02.08.2015, 19:52

Le gouvernement japonais se trouve en état d'alerte maximum

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Par ARNAUD DE LA GRANGE

En dépit de son volontarisme affiché, le premier ministre japonais, Naoto Kan, est de plus en plus décrié pour son incompétence.

La tension politique et dans l'opinion publique est encore montée d'un cran au Japon, sur fond d'inquiétantes nouvelles, avec du plutonium détecté dans le sol autour de la centrale de Fukushima. Le premier ministre, Naoto Kan, a solennellement déclaré que son gouvernement était «en état d'alerte maximum». Tout en reconnaissant que la situation restait «imprévisible». Ce volontarisme affiché par le premier ministre - que Nicolas Sarkozy rencontrera demain lors d'une visite au Japon - ne l'a pas empêché d'être la cible de violentes critiques de la part de parlementaires sur sa gestion de la crise.

Attaqué sur le manque de transparence, il a assuré qu'il rendait publiques toutes les informations en sa possession. Un député de l'opposition, Yosuke Isozaki, a aussi reproché à Naoto Kan de ne pas avoir ordonné l'évacuation des populations dans la zone comprise entre 20 et 30 km autour de la centrale. «Peut-il y avoir quelque chose de plus irresponsable que cela?», a-t-il lancé. Pour l'heure, la zone d'évacuation est limitée à un rayon de 20 km, seul le confinement étant recommandé pour les 10 km suivants. Sur ce sujet, les autorités japonaises ont été fragilisées hier par les déclarations de Greenpeace, affirmant que ses experts avaient détecté une radioactivité dangereuse à 40 km de la centrale. L'organisation écologiste a appelé à une extension de la zone d'évacuation, exhortant Tokyo à «cesser de privilégier la politique aux dépens de la science». L'Agence japonaise de sûreté nucléaire a balayé ces critiques.

Si l'ambiance générale se crispe, «c'est que le pays prend maintenant conscience qu'au-delà de la phase d'urgence, nous allons souffrir pendant des mois, des années même», explique Yutaka Takeda, cadre dans une entreprise de logistique. «Les habitants de la région de Fukushima réalisent qu'ils ne retrouveront sans doute jamais leur terre. Et les autres qu'ils vont devoir payer longtemps les conséquences sanitaires et économiques de la contamination.» Sakae Muto, vice-président de Tepco, l'opérateur de la centrale en déroute, a d'ailleurs reconnu lundi qu'il ne pouvait établir un «calendrier concret permettant de dire dans combien de mois ou d'années» la crise sera terminée.

Plus largement, les Japonais se demandent si Naoto Kan et son gouvernement, déjà très affaiblis avant la crise, sont à la hauteur de la situation. Selon un sondage publié par l'agence Kyodo, 60% des personnes interrogées désapprouvent la manière dont est gérée la crise et plus des deux tiers estiment que le premier ministre manque d'autorité. Nombre d'observateurs, comme le politologue Hirotaka Futatsuki, estiment que Naoto Kan n'arrive pas à «exercer un contrôle général», personne «n'ayant une vision globale des choses». C'est sans doute pour pallier ces insuffisances que le premier ministre a nommé samedi un ancien ministre des Transports, Sumio Mabuchi, conseiller spécial sur la crise nucléaire.

Naoto Kan se voit aussi reprocher d'avoir tardé à accepter une aide nucléaire étrangère, et de ne pas avoir assez de poigne vis-à-vis de Tepco, vivement critiqué pour son action et sa communication. Du coup, le gouvernement a fustigé lundi l'«inacceptable» erreur sur le niveau de radioactivité commise par l'opérateur, qui, lundi, a affolé le pays comme le monde. Après la phase d'urgence, a-t-on appris hier, Tepco, pourrait d'ailleurs être nationalisé. C'est dans ce contexte que le budget pour l'année fiscale commençant en avril a été adopté hier. Et des pistes ont été évoquées pour financer les rallonges extraordinaires nécessaires pour la reconstruction. Naoto Kan pourrait renoncer au projet de réduire de cinq points le taux d'imposition sur les sociétés et créer une taxe supplémentaire pour financer cet effort. Un sondage montre que plus de deux tiers des Japonais soutiendraient une telle hausse des impôts, un signe fort de la solidarité qui prévaut dans le pays. /AGR-Le Figaro

La situation s'enlise à la centrale

Il va falloir s'y faire: la situation reste extrêmement grave à l'intérieur de la centrale de Fukushima mais il y a tout de même quelques signes positifs, hélas très précaires. D'abord, il n'y a pas eu d'aggravation hier, pas de mesures de radioactivité affolantes, pas de fausses nouvelles, pas d'incidents notables.

La situation des piscines où sont entreposés les combustibles usés s'est améliorée. La semaine dernière, elles inspiraient les pires inquiétudes car deux d'entre elles n'étaient plus refroidies que par des lances à incendie et leurs combustibles commençaient à chauffer. Ces installations n'étant pas confinées, comme c'est d'ailleurs aussi le cas dans toutes les Centrales nucléaires, les experts craignaient une dispersion importante de radioactivité dans l'atmosphère en cas de catastrophe. Ces deux piscines sont désormais refroidies par l'intermédiaire d'une tuyauterie qui fonctionnait avant l'accident.

Les réacteurs sont désormais refroidis avec de l'eau douce et non plus avec de l'eau de mer comme cela était le cas pendant les deux premières semaines qui ont suivi l'accident. C'est un élément important, car le risque que le sel se cristallise autour des gaines de combustibles et empêche le refroidissement des réacteurs avait été pointé la semaine dernière par plusieurs spécialistes des réacteurs à eau bouillante, du même type que ceux installés dans la centrale de Fukushima. L'état des réacteurs 2 et 3 reste néanmoins très préoccupant.

La radioactivité autour de la centrale a fortement diminué par rapport aux maxima enregistrés lors des relâchements volontaires de vapeur à l'intérieur des enceintes de confinement des réacteurs. On est passé hier à 0,2 millisievert (mSv/h) par heure contre 12 mSv/h au c½ur de la crise.


Yves Miserey-Le Figaro


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