous attendons maintenant que le président Abbas prenne des mesures drastiques. Il doit dire à son peuple que le processus d’Oslo est mort et cesser de courir après des mensonges et des chimères.» Furieux contre Donald Trump, le dirigeant islamiste estime que «les États-Unis ont commis une erreur fatale et n’ont désormais plus aucune légitimité pour jouer le rôle de médiateur ou parrainer un accord de paix».

Il nous reste de nombreuses cartes en main pour mettre fin à l’arrogance d’Israël», estime-t-il cependant. Nous sommes aujourd’hui entre 5 et 6 millions de Palestiniens entre Gaza, Jérusalem, la Cisjordanie et les territoires occupés en 1948. C’est plus qu’assez pour faire en sorte qu’Israël ne connaisse plus un moment de stabilité ou de sécurité.» Jérusalem, CYRILLE LOUIS – Le Figaro

Jérusalem

En reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël, le président américain suscite une désapprobation internationale et isole son pays sur la scène mondiale.


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