Oui au référendum en Turquie: Erdogan salue une décision historique

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Démocratie C'est le "oui" qui remporte finalement la victoire, lors du référendum qui doit accorder plus de pouvoirs exécutifs au président Recep Tayyip Erdogan, mais les Turcs de Suisse ont dit "non" de leur côté. L'opposition dénonce des "manipulations".

  16.04.2017, 17:21
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Le président turc Recep Tayyip Erdogan a salué dimanche soir la victoire du "oui" au référendum renforçant ses pouvoirs. Il y voit une décision "historique" du peuple turc.

"La Turquie a pris une décision historique au sujet de son système de gouvernance", a déclaré M. Erdogan lors d'un discours à Istanbul. "Nous voulons que les organisations et les pays étrangers respectent la décision de notre nation", a-t-il ajouté, alors que l'opposition turque conteste le résultat du scrutin.

Les Turcs de la diaspora ont voté à 58,6% en faveur de la réforme de la Constitution voulue par le président Recep Tayyip Erdogan, selon des résultats partiels publiés dimanche par l'agence Anadolu. Leurs compatriotes de Suisse ont fait le contraire.

Selon ces chiffres, publiés après le dépouillement de moins d'un tiers des bulletins de vote enregistrés sur le sol helvétique, le "oui" n'a obtenu que 41,16% des voix. Selon les derniers chiffres officiels, 54'436 des 95'263 électeurs inscrits en Suisse ont voté entre le 27 mars et le 9 avril.

A l'inverse, en Allemagne, où la diaspora turque est très importante, 63,2% des votants ont accepté le texte renforçant les pouvoirs du chef de l'Etat turc. Et en Autriche, le oui dépasse les 72,7%, toujours selon ces résultats partiels de l'agence Anadolu.

Au final, le "oui" atteint 58,61% chez les Turcs de l'étranger, selon Anadolu. La commission électorale n'a encore publié aucun résultat officiel concernant le vote des membres de la diaspora.

"La meilleure réponse" aux putschistes

Dans la soirée, le premier ministre Binali Yildirim a revendiqué la victoire du "oui" lors d'un discours au quartier-général du Parti de la justice et du développement (AKP), à Ankara. "Le Turquie ouvre une nouvelle page de son histoire démocratique", a-t-il lancé.

"Le dernier mot revient à la nation et la nation a dit 'oui'", a ajouté M. Yildirim, qualifiant le résultat du référendum de "meilleure réponse" aux commanditaires de la tentative de coup d'Etat manquée du 15 juillet, aux militants séparatistes kurdes et aux forces étrangères hostiles à la Turquie.

M. Erdogan avait estimé un peu plus tôt que les résultats du vote étaient "clairs" et ne souffraient pas de contestation. Le chef du Parti d'action nationaliste (MHP, opposition nationaliste), Devlet Bahçeli, favorable au "oui", a pour sa part qualifié le résultat du vote de "succès incontestable" et estimé que tous les Turcs devraient l'accepter.

Résultats contestés en justice

Les deux principaux partis d'opposition ont toutefois dénoncé des "manipulations" au cours du référendum. Ils ont dénoncé une mesure annoncée à la dernière minute par le Haut-Conseil électoral (YSK), celle de considérer comme valides les bulletins ne comportant pas le tampon officiel du bureau de vote dans lequel ils ont été glissés dans l'urne.

Le principal parti d'opposition, le CHP (social-démocrate), a annoncé par la voix de l'un de ses cadres qu'il allait contester les bulletins provenant de près de 37% des urnes. Ce chiffre pourrait atteindre 60%, a déclaré Erdal Aksünger, adjoint au secrétaire général du CHP, cité par les médias turcs.

Le HDP (pro-kurde) a de son côté fait savoir sur Twitter qu'il allait contester les votes provenant des "deux tiers" des urnes. "Les données qui nous parviennent indiquent qu'il y a une manipulation de l'ordre de trois à quatre points de pourcentage", a-t-il affirmé.

Les principales dispositions de la réforme constitutionnelle

Pouvoirs élargis

Ce texte prévoit le transfert de l'essentiel du pouvoir exécutif au président Recep Tayyip Erdogan, qui nommera lui-même les ministres. Il désignera également un ou plusieurs vice-présidents. Le poste de Premier ministre, actuellement occupé par Binali Yildirim, disparaîtra.

La réforme constitutionnelle autorise en outre le président à intervenir directement dans le domaine judiciaire. Le chef de l'Etat choisira ainsi directement ou indirectement six membres du Haut conseil des juges et procureurs (HSYK), le Parlement en choisira sept. Les tribunaux militaires seront bannis, sauf exception.

L'état d'urgence

Selon la réforme constitutionnelle, l'état d'urgence sera instauré en cas de "soulèvement contre la patrie" ou d'"actions violentes qui mettent la nation (...) en danger de se diviser".

Le président décidera d'imposer ou non l'état d'urgence avant de soumettre la question au Parlement. Celui-ci pourra alors décider de le raccourcir, le prolonger ou d'y mettre fin.

Le Parlement

Le nombre de députés passera de 550 à 600. L'âge d'éligibilité pour devenir député sera abaissé de 25 à 18 ans. Les élections législatives et présidentielle seront simultanées et se dérouleront tous les cinq ans, contre quatre actuellement.

Le Parlement aura toujours le pouvoir d'élaborer, d'amender ou d'abroger les lois. Il supervisera les actions du président, mais ce dernier pourra promulguer des décrets dans les domaines relevant de la large sphère de ses compétences exécutives.

Si le président de la République est accusé ou soupçonné d'avoir commis un délit, le Parlement pourra exiger une enquête, mais devra recueillir une majorité des trois cinquièmes.

Président jusqu'en 2029 ?

Le projet de réforme constitutionnelle fixe au 3 novembre 2019 la date des prochaines élections présidentielle et législatives. Le président sera élu pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois. Il ne sera plus obligé de rompre les liens avec son parti.

M. Erdogan, 63 ans, a été élu président en août 2014, après douze ans passés en tant que Premier ministre. Il ne sera pas tenu compte du mandat actuel au moment du passage au nouveau système. En théorie, M. Erdogan pourrait donc rester à la tête du pays jusqu'en 2029. Il serait alors âgé de 75 ans.

ATS

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