Malgré les réticences, l'Allemagne réédite "Mein Kampf"

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bisbille Une réédition de "Mein Kampf" est disponible en libraire depuis vendredi en Allemagne. Elle suscite des réticences en raison du regain de visibilité accordé au pamphlet d'Adolf Hitler.

  08.01.2016, 15:04
L'Allemagne comme l'Autriche continuent à interdire la publication du texte brut, sous peine de poursuites pour incitation à la haine raciale.

Pour la première fois depuis 1945, une réédition de "Mein Kampf" est disponible en libraire depuis vendredi en Allemagne. Cette publication, entreprise à des fins pédagogiques, suscite des réticences en raison du regain de visibilité accordé au pamphlet d'Adolf Hitler.

Elle a pour objectif d'être "une réplique au livre de Hitler", a déclaré lors d'une conférence de presse Christian Hartmann, qui a dirigé le projet éditorial au sein de l'Institut d'histoire contemporaine (IFZ) de Munich. Publié en deux tomes de 1948 pages au total, le texte est agrémenté de 3500 notes historiques explicatives.

Il aurait été impossible en effet de publier un tel ouvrage sans commentaires ni lui opposer les références "critiques" à même de remettre "le texte et l'auteur à leur place", a insisté M. Wirsching.

Parlant d'une entreprise de "démystification", il relève qu'il s'agit du texte fondateur du nazisme et du projet d'extermination des Juifs. Il doit être compris comme "le centre intellectuel d'une idéologie meurtrière" qui s'est "achevée dans la plus grande catastrophe", a insisté l'historien. L'équipe de l'IFZ s'est lancée en 2009 dans cette entreprise aussi titanesque que controversée.

Dans le domaine public

Les droits du seul livre jamais écrit par le dictateur nazi, en 1924 et 1925 alors qu'il croupissait en prison après un putsch manqué, sont tombés le 1er janvier dans le domaine public. Ils étaient détenus depuis 1945 par l'Etat régional de Bavière.

Dans les faits, "Mein Kampf" est déjà "largement disponible, à la fois sur internet et dans les livraisons d'occasion", rappelle à l'AFP l'Américain Ronald Lauder, président du Congrès juif mondial. La fin des droits d'auteur ne change pas fondamentalement la donne.

Mais le symbole reste lourd au sortir d'une année 2015 marquée par les commémorations de la fin de la Seconde Guerre mondiale et de la libération des camps de concentration. Les candidats à la réédition ne se bousculent guère.

Texte brut interdit

L'Allemagne comme l'Autriche continuent à interdire la publication du texte brut, sous peine de poursuites pour incitation à la haine raciale. La parution de versions commentées est cependant désormais possible en Allemagne.

La première initiative en ce sens est venue de l'IFZ et a rapidement suscité la gêne des autorités bavaroises. Après avoir octroyé au projet un financement de 500'000 euros en 2012, la Bavière est revenue l'année suivante sur sa décision pour ne pas heurter les victimes.

Au Lycée

Un syndicat d'enseignants allemands s'est dit favorable à une utilisation au lycée de cette édition critique pour "immuniser" les adolescents contre l'"extrémisme", le syndicat majoritaire de la profession écartant cependant toute "lecture obligatoire".

Au sein de la communauté juive, les réactions vont de la résignation face à l'audience dont jouit déjà l'ouvrage, largement diffusé en Inde, au Brésil, en Turquie ou dans les pays arabes, au souhait qu'il tombe définitivement dans l'oubli.

"Les connaissances sur +Mein Kampf+ demeurent importantes pour expliquer la Shoah et le national-socialisme", a estimé Josef Schuster, le président du Conseil central des Juifs d'Allemagne. Il redoute pourtant que cet "ouvrage minable se retrouve davantage sur le marché".

Les chercheurs y ont déjà accès

Ronald Lauder juge de son côté que le pamphlet aurait dû "être étudié correctement il y a 90 ans", avant que son auteur ne provoque "le pire massacre de masse dans l'histoire de l'humanité". A ses yeux, il ne mérite pas une édition spéciale alors que les chercheurs "y ont déjà facilement accès".

En France aussi un tabou va tomber avec la version commentée de "Mon combat" (le titre en français) promise par la maison d'édition Fayard. Cette publication est qualifiée de "catastrophe" par le président du Conseil représentatif des institutions juives (Crif), Roger Cukierman.

En Israël, la diffusion de l'ouvrage à une large audience reste interdite et l'entrée dans le domaine public n'y changera rien. Murray Greenfield, fondateur de la maison Gefen Publishing spécialisée dans l'histoire du judaïsme, s'est montré catégorique: il ne publiera jamais le brûlot, "même si on me paye".

ATS

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