30.07.2011, 07:32

Le nord du Kosovo s'enflamme

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Par ANDRÉ LOERSCH

La r?cente flamb?e de violence survenue dans le nord du Kosovo rappelle brutalement que le statut de cette r?gion constitue l'un des obstacles majeurs ? la normalisation des rapports entre la Serbie et le Kosovo, et au rapprochement des deux pays vers l'Union europ?enne.

C'est la prise de contr?le, par la police kosovare, des postes de douane de Jarinje et de Brnjak lundi 25 juillet, qui est ? l'origine de la r?cente flamb?e de violence au Kosovo. Celle-ci s'est notamment exprim?e dans l'incendie du poste de Jarinje et la mort d'un policier kosovar, tomb? sous les balles d'un sniper. Rappelant sa pr?sence dans la r?gion, l'Otan a pris le contr?le des deux postes en question, et la communaut? internationale a exprim? sa vive pr?occupation. C'est que ces derniers incidents surviennent alors que Belgrade et Pristina avaient report? leurs n?gociations, initialement pr?vues en juillet ? Bruxelles, ? septembre prochain, et que le nord du Kosovo, o? sont situ?s les deux postes fronti?res disput?s, constitue l'une des pierres d'achoppement principales, ? la fois du dialogue serbo-kosovar et du rapprochement ?ventuel des deux Etats de l'Union europ?enne.

Une petite r?gion

G?ographiquement, le c?ur du probl?me n'est pas tr?s grand: 1000 kilom?tres carr?s au total (sur 10 900 km2 pour l'ensemble du Kosovo, le quart de la Suisse), mais peupl?s d'une majorit? de Serbes qui refusent l'ind?pendance du Kosovo (autoproclam?e en f?vrier 2008) et l'autorit? de Pristina. Le nord du Kosovo est compos? de quelques municipalit?s (Leposavic, Zubin Potok, Zvecan, une partie de Mitrovica), situ?es au nord de la rivi?re Ibar. Quelque 60 000 Serbes et 10 000 non-Serbes vivraient dans cette r?gion, soit entre 3% et 4% du total de la population du Kosovo, estim?e ? environ 1,8 million d'habitants.

Depuis la fin de l'intervention arm?e de l'Otan contre Belgrade, en juin 1999, Pristina, capitale du jeune Etat kosovar, n'a jamais exerc? son autorit? dans cette r?gion, qui ressemble de facto ? une province de la Serbie. La fronti?re avec celle-ci, ?crivait l'International Crisis Group (ICG) en mars 2011, n'est pour les Serbes qu'une ?fronti?re administrative?, alors que pour les ?Kosovars et les ?trangers, c'est une fronti?re internationale formelle?.

Des mondes parall?les

Recevant des subsides de Belgrade pour ses services publics, la r?gion dispose m?me aujourd'hui d'une universit? financ?e par la Serbie. ?B?tie ? partir de rien?, ? Mitrovica, elle compte pr?s de 9000 ?tudiants, et ses installations seraient sup?rieures ? celles d'universit?s de Serbie comme celles de Nis ou Novi Sad, et, ?par certains aspects, m?me ? celles de Belgrade?. Dans ce nord disput? du Kosovo, la majorit? serbe et la minorit? albanaise, vivant dans des structures sociales, politiques, culturelles, s?curitaires diff?rentes, ont appris, avec le temps, ? d?velopper des ?fa?ons pragmatiques de naviguer entre ces syst?mes parall?les-l? o? la coop?ration est in?vitable? (ICG).

Hasim Thaci, premier ministre du Kosovo d?clarait, mardi 26 juillet, que l'envoi de policiers kosovars aux postes fronti?res de Jarinje et Brnjak ?tait exclusivement motiv? par la volont? de Pristina de contr?ler l'ensemble du territoire du pays. De nombreux observateurs y ont plut?t vu l'intention de faire respecter de force l'embargo d?cr?t? par le Kosovo ? l'encontre de la Serbie, qui n'?tait aucunement appliqu? par les gardes-fronti?re serbes. Cet embargo a ?t? d?cr?t? r?cemment par Pristina, en r?ponse ? un embargo vis-?-vis des produits du Kosovo d?cid? par Belgrade, suite ? la d?claration d'ind?pendance du Kosovo en f?vrier 2008.

N?gociations ?techniques?

C'est que, clament jusqu'? aujourd'hui les autorit?s politiques de Belgrade, la Serbie ne reconna?tra ?jamais? le Kosovo ind?pendant. Ce qui ne les a pas emp?ch?es d'entamer, en mars 2011, un dialogue avec Pristina, sous les auspices de l'Union europ?enne (lire l'encadr?). C'est ce dialogue, cette prise de contact pragmatique entre Belgrade et Pristina, qui, en traitant de questions ?techniques?, peut grandement faciliter la vie quotidienne de tous les habitants de la r?gion, tout en ?vitant la question de la reconnaissance de l'Etat kosovar par Belgrade et le statut du Nord du Kosovo, que la r?cente flamb?e de violence met en danger.

?Aucune logique?

?Le probl?me est que, maintenant, la violence est revenue sur la sc?ne?, commente l'ancien diplomate am?ricain et connaisseur des Balkans James Hooper, et que celle-ci a le pouvoir ?d'?vacuer la diplomatie? (Radio Slobodna Evropa, 28/07/2011). Ancien directeur du groupe de recherche sur les ?Balkans occidentaux? ? la Stiftung f?r Wissenschaft und Politik (SWP) de Berlin, Franz Lothar Altmann ne voit aucune ?logique? dans les derniers ?v?nements: ?Je ne comprends pas pourquoi la police kosovare a d?cid? de cette action ? ce moment-l?, mais je suis ?tonn? de la violence de la r?action du groupe de Serbes qui ont incendi? le passage de Jarinje? (Radio Slobodna Evropa, 29/07/2011). C'est que, souligne Altmann ? l'instar de nombreux observateurs, il ?tait pourtant ?de l'int?r?t de toutes les parties d'aboutir ? un accord?.

Négociations interrompues

Alors que la Serbie continue de déclarer qu'elle ne reconnaîtra «jamais» l'indépendance du Kosovo, elle a toutefois accepté d'entamer, avec Pristina, en mars 2011, une série de négociations sous l'égide de l'Union européenne. Evitant la question de la reconnaissance du Kosovo par Belgrade, celles-ci ne traitent pas non plus du statut du Nord, les deux parties en présence ne s'estimant pas «prêtes» à une telle discussion.
Ce sont dès lors des questions «techniques», mais fondamentales pour la vie des habitants de la région, qui sont abordées par les deux parties: liberté de mouvement, communications, énergie, reconnaissance des documents d'identité, de propriété, des permis de conduire ou d'immatriculation des véhicules.

La sixième ronde de discussion, qui devait avoir lieu le 20 juillet à Bruxelles, devait aborder la question importante de la reconnaissance des titres universitaires entre les deux pays. Au dernier moment, cette ronde de discussion a toutefois été reportée à septembre prochain, pour des motifs encore peu clairs. «Pristina a fait valoir des exigences qui étaient pour nous inacceptables», déclarait alors le chef de la délégation serbe Borislav Stefanovic. C'est la «faute de la partie serbe», soulignait pour sa part son homologue kosovare Edita Tahiri, Belgrade étant, selon elle, opposée à la «liberté de commerce» (Radio Slobodna Evropa). /alo

Une région serbe devenue état indépendant

Dans la Yougoslavie d'après-guerre, le Kosovo est une «région autonome» de la Serbie, l'une des six républiques constitutives de la fédération yougoslave (avec la Croatie, la Slovénie, le Monténégro, la Bosnie-Herzégovine et la Macédoine).

Les Albanais ne bénéficient pas alors du statut de «nation», mais de celui de «nationalité» (dans le sens de «minorité»). Suite aux manifestations estudiantines d'octobre 1968, le pouvoir yougoslave renforce l'autonomie de la région, sans lui accorder le statut de République.

Les manifestations de 1981 au Kosovo remettent la revendication de ce statut à l'ordre du jour. Elles ouvrent également une ère de tensions entre communautés serbe et kosovare, exacerbées par la situation économique préoccupante de la région, la plus pauvre de la Yougoslavie. Slobodan Milosevic, président de la Serbie, supprime l'autonomie de la région en 1989.

Créée en 1996, l'Armée de libération du Kosovo veut un Kosovo indépendant. La répression croissante et massive des forces yougoslaves au Kosovo incite en 1999 l'Otan à intervenir, sans mandat explicite de l'ONU, contre Belgrade. La résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée le 10 juin 1999 à l'issue de 70 jours de bombardements contre la Serbie maintient formellement l'intégrité territoriale de celle-ci. Entérinant une situation de fait, le gouvernement kosovar décide toutefois, en février 2008, de déclarer le Kosovo Etat indépendant. 77 Etats dans le monde ont pour l'instant reconnu cette indépendance. /alo


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