02.08.2015, 19:43

Les émeutes gagnent le cœur de la capitale

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Des manifestants et les forces de l'ordre se sont violemment affrontés hier pour la première fois dans le centre de Tunis et trois civils ont été tués dans le sud et l'ouest de la Tunisie. En réaction au mouvement de contestation, le président Ben Ali a limogé son ministre de l'Intérieur.

Un couvre-feu nocturne dans la capitale et sa banlieue a d'ailleurs été décrété à la suite de troubles dans «certains quartiers» de la capitale. L'Armée a été déployée pour la première fois dans Tunis et une banlieue populaire. Le gouvernement du président Zine El Abidine Ben Ali a tenté de calmer le jeu, avec le limogeage du ministre de l'Intérieur et la libération de toutes les personnes arrêtées lors de manifestations, à «l'exception de ceux qui sont impliqués dans des actes de vandalisme».

Le président Ben Ali, confronté à un mouvement de contestation sans précédent dans ses 23 années au pouvoir, a en outre ordonné la création d'une commission d'enquête sur la corruption. Hier en début d'après-midi, la police a eu recours aux gaz lacrymogènes pour disperser la foule dans la capitale. Des centaines de jeunes criant des slogans contre le régime se sont heurtés aux forces de sécurité, qui ont barré la route en tirant des grenades lacrymogènes. Des passants pris de panique, les yeux larmoyants ont été repoussés par la police dans les ruelles. Les souks se sont vidés et les commerces, y compris une grande surface, ont baissé leurs rideaux.

Aucun bilan de ces affrontements, les plus graves à se produire dans Tunis depuis le début des émeutes en Tunisie au mois de décembre, n'était disponible dans l'après-midi.

Les violences, qui ont fait en un mois entre 21 morts (bilan officiel) et plus de 50 tués (source syndicale) se sont également poursuivies hier à l'intérieur du pays.

Deux civils ont été tués par des tirs de la police à Douz (sud), lors d'une manifestation ayant dégénéré. Hier, un homme de 23 ans a été abattu lors d'affrontements avec la police à Thala, dans l'ouest du pays, ont rapporté deux témoins et le frère de la victime. Le chef du Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT, interdit), Hamma Hammami, a par ailleurs été interpellé à son domicile, près de Tunis, a annoncé son épouse Radia Nasraoui. Il s'agit du premier dirigeant politique à être interpellé depuis le début des émeutes. Chef d'un parti «illégal» d'extrême gauche, il est intervenu plusieurs fois ces derniers jours sur des télévisions étrangères pour dénoncer le régime du président Ben Ali.

Les violences en Tunisie suscitaient toujours hier de vives inquiétudes au sein de la communauté internationale. La Suisse a appelé la Tunisie «au respect du dialogue, des libertés fondamentales et des droits humains», a indiqué le Département fédéral des affaires étrangères. Les services de Micheline Calmy-Rey ont invité l'ambassadeur de Tunisie à Berne à un entretien afin de lui transmettre les préoccupations de la Suisse.

La Haut commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, Navy Pillay, a appelé le gouvernement tunisien à mener des enquêtes «indépendantes crédibles», à la suite des informations sur un «usage excessif» de la force par les services de sécurité.

L'Union européenne s'est démarquée de la prudence de la France, ancienne puissance coloniale, face aux violences en Tunisie. La porte-parole de la cheffe de la diplomatie européenne Catherine Ashton a de son côté condamné l'usage «disproportionné» de la force par la police en Tunisie. /ats-afp-reuters

Poudrière maghrébine

COMMENTAIRE - PAR JACQUES GIRARD

Le cocktail tunisien est particulièrement détonant. Une population jeune, urbanisée, souvent fort bien formée, mais sans perspectives professionnelles et qui ne rêve que de s'expatrier. Des prix des biens de première nécessité en constante augmentation. Une détérioration de la situation économique du pays depuis l'arrivée au pouvoir du président Ben Ali, il y a vingt ans. Une corruption généralisée. Un régime autoritaire dirigé par un président réélu trois fois à des majorités de plus de 90%. Un pouvoir, de plus, soutenu par l'Occident, et surtout par la France, l'ancienne puissance coloniale - dont l'assourdissant silence depuis le début des émeutes, n'est pas passé inaperçu. Au nom bien sûr de la lutte contre la montée de l'islamisme alors que tous les événements récents montrent le caractère avant tout laïque des révoltes en cours. Autrement dit, une société tunisienne paralysée, gagnée par le désespoir, et que l'annonce, hier, du limogeage du ministre de l'Intérieur et de la création d'une commission contre la corruption ne va pas rassurer.

La situation n'est guère plus réjouissante en Egypte. Les récents attentats contre les chrétiens coptes montrent dans ce cas une montée en puissance des islamistes. En fait, le pouvoir civil semble avoir laissé la mainmise aux imams, pourtant payés par l'Etat, dans les questions relatives à la société, la culture, l'éducation et les médias. Et s'il existe bien une collusion entre ces pouvoirs, cet islam prétendu apolitique a laissé se développer un discours religieux de plus en plus intolérant. L'Algérie n'échappe pas non plus à nombre de ces phénomènes.

Autrement dit, le Maghreb est aujourd'hui plus instable que jamais. Avec un Hosni Moubarak malade et en fin de règne en Egypte, avec un Ben Ali aux abois en Tunisie, le destin du nord de l'Afrique pourrait bien basculer soudainement. On saura alors si les jeunes générations sont capables de prendre leur avenir en mains en écartant les dérives sectaires.


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