03.08.2015, 09:16

Poutine pourra récupérer la présidence

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Par moscou pierre avril - le figaro

Par un tour de passe-passe qui rappelle les pratiques soviétiques, Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine ont mis fin, ce week-end, au long suspense sur l'identité du probable futur président russe. L'actuel chef du Kremlin a offert à son mentor de récupérer la place qu'il lui avait confiée quatre ans plus tôt. En échange, Vladimir Poutine a demandé à son protégé de prendre la tête du gouvernement - fonction qu'il occupe aujourd'hui et de descendre d'un cran dans l'ordre protocolaire. Dmitri Medvedev, qui n'a jamais été membre de la formation Russie unie, dirigera la liste du parti lors des élections parlementaires du 4 décembre. Bien que pris au dépourvu par cette annonce, le congrés des membres de Russie unie a applaudi comme un seul homme à cette permutation politique, décidée dans le secret au plus haut sommet du pouvoir.

«Tout ceci me rappelle l'ère Brejnev lorsque les accords se concluaient derrière des portes fermées avant d'être soutenus et officialisés par le congrès du parti», explique Evgueny Volk, directeur adjoint de la fondation Boris Eltsine. Nul n'a été surpris par l'annonce du retour au pouvoir suprême de Vladimir Poutine, qu'il avait dû abandonner en 2008 pour des raisons constitutionnelles. Toutes les chancelleries occidentales - les États-Unis avec un temps de retard sur l'Europe - anticipaient un tel dénouement. En revanche, le calendrier de l'opération, plutôt attendue fin décembre, s'est précipité: un moyen de transformer l'élection parlementaire, qui s'annonçait difficile pour le parti Russie unie, en un plébiscite anticipé en faveur de Poutine.

L'actuel premier ministre a toujours la cote

À l'inverse de sa formation, l'actuel premier ministre conserve un taux de popularité très appréciable. Son discours de samedi servira d'ailleurs de programme électoral pour la campagne parlementaire de Russie unie, qui, au passage, renonce à présenter sa propre plate-forme politique. «On n'avait jamais vu de telles pratiques depuis Staline» et son culte de la personnalité, soupire le politologue Gleb Pavlovsky.

Plus étonnante se révèle la nomination anticipée au poste de premier ministre de Medvedev. Ses détracteurs au sein de Russie unie, qui critiquent un personnage falot, doutent de sa capacité à conduire la liste du parti aux législatives. Pour leur part, les plus farouches opposants au régime voient dans cette opération la confirmation de leur théorie selon laquelle Poutine et Medvedev ne représentaient que les deux faces d'une même pièce, celle d'un gouvernement antidémocratique et autoritaire. Récemment, le chef du Kremlin avait repoussé aux calendes grecques la possibilité d'un retour à l'élection au suffrage universel des gouverneurs de région, mesure abolie par Poutine en 2004.

A l'inverse, les supporteurs de Dmitri Medvedev, qui lui prédisaient un destin présidentiel, se retrouvent marris de voir leur champion et apôtre de la modernisation accepter de jouer les utilités aux côtés du très conservateur Vladimir Poutine.

«Il n'y a aucune raison de se réjouir d'une telle nouvelle, c'est au contraire le bon moment de zapper sur une chaîne sportive», a «twitté» peu après l'annonce le jeune conseilleur économique de Medvedev, Arkady Dvorkovitch. Enfin, le très libéral ministre des Finances, Alexis Koudrine, pressenti il y a dix jours pour conduire une politique de réformes sous la présidence de Poutine, refuse de collaborer dans un cabinet ministériel dirigé par Medvedev. Il reproche à ce dernier de vouloir laisser filer les déficits et consacrer l'argent public à des dépenses militaires, plutôt qu'à l'éducation.

Un discours économique vague

Des doutes subsistent sur la future politique de Poutine, alors que la crise européenne menace la Russie, très dépendante du pétrole. En dehors des promesses récurrentes de construire des jardins d'enfants et de sa volonté d'augmenter les impôts des riches, son discours économique est resté très vague. Plusieurs analystes s'attendent à une stagnation «brejnévienne» de douze ans, soit l'équivalent de deux mandats présidentiels poutiniens, ou à une ouverture très contrôlée du régime, le temps de préparer une nouvelle mise sur orbite de Dmitri Medvedev. «Mais ce dernier scénario pourrait se heurter aux attentes de l'Occident, aux résistances des intellectuels et de l'Internet», estime l'une de ces figures libérales, Igor Yourgens, qui perçoit des frémissements dans une société russe encore très fataliste. Hier, l'entourage de Vladimir Poutine s'employait à allumer des contre-feux.


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